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    Les entraîneurs étrangers en Russie: une nouvelle vogue

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    Par Valéri Asriyan

    A partir du 1-er janvier 2004, le Spartak Moscou, le club de football le plus populaire de Russie, sera pris en main par l'entraîneur italien Nevio Scala qui vient de signer un contrat d'un an. Selon des informations officieuses, pour cette prestation Scala touchera 2,5 millions de dollars.

    Nevio Scala a acquis la notoriété au Parme AC en faisant accéder ce modeste club de troisième division italienne au gratin national (troisième du championnat de première division). En 1993, le Parme AC coaché par Nevio Scala a remporté la Coupe des vainqueurs de coupe européens. Après avoir quitté le club italien, Scala a entraîné le Borussia Dortmund, avec lequel il s'est adjugé la Coupe intercontinentale, et le Besiktas (Turquie). En 2001, cet entraîneur de valeur a été recruté par le club ukrainien Chakhtior et dès l'année suivante celui-ci remportait pour la première fois le championnat national devant le Dinamo Kiev et aussi la Coupe d'Ukraine. Maintenant il va devoir sortir le Spartak de la crise.

    Le Spartak, l'un des clubs russes les plus anciens et le plus titré, se trouve actuellement dans une passe difficile. De 1992 à 2001, cette équipe avait remporté neuf titres de champion de Russie, mais l'année dernière il n'a terminé qu'à la troisisème place. L'année 2003 a été désastreuse - 10-e du championnat - et à la mi-saison l'entraîneur du onze rouge et blanc, Oleg Romantsev, a dû rendre son tablier.

    Nevio Scala sera le quatrième entraîneur étranger à exercer en première ligue russe. La saison 2003 a été particulièrement heureuse pour le Tchèque Vlastimil Petrzela sous la direction duquel le Zenit Saint-Pétersbourg a pris la deuxième place du championnat de Russie et remporté pour la première fois la Coupe de première ligue. Tout récemment, à l'issue de la saison 2003, des spécialistes étrangers ont été recrutés par le CSCA (Club sportif central de l'armée) et le Dinamo, deux clubs moscovites dont la réputation n'est plus à faire. Les joueurs du Dinamo seront entraînés par le Tchèque Jaroslav Hrjebik. En ce qui concerne le CSCA, qui cette année a remporté le titre national, il est d'ores et déjà coaché par le Portugais Artur Jorge, que l'on considère comme le "père" de la sélection lusitanienne qui au milieu des années 90 du siècle dernier avait brillé sur la scène footballistique européenne et le mentor de Luis Figo, Joao Pinto, Rui Costa et d'autres étoiles.

    Le sport d'équipe russe fait de plus en plus souvent appel à des entraîneurs étrangers. Il y a plusieurs raisons à cela. Premièrement, la relève des anciens spécialistes dont les noms sont liés dans une grande mesure au palmarès du sport soviétique et russe ne s'est pas montrée à la hauteur. Aujourd'hui on évoque avec nostalgie l'époque où le football soviétique possédait des entraîneurs remarquables comme Boris Arkadiev, Mikhaïl Yakouchine, Gavril Katchaline, Viktor Maslov, Konstantin Beskov, Nikita Simonian, Valéri Lobanovski. L'éclatement de l'URSS a eu des retombées extrêmement négatives sur le système de formation des entraîneurs qui jadis étaient issus de l'Ecole supérieure d'entraînement, des nombreux instituts de culture physique et aussi des sociétés sportives telles que Dinamo, Spartak, CSCA, Lokomotiv. Les qualités professionnelles des jeunes entraîneurs sont si médiocres que les présidents des clubs sont contraints de les remplacer presque toutes les saisons dans l'espoir de trouver l'oiseau rare à même d'obtenir des résultats. Voilà pourquoi ils se tournent vers les entraîneurs étrangers. Ceux-ci font payer cher leurs services, mais le football et d'autres sports d'équipe russes en emploient déjà. Toutes les grandes équipes sont sponsorisées par de grandes sociétés qui sont conscientes que les bonnes équipes sont d'excellents supports publicitaires. Aussi ne regardent-elles pas sur les sommes à verser pour l'acquisition de joueurs et d'entraîneurs étrangers. Bien sûr, il est difficile aux clubs de football russes de "s'offrir" des étoiles de première grandeur. N'importe qui ne peut pas, comme Roman Abramovitch, acheter le club londonien de Chelsea et dépenser des centaines de millions d'euros pour acquérir des célébrités. Si Roman Abramovitch n'investit pas dans le football russe, il faut reconnaître en toute justice que depuis plusieurs années il fait beaucoup pour le hockey sur glace national. En effet, la grande compagnie pétrolière russe Sibneft qui pratiquement lui appartient (cet homme d'affaires est aussi gouverneur du Tchoukotka, une presqu'île située dans le nord-est du pays, voisine de l'Alaska) sponsorise l'équipe de hockey Avangard basée dans la ville sibérienne d'Omsk. Renforcée par plusieurs joueurs tchèques de renom et entraînée par Ivan Glinka (qui vient il est vrai de quitter l'équipe), Avangard s'est imposé parmi les meilleures formations du pays. Vladimir Vujtek, un autre spécialiste tchèque, a remporté deux fois le championnat de Russie à la tête du Lokomotiv Yaroslavl. Maintenant il préside aux destineés du Ak Bars Kazan, une autre équipe du Povoljié (région de la Volga), et il entend bien la conduire au titre.

    Le basketball russe lui aussi a sollicité les services d'entraîneurs étrangers. L'année dernière le Serbe Dusan Ivkovic, un des meilleurs européens en la matière, a pris la tête du CSCA Moscou. Depuis, le club militaire a récupéré son leadership et a atteint les demi-finales de l'Euroligue et cette année il a placé la barre encore plus haut. Le Lituanien Rimas Girskis officie en Russie depuis plusieurs années. Sous sa direction le Lokomotiv de Minéralny Vody (Caucase du Nord) a terminé troisième du championnat national. Ensuite, il a travaillé à Saratov (Povoljié) puis est revenu au Lokomotiv qui cette saison représente une autre ville russe, à savoir Rostov-sur-le-Don. Quant au Avtodor Saratov, il est coaché par l'ancien entraîneur-sélectionneur de la sélection croate Neven Spahija.

    Travailler en Russie n'est bien sûr pas chose aisée pour les entraîneurs étrangers. En règle générale, ils ne parlent pas le russe, ne sont pas habitués aux rigueurs du climat et doivent se faire à la psychologie des joueurs russes qui est assez spécifique. Pourtant cela ne les rebute pas. Vivre et travailler chez vous est intéressant, affirment-ils.

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