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    L'aggravation du problème des bases militaires russes en Géorgie est due à la conjoncture politique

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    par Andreï Nikolaïev, général d'armée

    De nombreux analystes ont prédit l'aggravation du problème des bases militaires russes en Géorgie dès le début de la "révolution des roses" à Tbilissi. Il ne faut pas être un grand expert pour tirer une telle conclusion en tenant compte des déclarations nationalistes que Mikhaïl Saakachvili et son équipe ont faites pendant la "révolution" et après leur arrivée au pouvoir.

    Franchement parlant, ce ne sont pas les bases russes qui posent problème, mais le fait que les politiciens géorgiens les considèrent comme un rempart de la politique indépendantiste des républiques d'Adjarie, d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud.

    Du point de vue juridique, l'aggravation de la situation n'a pas de raisons d'être. La Russie respecte strictement ses engagements d'Istanbul. J'en ai informé l'an dernier les dirigeants de l'OSCE à Vienne où je me suis rendu en tant que président du comité de la Douma (chambre basse du parlement) pour la défense. Deux des quatre bases russes en Géorgie ont été démantelées conformément au calendrier. Il s'agit des bases de Vaziani et de Goudaouta. Pourtant le retrait de la base de Goudaouta ne s'est pas déroulé sans accrocs. En vertu des accords d'Istanbul, la Géorgie doit assurer le démantèlement sécuritaire des bases russes. Mais comme Goudaouta se trouve en Abkhazie, Tbilissi ne pouvait aucunement contrôler le retrait des militaires et matériels russes qui n'a pas été parfait. Les habitants locaux ont manifesté pendant plusieurs jours devant la base de Goudaouta pour empêcher les Russes de la quitter. Seule l'influence personnelle de certains généraux et hommes politiques présents sur les lieux, a permis d'éviter des incidents majeurs. Je tiens à noter que la Russie n'a pas alors exigé que Tbilissi "garantisse la sécurité" ce qui aurait exacerbé la situation. Convenez que le non respect de ses engagements par la Géorgie aurait pu réhabiliter la Russie.

    Quant aux deux autres bases, celles de Batoumi et d'Akhalkalaki, la date butoir de leur retrait est aussi fixée. La Russie doit l'achever dans dix ans. Tbilissi n'a aucune raison d'estimer que Moscou ne tiendra pas ses engagements. La Géorgie n'a pas de raisons juridiques non plus de réclamer que ce processus soit accéléré. Je pourrais le comprendre si les militaires russes s'immisçaient dans les affaires intérieures de ce pays ou lui portaient un préjudice irréparable. Mais il n'y a rien de pareil. Les revendications des nouveaux dirigeants géorgiens sont dictées uniquement par la conjoncture politique.

    Malheureusement, la Géorgie a déjà agi de la sorte auparavant.

    Au printemps dernier, j'ai rencontré Nino Bourdjanadzé qui occupait alors le poste de président du parlement géorgien. Elle a insisté sur le retrait anticipé des bases militaires russes. Je lui ai exposé les arguments susmentionnés. J'ai indiqué qu'à mon avis, la Russie pourrait consentir à un certain rapprochement de la date du retrait des bases. Elle pourrait par exemple, porter la durée de ce processus de 11 à 8 ou à 9 ans. Mais cela requiert certaines garanties politiques et financières.

    Je parle des garanties politiques qu'il faudra offrir aux ressortissants russes qui sont assez nombreux en Adjarie, en Abkhazie et en Ossétie du Sud. Nous devons être sûrs que Tbilissi n'aura pas de nouveau recours aux méthodes musclées pour réintégrer les républiques autonomes.

    Pour ce qui est des garanties économiques, Tbilissi pourrait aider la Russie à installer les troupes retirées de Géorgie. Tout comme il y a un an, je déclare aujourd'hui en toute conscience que la situation du retrait des troupes russes de l'Europe où des divisions entières se sont retrouvées à la belle étoile, ne se répétera pas.

    Nous devons construire des cités militaires pour les troupes à retirer, des logements pour les familles des officiers, créer une infrastructure, des emplois pour les épouses des militaires. L'expérience mondiale démontre que dix ans ne sont pas un délai trop long pour le retrait des effectifs aussi nombreux. Je rappelerai que le retrait d'une brigade britannique d'Allemagne a pris dix ans à la fin du XXe siècle alors que la situation économique était beaucoup plus favorable en Grande-Bretagne. Pourquoi la Russie doit-elle régler une telle question en deux ou trois années? A propos, je voudrais noter que le ministère russe des Finances envisagera l'octroi des fonds requis pour la construction des cités militaires seulement après que la Russie et la Géorgie auront signé un accord interétatique. Pour le moment, cet accord n'est pas signé. A ce que je sache, ce n'est pas la partie russe qui fait traîner en longueur la procédure de signature.

    Et pour finir, j'ajouterai que le problème du retrait des bases russes de Géorgie s'est aggravé après que les dirigeants politiques et militaires russes eurent noté l'intensification des activités de l'OTAN qui pourrait signifier l'éventuel transfert de plusieurs bases militaires en Europe de l'Est, notamment en Pologne et en Roumanie.

    RIA-Novosti

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