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    L'économie ukrainienne en a encore pour un mois au plus

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    Par Iana Iourova, commentatrice politique RIA Novosti.

    Si la conjoncture sur le marché mondial des produits chimiques et métallurgiques reste inchangée, les Ukrainiens pourront encore se permettre de manifester huit à quinze jours, mais ils en ont pour un mois au plus.

    Le président ukrainien Leonid Koutchma a récemment déclaré que la crise politique en Ukraine, si elle traîne en longueur, pourrait amener à des processus économiques irréversibles. Pour illustrer ses propos, il a cité quelques chiffres: en octobre, le taux de croissance du PIB a baissé de moitié par rapport à août, et la croissance de la production industrielle a reculé de 60% par rapport à octobre 2003. "Il s'agit d'une baisse de recettes pour le budget national qui est l'indicateur le plus sensible de l'économie", a-t-il souligné. Le chef de l'État a également déploré un ralentissement dans l'élaboration du projet de budget 2005. Selon lui, l'Ukraine perd sa réputation sur les marchés internationaux, ses programmes de crédit sont menacés, alors que le prix des obligations d'État a déjà baissé de 3%.

    Bien sûr, l'obligation directe du président est de mettre en garde son pays contre des dangers éventuels à venir, même en l'absence de signes évidents. Une économie nationale n'est pas un château de cartes qui peut s'écrouler en un instant. Mais si les facteurs sont nombreux, cela change complètement la donne.

    Il est convenu de croire que l'Ukraine vit grâce aux pipelines qui la traversent et par lesquels la Russie exporte son pétrole et son gaz vers l'Europe. Il est vrai que les pipelines lui apportent une rente fixe, mais cette rubrique n'est pas cruciale pour le budget du pays.

    L'économie ukrainienne repose sur les secteurs d'exportation, notamment la chimie et la métallurgie. L'Ukraine est riche en ressources minérales: elle dispose de gisements uniques de nickel, de titane et de houille. Et le rythme élevé de la croissance économique ukrainienne qui se profile ces dernières années s'explique par une conjoncture favorable du marché. Un autre secteur traditionnellement développé est l'alimentaire: vodka (certaines marques sont largement connues à l'étranger, comme Nemiroff, Soyuz-Victan, etc.), ketchup et autres gourmandises. D'ailleurs, la Russie reste le principal importateur de ces produits. Ainsi, tant que la conjoncture du marché ne change pas, rien ne menace l'économie ukrainienne.

    Mais les Ukrainiens auront tort de faire traîner la révolution en longueur. Le système bancaire, le secteur le plus sensible à des secousses de toutes sortes, risque de souffrir le premier. Déjà, on le sait, les banques connaissent une fièvre, même si cette fièvre est encore légère. Les gens se ruent dans les banques pour retirer leurs économies. Résultat, la Banque nationale d'Ukraine a ordonné de geler les dépôts à terme, alors que les bureaux de change ont cessé de vendre les dollars et ne font qu'acheter. En moins de vingt-quatre heures, le cours de la monnaie américaine a grimpé. Les cambistes clandestins échangent aujourd'hui le dollar contre 6 hryvnas au lieu de 5 et quelques.

    Selon l'économiste Alexeï Belianine, "l'hémorragie des liquidités est très dangereuse pour le système financier du pays. Si cette situation perdure plus de deux semaines, des conséquences sérieuses sont possibles. Si la révolution traîne pendant un mois, les changements risquent de devenir irréversibles". En d'autres termes, le système bancaire peut s'écrouler, ce qui revient à l'arrêt de la circulation sanguine d'un homme. Commencent alors les difficultés de paiements, et la production se paralyse.

    Néanmoins, selon le vice-président de l'Association des banques régionales de Russie, Alexandre Khandrouïev, "tout est fonction de la confiance de la population. Dès que la confiance n'est plus là, on ne peut plus arrêter les choses. Mais les événements politiques en Ukraine ne provoqueront pas une crise bancaire de grande envergure, et le scénario catastrophe n'aura pas lieu".

    Moody's a toutefois pris ses précautions en rabaissant de "positive" à "stable" sa perspective de la note plafond de la dette ukrainienne en devises étrangères (B1) et celle de la note des obligations d'État en monnaie nationale (B1). L'agence de notation internationale compte également revoir à la baisse la note plafond des dépôts bancaires en devises étrangères (B2).

    Cependant, si les parties en conflit parviennent à un consensus dans les jours qui viennent, l'Ukraine se remettra vite de ses péripéties, car ses perspectives ne sont pas mauvaises. Qui que soit le président, le pays continuera d'attirer les investisseurs. Ce sont les sources de financement qui changent. Si c'est Ianoukovitch qui gagne, l'Ukraine récolte de nouveaux investissements russes, alors que Iouchtchenko, par contre, signifie des investissements occidentaux.

    À part ses richesses du sous-sol, l'Ukraine est connue pour sa terre fertile. Les terres noires occupent toute la partie orientale de l'Ukraine. L'Est ukrainien est aussi un énorme pôle industriel. Zaporojié, Dniepropetrovsk, Donets, Poltava sont aujourd'hui les principaux centres manufacturiers. Et ce avec la main-d'œuvre la moins chère: un mineur britannique, par exemple, gagne trois ou quatre fois plus que son collègue ukrainien, ce qui ne peut pas ne pas se répercuter sur les prix de la production. Ainsi, si la situation prérévolutionnaire ne conduit pas le pays vers un épuisement total, tout porte à croire que l'Ukraine ne perdra pas son attrait financier et économique.

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