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    La réforme de l'ONU devient une nécessité

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    Par Guennadi Tchoufrine, directeur adjoint de l'Institut de l'économie mondiale et des relations internationales, membre correspondant de l'Académie des Sciences de Russie

    Les espoirs liés à la détente internationale, qui sont nés après la fin de la "guerre froide", se sont avérés illusoires. La réalité dans le monde fait état de l'augmentation du nombre de conflits armés, petits et grands, dans différents points du globe et notamment, pour la première fois depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, sur le continent européen. Ces conflits ont emporté la vie de dizaines de milliers de personnes, avant tout de civils. Les discordes ont été provoquées non seulement par des contradictions idéologiques, politiques, économiques et territoriales, mais aussi dans une plus large mesure, par le séparatisme belliqueux et l'extrémisme ethnique et religieux. Le terrorisme international représente ces derniers temps une menace particulière à la paix. Parallèlement, les régimes internationaux de contrôle des armes de destruction massive et de leurs vecteurs sont de plus en plus souvent violés.

    L'accroissement de ces tendances dangereuses dans les relations internationales exige sans aucun doute de la communauté mondiale d'adopter des mesures urgentes et résolues dans la lutte contre ces nouvelles menaces. Il semblerait que le Conseil de sécurité de l'ONU soit à même de mener cette lutte. Mais en réalité, celui-ci non seulement ne justifie pas les espérances mises en lui, mais il ne cesse de perdre de son influence dans le monde.

    Parmi les nombreuses causes de ce phénomène, il faut souligner la "politique unilatérale" appliquée par les Etats-Unis et appelée à assurer la mise en oeuvre sur la scène internationale d'actions qui leur sont avantageuses, souvent en recourant à la force, sans consulter le Conseil de sécurité et sans respecter la Charte des Nations Unies. Il paraît bien évident que si ces actions destructives se poursuivent, les Nations Unies risquent de connaître le destin de la Ligue des Nations, et l'humanité reviendra à l'époque où le droit de la force l'emporte irrémédiablement sur le droit de la loi dans les relations internationales.

    Il est évident que dans les conditions actuelles, il est nécessaire de renforcer les normes du droit international et d'améliorer l'efficacité des résolutions adoptées par le Conseil de sécurité des Nations Unies. Par ailleurs, il ne sera guère possible d'y parvenir sans opérer une réforme de l'ONU qui s'impose depuis longtemps. Cette réforme doit refléter les changements globaux qui ont eu lieu dans le monde 60 ans après l'adoption de la Charte de l'ONU.

    Parmi les nombreuses propositions concernant la réforme de l'ONU, le rapport mis au point le 2 décembre sur l'initiative du Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, est d'un intérêt particulier. Il y a quelques jours, il a été publié. Le rapport a été préparé par le Groupe de "sages" composé de 16 personnalités éminentes, hommes et femmes, représentant différents pays et des domaines d'activité divers (politique, économique, diplomatique, militaire et social). Le rapport est intitulé "Un monde plus sûr : une responsabilité partagée". La Russie a été représentée au Groupe par l'académicien Evgueni Primakov.

    Parmi les 101 propositions pour réformer l'ONU dévoilées dans le rapport, les plus intéressantes sont celles qui portent sur un élargissement du Conseil de sécurité.

    J'approuve en premier lieu la possibilité d'accorder le statut de membre permanent au Conseil de sécurité de l'ONU à l'Allemagne et au Japon, ce qui signifiera la fin définitive de la Seconde guerre mondiale. En second lieu, je pense que les nouveaux leaders africains, asiatiques et latino-américains (surtout le Brésil, l'Inde, l'Egypte, ainsi que le Nigeria ou l'Afrique du Sud) peuvent (et doivent) faire partie des membres permanents du Conseil de sécurité.

    Il est à noter que la seule augmentation de plus de deux fois du nombre de membres permanents du Conseil de sécurité (ils sont aujourd'hui cinq : la Russie, les Etats-Unis, la France, la Grande Bretagne et la Chine), est susceptible de changer considérablement la donne dans le système des relations internationales. Un Conseil de sécurité des Nations Unies réformé pourra réagir de façon plus adéquate aux nouvelles orientations et tendances du monde contemporain et faire face plus efficacement aux plus importants défis et menaces dans le domaine de la sécurité internationale. Il est aussi extrêmement important que parmi les nouveaux membres du Conseil de sécurité de l'ONU, on trouve des pays dont les leaders et les peuples ont lutté activement pour le démantèlement du système colonial, pour l'égalité en droits dans les relations politiques et économiques internationales, contre les nouvelles manifestations du racisme et du néo-colonialisme.

    Si l'élargissement du Conseil de sécurité prend corps, il donnera une impulsion considérable à la formation d'un monde multipolaire et rendra plus démocratiques et plus efficaces les décisions adoptées en vue d'assurer sa sécurité.

    Cependant, ce n'est pas un hasard si la réforme proposée est soumise à la critique, avant tout de la part de ceux qui préconisent les principes de l'unipolarité et de l'unilatéralisme dans les relations internationales contemporaines. Si les critiques de la réforme ne s'opposent pas ouvertement à l'élargissement du "poids lourd" de l'ONU, ils souhaitent au moins restreindre leurs droits, notamment en leur refusant le droit de veto.

    La position de la Russie à l'égard de la réforme de l'ONU et de son Conseil de sécurité est nette et conséquente. Moscou se prononce notamment en faveur de l'augmentation du nombre de membres permanents au Conseil de sécurité et, parallèlement, estime que tous les nouveaux membres doivent être dotés d'un droit de veto. C'est seulement dans ce cas-là, selon la Russie, que le Conseil de sécurité réformé pourrait voir augmenter son influence pendant la discussion des sujets pressants et complexes.

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