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    Interview accordée à RIA Novosti par le représentant permanent de la Russie auprès de l'ONU, Andréi Denissov

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    New York, RIA Novosti /Dmitri Klimentov, Andréi Lochtchiline/.

    Question : Trouvez-vous possible d'accroître l'apport de l'ONU dans la reconstruction de l'Irak sur le plan politique et économique ? Y a-t-il un consensus entre les membres du Conseil de sécurité sur la nécessité de prolonger le mandat de la mission de l'ONU en Irak qui expire le 14 août ?

    Réponse : L'ONU est déjà présente en Irak dans la mesure où les conditions de sécurité existant dans ce pays le permettent. Sur le plan politique, elle apporte son assistance aux organisateurs de la conférence nationale qui doit se réunir le 15 août. Le nouveau représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour l'Irak, Ashraf Jehangir Qazi, est parti pour Bagdad. Il a pour mission d'aider à faire avancer le processus politique afin de mettre en place un système de gouvernement de l'Etat vers la fin de 2005. L'ONU s'apprête aussi à aider à l'organisation de l'élection de l'assemblée nationale et à l'élaboration d'une nouvelle constitution irakienne.

    L'ONU fait beaucoup dans la sphère économique également, en premier lieu pour reconstruire l'infrastructure. Elle débloque des fonds pour financer les projets économiques les plus importants dans le domaine de la santé publique et de l'enseignement, pour préparer les élections. Au fur et à mesure que la situation se normalisera, l'ONU pourra élargir sa participation aux transformations socio-économiques en Irak.

    En ce qui concerne la prolongation du mandat de la Mission d'assistance à l'Irak, je suis sûr que le consensus sur ce problème sera atteint.

    Question : A quel point la perspective d'un ajournement des élections présidentielles en Afghanistan est-elle réelle ? Des représentants de l'ONU ont fait savoir leur crainte que le calendrier des votes pourrait être gâché.

    Réponse : Conformément à la décision de la commission électorale afghane, les élections présidentielles doivent avoir lieu au début d'octobre et les législatives au printemps prochain. Leur tenue dépend principalement des conditions de sécurité. Malheureusement la situation dans le pays est encore loin d'être stable. Les talibans et les terroristes n'arrêtent pas de lancer des attaques contre le personnel international et les Afghans participant au processus électoral.

    Sur l'initiative de la Russie, le Conseil de sécurité de l'ONU examinera la situation en Afghanistan le 18 août à une réunion ouverte à toute délégation désireuse d'y assister. Les membres du Conseil ont maintenant pour tâche d'apporter une assistance variée aux autorités afghanes et à la communauté internationale pour éviter une déstabilisation de la situation dans ce pays à la veille des élections et créer des conditions favorables à leur tenue.

    En ce qui concerne la possibilité de l'ajournement des élections, nous espérons que cela ne sera pas nécessaire. Si quand même les préparatifs du scrutin se heurtent à des problèmes sérieux, le Conseil de sécurité de l'ONU se tiendra prêt à examiner attentivement la nouvelle situation.

    Question : L'Irak et l'Afghanistan sont aujourd'hui des "points chauds" de la lutte contre le terrorisme et la Russie préside depuis un certain temps le Comité du Conseil de sécurité contre le terrorisme. Quel est le rôle de cet organe dans la lutte contre l'une des principales menaces à la sécurité internationale ? Existe-il un projet d'extension de ses compétences ?

    Réponse : Le Comité du Conseil de sécurité contre le terrorisme (CCT) agit dans le respect de la résolution 1373 adoptée par le Conseil de sécurité en 2001, en coordonnant la coopération internationale dans la lutte contre le terrorisme. Il a pour rôle de contribuer à la création d'un système global de lutte antiterroriste en s'appuyant sur la coopération avec les pays membres de l'ONU et en effectuant un monitoring de leurs efforts d'application de la résolution 1373. Cet effort commun doit avoir pour résultat la neutralisation et la prévention de foyers d'activité terroriste, que ce soit en Afghanistan, en Irak ou ailleurs.

