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    La Russie refait connaissance avec un gouvernement du Congrès national indien

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    MOSCOU, 2 décembre. (Par Dmitri Kossyriev, commentateur politique de RIA Novosti). La visite officielle que Vladimir Poutine effectuera à New Delhi et à Bangalore les 2-5 décembre sera son premier contact sérieux avec le nouveau premier ministre indien, Manmohan Singh, et les membres de son gouvernement. Certaines nuances des rapports russo-indiens pourraient être affinées.

    Pour les dirigeants russes il est évident que c'est avec le gouvernement du parti Bahratiya Janatha et le premier ministre Atal Behari Vajpayee que Moscou avait accédé au niveau actuel des rapports, dont les symboles sont Kudankulam (centrale nucléaire d'un montant de 2,6 milliards de dollars), Sakhaline (mise en valeur de gisements pétrogaziers avec 1,7 milliard d'investissements indiens), la percée dans la mise au point conjointe de hautes technologies, la création du couloir de transport "Nord-Sud" via l'Iran et la mer Caspienne, et aussi, pourquoi pas, les injections indiennes dans la fabrication de bières particulièrement appréciées à Moscou.

    Après la regrettable récession du début des années 90, l'Inde de Behari Vajpayee avait repris sa place parmi les partenaires stratégiques de la Russie et peut-être aussi en qualité de pays dont la philosophie politique a le plus d'affinités avec celle de Moscou.

    Mais pendant tout ce temps, les voix n'avaient pas manqué pour rappeler que l'édifice scintillant des rapports indo-russes repose sur la solide assise mise en chantier dans les années 50 par le Congrès national indien, les familles Nehru-Gandhi en association avec les instances dirigeantes soviétiques. Cela signifierait-il qu'avec le gouvernement du CNI, arrivé au pouvoir au printemps dernier, la Russie pourrait obtenir davantage que ce qu'elle a obtenu avec le Parti Bahratiya Janatha? A New Delhi la réponse donnée habituellement à cette question est celle-ci: les relations avec la Russie sont pour les deux partis un domaine dans lequel ils n'ont aucune divergence. Moscou est important pour New Delhi en tant qu'apôtre de la conception d'un monde multipolaire et d'un ordre mondial équitable, en tant que fournisseur de technologies pour l'industrie énergétique et bien d'autres secteurs déterminants pour l'Inde, en tant que partenaire militaire et puissance entretenant des rapports particuliers avec la Chine et l'Asie moyenne, etc.

    Cependant nous nous garderons d'oublier qu'au cours des rencontres que Vladimir Poutine et Atal Behari Vajpayee ont eues, les parties se sont toujours plaintes qu'en dépit de rapports politiques et militaires au beau fixe la Russie et l'Inde sont incapables de hisser leur commerce à un niveau conforme à leurs potentiels. Qui plus est, elles n'arrivent même pas à s'entendre sur l'évaluation de ces échanges: en 2003, la partie indienne l'estimait à 1,5 milliard de dollars tandis que Moscou avançait le chiffre de 3,3 milliards. Et ce alors que la Russie évalue à 10 milliards le potentiel actuel de notre commerce, un objectif qui pourrait être facilement atteint au vu des possibilités offertes.

    La veille de la venue du président, le vice-premier ministre et nouveau président de la Commission intergouvernementale, Alexandre Joukov, a effectué un déplacement en Inde. Avec une mission ingrate il est vrai puisqu'elle avait consisté à régler d'innombrables petits problèmes amassés dans nos rapports et n'ayant rien à voir avec la haute politique: présence plus grande des banques et des fonds d'investissement des deux pays sur les marchés réciproques, financement du commerce, reconnaissance par les structures indiennes que l'économie russe est une économie de marché, règlement définitif de la question relative à la maintenance des équipements civils et militaires russes livrés à l'Inde.

    Bref, l'heure semble être venue où les déclarations globales sur le partenariat doivent être traduites en petites décisions d'affaires applicables à tous les niveaux, dans les bureaux et les organismes, tant en Inde qu'en Russie. La différence entre le gouvernement du poète Vajpayee et celui de l'économiste Singh réside probablement dans ce que le second attachera davantage d'importance aux tâches économiques quotidiennes subalternes au premier abord, notamment celles consistant à combler le retard pris par certains Etats et secteurs économiques indiens. Or, en qualité de partenaire économique, la Russie peut beaucoup faire ici. C'est peut-être là l'approche dont ont tellement besoin des relations indo-russes: moins évoquer la haute politique et user davantage de la prose économique de la vie.

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