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    La Russie face aux stupéfiants d'origine étrangère

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    MOSCOU, 30 novembre (par Viatcheslav Lachkoul, commentateur de RIA Novosti). 38 gangs spécialisés dans le trafic de stupéfiants ont été démantelés dans la région de Moscou depuis dix-huit mois, a annoncé le Service fédéral antidrogue de Russie. Selon ses experts, dans la seule région de Moscou le commerce illicite annuel porte actuellement sur une dizaine de tonnes de stupéfiants, notamment d'héroïne. La plus grande partie de cette marchandise est d'origine étrangère. Par quelles filières parvient-elle en Russie? Nous avons posé cette question au directeur du Service fédéral antidrogue de Russie, Viktor Tcherkessov:

    - La Région centrasiatique nous préoccupe tout particulièrement. Toutefois, cette année nous avons plus hermétiquement fermé les tronçons arméno-géorgien et arméno-iranien de la frontière. La frontière russo-biélorusse, par laquelle passent des drogues synthétiques en provenance d'Europe, a été, elle aussi, soumise à une surveillance plus étroite.

    - Vous avez déclaré à plusieurs reprises que plus loin de nos frontières nous dressions des barrières et moins nous devions dépenser d'efforts pour prévenir le danger de la drogue à l'intérieur du pays. Au fond, il s'agit là de la tactique des "frappes préventives"...

    - Pour notre entendement, la frappe préventive, c'est des positions opérationnelles solides aux approches lointaines. Pour le moment on saisit davantage de stupéfiants à l'intérieur de la Russie que sur son pourtour, et cela disperse les forces. Il est impossible de mettre la main au collet de tous les dealers. Signalons néanmoins que de grandes quantités de drogue sont confisquées dans nos villes.

    - Quand vous évoquez les "approches lointaines", c'est l'Afghanistan que vous avez en vue? Pas plus tard qu'au printemps dernier vous aviez annoncé l'ouverture prochaine d'un bureau de votre service à Kaboul...

    - En ce qui concerne la Russie, toutes les procédures ont été étudiées... Nous coopérons directement avec le ministère des Affaires étrangères et le Conseil de sécurité de l'Afghanistan, entre eux et nous la compréhension est totale. L'ouverture d'une représentation permanente de notre service à Kaboul pourrait être annoncée sous peu. Ici beaucoup dépend de la rapidité avec laquelle les documents empruntent les canaux diplomatiques. Attendons donc. Il est judicieux d'ouvrir un grand bureau là où il est possible d'entrer rapidement en contact avec nos collègues des organes de maintien de l'ordre partout dans le pays et d'obtenir le plus vite possible les informations nécessaires pour ensuite les utiliser sur-le-champ. La situation qui prévaut actuellement en Afghanistan ne nous permet pas d'opérer au-delà de Kaboul.

    - Les troupes de la coalition conduite par les Etats-Unis semblent assez inopérantes face au danger de la drogue émanant d'Afghanistan. Est-ce votre avis?

    - Il y a un an encore, les Etats impliqués dans l'opération antiterroriste lancée en Afghanistan ne prêtaient guère attention à nos préoccupations face à l'augmentation régulière de la production de stupéfiants dans ce pays. Qui plus est, si jusqu'ici l'Afghanistan produisait essentiellement de la paille de pavot, maintenant il fabrique des produits d'excellente qualité, si ce terme n'est pas déplacé en parlant de l'héroïne. Il n'y a pas longtemps un cas d'empoisonnement collectif par des stupéfiants a été enregistré dans la ville de Roubtsovsk (Territoire de l'Altaï). Douze jeunes gens n'ont pas survécu et plusieurs dizaines d'autres sont toujours hospitalisés. Nos collègues kazakhs ont annoncé que chez eux presque simultanément plus de vingt personnes avaient été terrassées par des overdoses. Selon une hypothèse retenue par l'instruction, la drogue consommée proviendrait d'un même lot d'héroïne d'origine afghane.

    - Vous voulez donc dire par là que sur ce front la Russie est seule à combattre?

    - Non. Les structures de force (intérieur, défense, sécurité, etc.) des pays membres du Traité de sécurité collective (Russie, Biélorussie, Arménie, Kazakhstan, Kirghizie et Tadjikistan) ont mené une opération antidrogue montée conjointement et dont le nom de code était "Kanal-2004". Son bilan confirme que quelles que soient les potentialités d'un Etat en matière de lutte contre la drogue, seul il ne parviendra jamais à venir à bout de ce fléau. Des aspects positifs se sont même révélés. Ainsi, l'Organisation des Nations Unies et, sous son égide, plusieurs Etats du monde sont désormais engagés dans de sérieuses négociations. En été dernier dans le cadre de l'ONU des experts ont mené une série de débats à un niveau assez élevé, ce qui a permis d'élaborer une tactique conjointe de démantèlement des filières d'approvisionnement en stupéfiants. Un modèle de cordon sanitaire antidrogue est prêt. Les Etats limitrophes de l'Afghanistan ont signé une déclaration dans laquelle ils se disent disposés à prendre part à la création d'un anneau hermétique autour de ce pays. La chose est d'importance car il ne faut pas s'attendre à un changement rapide de la conjoncture dans ce pays. Dans les provinces centrales la situation échappe presque totalement au gouvernement. Au demeurant, une bonne partie de la population afghane est plus ou moins impliquée dans la production des stupéfiants. Il semble que les pays de la coalition viennent seulement de prendre conscience du péril que recèle cette dépendance de l'économie de la production des stupéfiants. Il y a un an on a vu des soldats de la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) détruire un laboratoire d'héroïne. Il n'y a pas eu d'autres cas, mais c'est quand même un signe encourageant.

    - Des opérations conjointes lancées par les services de sécurité des pays de la coalition sont-elles envisageables?

    - Nous n'avons pas le droit d'opérer en territoire afghan. Cependant nous pouvons procéder à des échanges d'informations sur les clans se livrant à une activité illicite sur le territoire du pays ainsi que sur les nouvelles filières d'approvisionnement en stupéfiants.

    - Quelle est la part de la drogue parvenant en Russie via le Caucase du Nord?

    - En chiffres absolus c'est impossible à exprimer. Ce que nous possédons, ce sont des évaluations d'experts. Je dirais ceci: dans cette région les stupéfiants parviennent essentiellement des territoires limitrophes de la mer Caspienne. La situation la plus préoccupante s'observe en Tchétchénie et dans les régions contiguës. Au cours de la première quinzaine de septembre, deux gangs se livrant au trafic de stupéfiants ont été démantelés en Ingouchie. Plusieurs kilogrammes d'héroïne et aussi une grande quantité d'armes leur ont été saisis. Cette opération a démontré une nouvelle fois que l'argent provenant du trafic de drogue servait à financer le terrorisme.

    - Le lendemain de la création de votre service vous aviez déclaré que l'une des missions essentielles serait de saper l'assise financière du trafic de stupéfiants. Vous y réussissez?

    - Par rapport à l'année dernière, nous envisageons différemment le problème du démantèlement des filières de blanchiment des narcodollars. C'est vrai que pour le moment nous ne pouvons pas nous targuer d'affaires criminelles portant sur une ou deux dizaines de millions de dollars. Néanmoins, cette année nous avons mis en mouvement plus d'une centaine d'actions pénales pour blanchiment de revenus illicites. La moitié de ces dossiers est déjà entre les mains des tribunaux.

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