    La période de la présidence de la Russie au CCT qui durera jusqu'à la fin de l'année courante coïncide avec l'étape décisive du renforcement de sa structure et de son potentiel en experts. Tel est le but de son programme d'activité pour les trois prochains mois qui a été élaboré sous la présidence russe et approuvé par le Conseil de sécurité. La priorité est accordée à la mise en route du mécanisme de marche d'un nouvel organe supplémentaire du CCT, du Directoire exécutif contre le terrorisme. Le CCT a déjà approuvé les principaux documents relatifs à l'évaluation des besoins des pays en assistance technique à la lutte contre le terrorisme.

    Question : Le Groupe de haut niveau désigné par le secrétaire général de l'ONU travaille actuellement sur des propositions de restructuration de l'Organisation compte tenu des réalités et des menaces nouvelles. Kofi Annan devra les étudier et exposer sa vision de l'avenir de l'ONU à la 59e session de l'Assemblée générale qui s'ouvre en septembre. Quelle est l'attitude de la Russie envers le problème de la réforme de l'Organisation et de son Conseil de sécurité ? Soutiendra-t-elle l'idée de l'augmentation du nombre des membres du Conseil de sécurité ?

    Réponse : Nous attendons avec intérêt la présentation par le Groupe des Sages de son rapport au secrétaire général en décembre. La Russie a soutenu dès le début l'institution par Annan de ce groupe dans lequel notre pays est représenté par l'académicien Evgueni Primakov. Nous attendons que dans ses recommandations le Groupe aborde aussi les problèmes de la réforme de l'ONU et de son Conseil de sécurité. Nous posons en prémisse que les efforts allant en ce sens doivent améliorer l'efficacité de l'ONU et de ses principaux organes en parvenant à un accord au maximum large entre les Etats membres sur tous les aspects de la réforme.

    En ce qui concerne la proposition d'augmenter le nombre des membres permanents du Conseil de sécurité, la Russie occupe une position souple. L'essentiel est que la réforme du Conseil de sécurité aboutisse à une amélioration de son efficacité et ne désunisse pas mais au contraire qu'elle unisse davantage les membres de l'Organisation. Compte tenu de ces aspects fondamentaux nous sommes d'une façon générale favorables à l'idée d'augmenter le nombre des membres permanents du Conseil de sécurité. Mais nous n'écartons pas en principe la possibilité d'autres variantes de réforme.

    Question : A quel point est grande la possibilité que l'ONU et ses institutions, notamment le Conseil de sécurité, puissent amplifier leur participation au règlement des problèmes dans l'espace post-soviétique, y compris à la normalisation de la situation en Abkhazie et en Ossétie du Sud ?

    Réponse : Le Conseil de sécurité participe activement au règlement du conflit entre la Géorgie et l'Abkhazie. En août 1993, il a institué une mission d'observation de l'ONU en Géorgie dont le mandat a été prolongé récemment d'encore six mois, jusqu'à janvier 2005. De concert avec la Force de paix collective de la CEI, la mission de l'ONU apporte une contribution importante aux efforts de stabilisation de la situation dans la zone du conflit et de règlement global du conflit.

    La situation, déjà précaire, dans la zone du conflit subit incontestablement l'influence négative de l'aggravation de la situation dans certaines autres régions de la Géorgie, notamment en Ossétie du Sud. Mais la situation en Ossétie du Sud n'entre pas dans le mandat de la mission de l'ONU ni dans la sphère des activités de maintien de la paix de l'Organisation. C'est l'OCSE qui œuvre en faveur d'un règlement politique dans cette région. (Elle apporte son soutien notamment à l'activité de la Commission de contrôle mixte).

    La Russie, en qualité de membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU et de partie coopérante, fait tout son possible pour faire avancer leprocessus de règlement politique du conflit entre la Géorgie et l'Abkhazie. A mesure que la confiance se renforcera entre les parties il sera possible d'avancer aussi vers un règlement politique, notamment vers la résolution du problème du statut de l'Abkhazie compte tenu du principe de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la Géorgie, principe que nous soutenons sans défaillance.

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