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    Quand les hommes d'affaires réussissent là où les politiques échouent

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    MOSCOU, 10 novembre. (Par Yana Yourova, commentatrice politique de RIA Novosti). On sait que le sommet Russie-Union européenne qui devait se tenir au mois de novembre à La Haye a été reporté. Seulement ce que l'on sait moins, c'est qu'une manifestation qui avait été prévue parallèlement au sommet en tant que tel s'est tenue à la date fixée. Il s'agit de la sixième Table ronde des industriels de la Russie et de l'Union européenne.

    Ce qui signifie que les hommes d'affaires ont réussi là où les politiques ont échoué.

    Initialement, les représentants des autorités et les entrepreneurs auraient dû se retrouver à La Haye pratiquement sur un pied d'égalité. Ce qui sort de l'ordinaire. Car les délégations officielles devaient se pencher sur ce que l'on appelle les "feuilles de route", comportant, entre autres choses, des questions afférentes à la création de l'Espace économique unique de la Russie et de l'UE. Les hommes d'affaires, eux, ils souhaitent précisément pouvoir disposer de conditions propices à l'extension de leurs marchés et à l'écoulement de leurs produits, obtenir une libre circulation des capitaux, de la main-d'oeuvre, des services, etc. C'est là justement la vocation de l'espace unique.

    Les hommes d'affaires avaient été invités à prendre part à l'historique rapprochement des économies de la Russie et de l'Union européenne après que le précédent président de la Commission européenne, Romano Prodi, et Vladimir Poutine eurent proposé, lors d'une de leurs rencontres, au monde des affaires de s'impliquer dans ce processus, puisque l'espace en question était créé au premier chef pour les producteurs. Il est probable que les officiels ont pris conscience que les pierres d'achoppement dans le secteur économique étaient si nombreuses qu'elles risquaient de provoquer une longue stagnation. Aussi ont-ils décidé d'abandonner une partie de l'initiative à une force plus souple, plus active et aussi plus audacieuse pour parvenir à des compromis.

    Pourquoi pas, au fait? Jadis le PDG de General Motors avait lancé la formule selon laquelle ce qui est bien pour Général Motors l'est aussi pour les Etats-Unis. Effectivement, les corporations formant système jouent un rôle déterminant dans le développement de l'économie de leur pays. La Russie ici ne fait pas exception et en vertu de leur potentiel ses grandes entreprises peuvent tenir un rôle décisif dans le dialogue interétatique avec l'UE.

    A l'heure qu'il est, Moscou et Bruxelles sont affranchis de l'énorme fardeau des négociations sur l'adhésion à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et leurs différends à ce sujet ont disparu. Seulement l'économie, ce n'est pas uniquement le commerce. Un exemple. La législation russe interdit aux étrangers de posséder des filiales de banques, de fournir des prestations transfrontières. Des étrangers ne peuvent pas posséder plus de 50 pour cent du capital de l'industrie aéronautique. La partie russe elle aussi formule de sérieux griefs. Ainsi, l'ouverture d'une entreprise russe dans un quelconque pays de l'Union européenne est précédée de longues formalités, de difficultés de toutes sortes soulevées par la participation de capitaux russes aux activités d'affaires locales.

    Les négociateurs vont avoir du pain sur la planche en ce qui concerne le secteur énergétique. Ils auront beaucoup de mal à s'entendre sur le prix du gaz et sur les itinéraires empruntés par les nouveaux gazoducs reliant l'Europe.

    Il est notoire que l'Union européenne subventionne largement l'agriculture. Chaque vache européenne bénéficie en moyenne d'une subvention quotidienne de 20 dollars, soit plus que ce qu'un retraité russe perçoit chaque mois. Face à cette protection à laquelle l'Union européenne soumet ses producteurs et aux taxes prohibitives frappant la viande de boeuf et les céréales russes, la Russie a du mal à les concurrencer tant en Occident que sur son marché. Par conséquent, la Russie et les pays de l'Union européenne vont devoir encore sur bien des points rapprocher leurs législations et leurs règlements intérieurs. Car un marché commun ou un espace unique, c'est tout d'abord une absence d'obstacles pour le commerce, pour la circulation des gens, des capitaux et des services. L'élimination des griefs réciproques est certes une entreprise quasi permanente. Seulement avec la participation des hommes d'affaires ce processus pourrait se dérouler plus facilement que sans eux.

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