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Un moteur de fusée russe conçu au groupement science-production (GSP) Energomach propulsera une sonde interplanétaire américaine vers Pluton. Le lancement sera effectué en 2006 au moyen d'une fusée Atlas.

Par Youri Zaïtsev, expert de l'Institut d'études spatiales

Le moteur RD-180 qui depuis plusieurs années équipe les fusées américaines Atlas est le produit le plus connu d'Energomach. De par ses performances il est sans concurrence sur le marché. Aussi n'est-il pas étonnant que ce soit lui qui ait remporté l'appel d'offres lancé aux Etats-Unis en vue de la mission vers Pluton. En 1997, un contrat de près d'un milliard de dollars a été passé avec la corporation américaine Lockheed Martin concernant la fourniture de 101 moteurs pour des lanceurs américains de la série Atlas. Huit des 23 moteurs déjà expédiés aux Etats-Unis ont déjà été utilisés avec succès. Selon des représentants de Lockheed Martin, l'emploi des moteurs russes permet de réduire de 20 pour cent le coût de la fabrication des Atlas.

Le moteur RD-180 possède les meilleures performances énergétiques de sa classe, estime le directeur général du GSP Energomach, Boris Katorguine. Par rapport aux moteurs dont le lanceur américain Atlas était doté auparavant, le gain est substantiel. Selon la législation des Etats-Unis, pour que ce pays ne devienne pas dépendant des livraisons de moteurs étrangers, il doit lancer sa propre production parallèle. Pour le moins, les Etats-Unis doivent être prêts, si jamais la Russie décidait de ne plus leur livrer de moteurs, à mettre en route leur fabrication dans un délai de quatre ans approximativement.

C'est la raison pour laquelle il est prévu que des moteurs RD-180 puissent être construits dans un Etat du sud du pays. Toute la documentation a été fournie aux Américains. Ils l'ont étudiée, ont cerné les technologies qu'ils considèrent déterminantes et maintenant ils vont devoir déterminer la marche à suivre.

Certes, la loi doit être respectée, seulement lancer la production de moteurs de fusée est une chose très onéreuse et qui nécessite la mobilisation d'une quantité considérable de spécialistes. Or, la demande annuelle est de 10 à 15 moteurs maximum. Maintenir en activité d'énormes unités de production avec des personnels appropriés n'est pas rentable. Les moteurs coûteraient les yeux de la tête et l'Etat serait contraint d'accorder des subventions. Aussi est-il plus avantageux aux Etats-Unis d'acheter ces moteurs à la Russie, les partenaires russes garantissant le respect du calendrier des livraisons. La coopération dans un domaine comme celui des moteurs de fusée est très fructueuse, estime Boris Katorguine. En tant que spécialiste, je puis dire que la création d'un moteur nécessite en moyenne de huit à dix ans. Pour le programme Apollon à la fin des années 1950 les Américains avaient mis au point le moteur F-1 d'une poussée de 680 tonnes. Cependant, une fois le programme réalisé il est pratiquement devenu obsolète du moment que ses performances ne correspondaient plus aux nouveaux impératifs. Dès le milieu des années 1960, les motoristes soviétiques avaient commencé à créer des propulseurs de fusée à carburant liquide très économiques, à "cycle fermé", parmi lesquels le RD-180. Aujourd'hui ces moteurs satisfont la quasi totalité des besoins avec un minimum de dépenses. Nous sommes pratiquement les seuls à avoir réussi à boucler le registre allant de 60 à 800 tonnes de poussée. Aussi invitons-nous nos collègues étrangers à travailler ensemble. Nous considérons que c'est là un domaine d'avenir.

Les ingénieurs d'Energomach travaillent actuellement sur des moteurs foncièrement nouveaux, fonctionnant au gaz liquéfié. Le premier moteur de fusée à méthane est élaboré dans le cadre du projet russo-français Volga. L'utilisation du méthane en qualité de carburant pour fusée permet de réduire considérablement (de deux fois selon les spécialistes) le coût de la mise en orbite des engins spatiaux et d'accroître la sécurité des lancements, souligne Boris Katorguine.

Le moteur RD-171M modernisé destiné à équiper les premiers étages des lanceurs Zenit tirés dans le cadre du projet international Sea Launch a été testé avec succès. Le premier moteur modernisé d'une poussée de près de 800 tonnes a déjà été installé sur une fusée. Le moteur du deuxième étage de cette fusée, le RD-120, a lui aussi été modernisé, ce qui a permis de porter sa poussée de 85 à 93 tonnes.

Les spécialistes d'Energomach travaillent aussi sur une nouvelle génération de moteurs RD-191 brûlant de l'hydrogène et du kérosène et destinés aux fusées de la famille Angara. Ce lanceur lourd tiré depuis le cosmodrome russe de Plessetsk assurera l'accès indépendant de la Russie à l'espace (on sait que le cosmodrome de Baïkonour se trouve au Kazakhstan).

La conception de moteurs de fusée nucléaires est un des domaines d'activité future des motoristes russes. On manifeste toujours plus d'intérêt aux moteurs de fusée nucléaires et, partant, à un vol piloté vers Mars. Il est fort probable que cette expédition sera réalisée dans le cadre d'un projet international similaire à celui qui avait été élaboré pour la Station spatiale internationale. La contribution des chercheurs russes à la mission martienne pourrait être substantielle sous tous les aspects, y compris dans la création de propulseurs nucléaires pour le vol interplanétaire.

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Tags:
RD-180 (moteur à réaction), États-Unis, Russie, Pluton
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