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    Qu'est-il préférable: partir ou rester?

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    par Viktor Litovkine, RIA Novosti

    L'administration de Washington a déjà entrepris plusieurs démarches vraiment singulières pour pouvoir en toute hâte remédier à la situation dans laquelle elle se trouve en Irak. Dans le plus grand secret le président George W.Bush s'est envolé à destination de Bagdad pour y déguster un quartier de dinde à l'occasion du Thanksgiving Day (Action de grâce). Les deux heures et demie passées en compagnie de six-cents soldats américains devaient remonter le moral des Gi's en chute libre après les lourdes pertes essuyées ces derniers mois en Irak.

    Ces pertes, elles se chiffrent à plus de 420 tués et 1.967 blessés, la plupart d'entre elles ayant été subies dans "l'après-guerre", c'est-à-dire au cours des huit mois qui se sont écoulés après le 1-er mai 2003, fin officielle de l'opération Choc et stupeur. Les pertes "hors combat" s'allongent elles aussi. Selon la presse américaine, près de 3.000 militaires américains ont été tués ou blessés dans des accidents de la circulation. Par ailleurs, 4.000 autres ont été rapatriés pour des maladies diverses, dont 504 pour troubles psychiques et 378 pour troubles neurologiques.

    En ce qui concerne la population civile irakienne les choses ne sont pas meilleures. Selon certaines estimations, quelque 55.000 Irakiens, dont 10.000 n'avaient jamais porté l'uniforme, ont été tués au cours de la guerre dans le Golfe.

    La Mésopotamie a littéralement été submergée par des troupes étrangères: 130.000 Américains, 11.000 Britanniques, 2.500 Polonais, 300 Ukrainiens, une cinquantaine d'Italiens, autant d'Espagnols et même quelques sections de Lettons, de Lituaniens et d'Estoniens. Les opérations militaires avec engagement de chars, de bombardiers et d'hélicoptères d'attaque se succèdent pour rechercher les insurgés. Des "nettoyages" massifs ont lieu à Mossoul et Barsa, El-Nadjaf et Tikrit, Kirkouk et Bagdad. Plus de 5.000 personnes suspectées d'appartenir à des organisations "illégales" ont été arrêtées.

    Les rafles, la recherche d'armes et de militants de la résistance, les irruptions dans les demeures des musulmans croyants, même dans la partie réservée aux femmes, où seul le chef de la famille a le droit de pénétrer, le dévisagement de son épouse ou de ses filles sont autant de scènes qui se poursuivent et suscitent la rage intérieure, l'indignation des adeptes de l'islam vrai. Le jour ils sourient aux occupants, mais la nuit ils prennent le fusil d'assaut et le lance-roquettes, dressent des embuscades sur les routes, incendient des voitures et des blindés américains, abattent des hélicoptères. La guérilla gagne en intensité.

    Le problème, c'est que la guérilla il est impossible de la gagner. Les Britanniques n'ont pas pu le faire en Afghanistan, Napoléon et la Whermacht non plus en Russie, pas plus que les troupes soviétiques cent ans après les Anglais en Afghanistan. Les Américains eux aussi s'étaient avérés impuissants face aux partisans au Vietnam et en Somalie. A propos, ils avaient été contraints de quitter Mogadiscio après trois mois de séjour sans gloire. Justement après que la chaîne de télévision CNN eut diffusé un reportage montrant les cadavres outragés d'officiers américains. Cela avait mis à bout la patience de l'administration de Washington.

    On ignore encore quel prix en tués et en blessés la Maison-Blanche aura à payer pour le renversement du régime de Saddam Hussein et l'imposition des valeurs occidentales à ce pays musulman. Seulement une chose est certaine, c'est qu'il faudra régler la note et ce très prochainement, c'est l'évidence même.

    Les Américains ont-ils une issue pour sortir de cette situation critique? Oui. Elle consiste à placer progressivement, "en douceur", l'opération de paix en Irak sous l'égide de l'organisation des Nations Unies et de son Conseil de sécurité. Sa composante militaire, mais aussi, ce qui est essentiel, sa composante économique. A remplacer peu à peu les troupes américaines et britanniques se trouvant en Mésopotamie par des troupes de membres de l'OTAN qui n'ont pas pris part à la guerre et aussi, ce qui serait mieux, d'Etats asiatiques. Par exemple, des unités des armées indienne et pakistanaise, des forces d'autodéfense du Japon, des troupes de République de Corée, d'Australie et d'Indonésie. Il ne faut pas écarter non plus la participation, sous certaines conditions, de soldats et d'observateurs militaires russes à une mission de maintien de la paix. Une telle éventualité n'a jamais été catégoriquement repoussée ni par le président Vladimir Poutine, ni par le ministre de la Défense, Sergueï Ivanov.

    Les Américains vont devoir quitter l'Irak. Prendre une décision aussi courageuse sera bien plus difficile que de venir passer deux heures en catimini dans Bagdad occupé. Quoi qu'il en soit, cette démarche effectivement singulière serait beaucoup plus payante pour les Etats-Unis et le reste du monde.

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