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    Vladimir Poutine n'est pas contre la critique à l'endroit de Moscou, mais contre la politique de deux poids, deux mesures

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    MOSCOU, 23 décembre (par Dimitri Kossyrev, commentateur politique RIA-Novosti). Je ne me rappelle pas que la conférence de presse annuelle du Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, ait été transmise, comme cette fois-ci, par la CNN américaine.

    Somme toute, les téléspectateurs de la CNN, comme d'ailleurs ceux d'autres chaînes de télévision, s'intéressent particulièrement cette année à la réponse à la question: "Où va la Russie?". La nervosité particulière du public s'y explique sans doute par le fait que l'ancien modèle des relations entre l'Occident et la Russie, c'est-à-dire le crédit de l'argent et de la confiance à délivrer contre la liste des transformations à réaliser enjointe à Moscou, a pratiquement fini d'exister au milieu des années 1990. Et il est tout à fait évident aujourd'hui qu'un nouveau modèle s'est formé. C'est un modèle de l'égalité en droits de la Russie, que ce soit dans ses relations avec l'Europe et l'Amérique ou avec la Chine, le Proche-Orient et ainsi de suite. Autrement dit, Moscou peut bien avoir et a son avis sur ce qui se produit en Russie elle-même, mais aussi quelque part ailleurs. Bien plus, Moscou peut exprimer tranquillement cet avis, tout en restant ami et partenaire. Et on l'a bien constaté aujourd'hui au cours de la conférence de presse au Kremlin. Répondant, par exemple, à une question sur la politique intérieure des Etats-Unis, Vladimir Poutine a dit, notamment: "Nous ne sommes pas, non plus, en admiration absolue face à tout ce qui se produit aux Etats-Unis, loin s'en faut. Croyez-vous, effectivement, que le système électoral aux USA est impeccable? Peut-être, il convient d'y rappeler comment des élections s'y sont déroulées, que ce soit les dernières ou les précédentes?".

    Là, l'idée est tout à fait évidente et se résume à peu près comme suit: le Président des Etats-Unis, George W. Bush, peut certes critiquer Vladimir Poutine, mais l'inverse est tout aussi possible, ce qui n'a d'ailleurs rien de sensationnel en soi. Cela dit, Vladimir Poutine a rappelé que, lors de la solution des problèmes d'actualité les plus graves, les relations entre la Fédération de Russie et les Etats-Unis ne sont tout simplement pas celles de partenaires, mais d'alliés, tout en ajoutant que George W. Bush est lui-même un homme très honnête et conséquent.

    La Russie peut aussi avoir son opinion particulière, et elle a cette opinion, sur n'importe quels autres problèmes internationaux, y compris sur les futures élections en Irak, élections qui, du point de vue de Moscou, apparaissent comme tout à fait absurdes "dans le contexte de la complète occupation du pays". Et ce, d'autant plus, a ajouté Vladimir Poutine, que quant la Russie a invité des observateurs européens aux récentes élections en Tchétchénie, on lui a répondu: "Non. Ce n'est pas possible, car les conditions n'y sont pas réunies pour cela, alors qu'il n'y avait plus d'hostilités (en Tchétchénie) depuis longtemps, et les organes du pouvoir et d'administration s'y trouvaient déjà installés". Et en Irak, où des hostilités se poursuivent aujourd'hui dans neuf villes, les conditions, prétend-on, se trouvent réunies. Il se peut que l'accent le moins assimilé de ces propos précis et d'autres de Vladimir Poutine réside dans le fait qu'il n'est aucun durcissement de l'attitude de Moscou à l'égard de l'Amérique ni face à l'Europe. Rien de tel. Il n'y a là qu'une situation tout à fait normale, et plus précisément un dialogue d'un égal en égal où chacun peut exprimer, dans une certaine limite, ce qu'il pense en réalité. Si, effectivement, l'Est et l'Ouest revenaient à leur confrontation d'autrefois, chacun d'entre eux aurait, par contre, réfléchi plusieurs fois s'il faut ou pas prononcer telles ou telles paroles. Quoi qu'il en soit, tel n'est pas le cas à présent.

    Il importe évidemment que la Russie se sente plus assurée sur le plan économique. Et Vladimir Poutine a constaté visiblement avec satisfaction les progrès essentiels de l'année qui s'en va. C'est, par exemple, un solde record de la balance commerciale de la Fédération de Russie de presque 80 milliards de dollars. Ce sont aussi les réserves de change qui se sont approchées de près du cap record de 120 milliards de dollars. Et ce qui est le principal - la dette d'Etat extérieure a diminué de près de 60% à 20% du produit intérieur brut (PIB). Il n'y a plus de Russie débiteur, mais il est, en revanche, un pays créancier net, ce qui contribue, naturellement, à sa prise de position indépendante.

    Or, on constate une grande différence de cette indépendance des jugements de la situation d'autrefois - celle du bras de fer et de la lutte pour les sphères d'influence qui date de l'époque de la "guerre froide". Il est très significatif que Vladimir Poutine a un réflexe de base tout à fait naturel - celui d'intégration, réflexe d'unité économique et autre, tant de l'Europe que du monde entier, ce qui s'est d'ailleurs manifesté avec éclat quand il a été question de l'Ukraine, problème qui préoccupe sans doute le plus l'Europe de nos jours.

    Au cours de la conférence de presse, on avait bien l'impression que beaucoup de ceux qui posaient cette question s'attendaient à une sorte de bagarre, alors que Vladimir Poutine répondait dans un tout autre ton.

    Il a naturellement déclaré que l'on ne pouvait pas admettre toute une série de révolutions sur l'étendue post-soviétique. Et ce n'est pas seulement parce que les révolutions sont destructrices en soi. "La Russie et l'Union européenne sont en train d'édifier quatre espaces communs, a indiqué le Président russe. Le premier et principal d'entre eux, c'est l'espace économique. Or, nous entendons faire la même chose avec l'Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan. Je pense qu'en procédant ainsi, nous sommes en train d'harmoniser les relations économiques de toute la grande Europe, et cela n'a rien à voir avec la prétendue aspiration de la Russie à engloutir qui que ce soit", a soulignéle Président Vladimir Poutine.

    A cette conférence de presse, on a aussi bien remarqué les propos tenus par Vladimir Poutine concernant la prise de position du Président de la Pologne Aleksander Kwasniewki que "la Russie sans l'Ukraine, c'est mieux, que la Russie avec l'Ukraine". Vladimir Poutine a dit: "Nous ne nous proposons rien annexer. Si l'on interprète ces paroles comme une tentative pour limiter les possibilités de la Russie de développer ses relations avec ses propres voisins, on peut bien l'évaluer comme une tentative pour isoler la Fédération de Russie".

    A signaler que la conversation avec les partenaires d'égal en égal est le seul style du comportement acceptable et non seulement pour l'électeur russe. Néanmoins, depuis ces dernières années, trop de gens dans ce monde ont été littéralement hypnotisés par leurs propres illusions selon lesquelles il n'y avait au monde que deux points de vue - le leur et celui qui n'est pas bon. Et quand la vie elle-même démontre que tel n'est pas le cas, cela les rend souvent perplexes. Qui plus est, certains essaient aujourd'hui de qualifier ladite perplexité de crise des relations entre la Fédération de Russie et l'Europe (ou, avec moins de certitude, entre la Russie et l'Occident).

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