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    Qu'attend la Russie de la Conférence sur l'Irak?

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    Par Marianna Belenkaïa, commentatrice politique de RIA Novosti

    Pendant plus d'un an la Russie avait invité la communauté internationale à convoquer une conférence sur l'Irak, qui aurait été consacrée au relèvement d'après-guerre de ce pays. Ce voeu de Moscou semble sur le point de s'exaucer. Les autorités égyptiennes ont annoncé qu'une conférence internationale se tiendrait à Sharm el Sheikh à la fin du mois de novembre. Une délégation russe y prendra part, cependant elle ne lui reconnaîtra pas le statut de conférence internationale. Dans le lexique diplomatique russe le prochain forum est désigné sous le terme de "rencontre ministérielle".

    Qui plus est, pour le ministère russe des Affaires étrangères la rencontre qui se tiendra en Egypte ne constituera qu'une première étape qui donnera le coup d'envoi de la conférence internationale sur le règlement irakien. Il serait souhaitable que cette conférence se tienne avant les élections en Irak programmées pour le mois de janvier 2005.

    Cette différenciation lexicologique n'est pas fortuite. Il est notoire que les diplomates choisissent toujours leurs termes avec beaucoup de circonspection. C'est qu'en initiant une conférence internationale, Moscou supposait que toutes les forces politiques irakiennes y prendraient part, dont celles d'opposition. Car c'est seulement dans ce contexte qu'une voie de développement de l'Irak approuvée par la majorité des Irakiens et l'opinion internationale pourrait être tracée. Or, jusqu'à présent il n'a pas été possible de convoquer une conférence impliquant toutes les forces politiques irakiennes.

    Certes, des tentatives de dialogue national ont été entreprises en Irak. Au mois d'avril 2003, une base américaine avait accueilli une rencontre de représentants de l'opposition irakienne, qui avait longtemps été en exil, avec des chefs de tribu locale et des responsables religieux, qui, eux, n'avaient jamais quitté le pays. Cependant, elle avait été boycottée par le Conseil supérieur de la Révolution islamique, l'une des plus grandes formations politiques d'opposition. "Comment pourrait-on participer à une rencontre d'Irakiens mise sur pied par un général américain?" avait déclaré alors un représentant de ce parti pour expliquer son refus. Ces propos étaient une anticipation logique des événements en Irak. Une partie de la société irakienne a accepté la collaboration avec l'administration coalisée tandis que l'autre a opté pour la lutte armée.

    Une conférence nationale s'est tout de même tenue en Irak au mois d'août 2004. Elle avait coïncidé dans le temps avec le carnage de Nadjaf et, bien entendu, il n'avait pas été question de la recherche d'un compromis. D'autant plus que la rencontre avait été ignorée par les représentants de deux mouvements irakiens influents, à savoir celui du Chiite Moqtada Sadr, qui se trouvait alors dans Nadjaf assiégé, et le Comité sunnite des ulémas musulmans.

    L'opposition irakienne n'a pas non plus été invitée à la rencontre prévue pour le mois de novembre en Egypte. Ce qui a extrêmement désappointé les diplomates russes. En quoi la rencontre égyptienne se différencierait-elle de celles qu'avaient tenues précédemment les pays voisins de l'Irak ou les pays donneurs de l'Irak? Ce sera tout simplement une nouvelle discussion politique.

    A Moscou on espère encore que la rencontre en Egypte s'avérera utile. Pour cela il faudra que l'on s'entende sur des démarches concrètes, notamment sur la création d'un mécanisme international de contrôle du processus politique en Irak et de l'implication de l'opposition dans ce processus. Actuellement les diplomates russes concertent leurs propositions avec les pays arabes et l'Union européenne.

    A quelques semaines des élections en Irak il importe tout particulièrement de s'entendre sur le rôle de l'opposition. Jusqu'ici l'ignorance des revendications de ces groupes politiques n'a fait qu'entraîner une escalade de la violence en Irak et depuis dix-huit mois le pays a à plusieurs reprises été à deux doigts de plonger dans la guerre civile.

    Dans le contexte des différends politiques les élections pourraient être le prétexte d'une nouvelle spirale de violence. Ainsi, le Comité des ulémas musulmans appelle ses partisans à boycotter le scrutin. Dans une interview accordée à RIA Novosti un membre de cette organisation, Bashar Al-Feidi, a déclaré que "les élections devaient être l'expression de la volonté du peuple irakien et non pas de celle des occupants qui continuent de tuer des civils et de détruire des villes et des villages irakiens".

    Selon lui, "la situation actuelle en Irak ne permet pas, en tout cas pas dans les trois mois à venir, de tenir des élections générales dans le pays".

    C'est indéniable, la date et les conditions de la tenue des élections peuvent être contestées. Ce thème ainsi que d'autres questions seront sans aucun doute débattus à la rencontre en Egypte. Mais en l'absence de l'opposition irakienne la discussion ne présentera aucun intérêt, tout comme d'ailleurs la tenue des élections. Car la stabilisation en Irak passe obligatoirement par un consensus national.

    Et si c'est ce que souhaite la communauté internationale, alors il faut qu'en Egypte ou quelque part ailleurs il soit décidé d'organiser une conférence avec la participation des différentes forces politiques de l'Irak.

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