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    La Russie a besoin d'une Géorgie amicale et forte

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    MOSCOU, 27 juin (par Viatcheslav Igrounov, directeur de l'Institut international d'études humanitaires et politiques - RIA-Novosti).

    Les accords sur le retrait des bases russes de Géorgie intervenus à la suite des pourparlers et des démarches dramatiques ont posé de nouveau le problème du rôle de la Russie dans le Caucase et de l'avenir caucasien de la Russie.

    Ces bases étaient une relique de l'époque où l'armée géorgienne représentait plutôt les milices populaires, sinon les détachements de coureurs d'aventures, raison pour laquelle elle ne pouvait certainement pas garantir la sécurité du pays. A cette époque-là, Edouard Chevardnadze luttait pour le pouvoir réel contre Iosseliani et Kitovani, dont les partisans avaient renversé le premier président Zviad Gamsakhourdia, amené au pouvoir Edouard Chevardnadze et lancé la guerre abkhaze honteuse qui avait coûté si cher à la Géorgie. La population espérait que les bases russes pourraient lui venir en aide, si la situation dans le pays échappait au contrôle du faible pouvoir de Tbilissi, surtout en prenant en considération la légitimité du premier président du pays et la tension permanente en Géorgie occidentale. Pour Edouard Chevardnadze, les bases russes étaient également un instrument de pression psychologique sur ses compagnons anarchiques et l'aidaient à renforcer le pouvoir d'Etat.

    Depuis, il a passé de l'eau sous les ponts. Edoaurd Chevardnadze avait réussi à consolider la Géorgie, à bénéficier du soutien occidental et à s'entendre avec l'Amérique sur l'entraînement professionnel des militaires géorgiens. Edouard Chevardnadze, de même que n'importe quel autre homme politique de la Géorgie, n'avait plus besoin de bases russes pour régler ses problèmes personnels. Au contraire, les militaires russes étaient un rappel de la perte irrémédiable de l'Abkhazie et de l'humiliation de la Géorgie. Moins la Russie faisait pour le rétablissement de l'intégrité de l'Etat géorgien, plus ardent était le désir des Géorgiens de se débarrasser de ce grain de sable, voire de la menace.

    Cependant, les méthodes d'évincement des bases choisies par le Renard blanc Edouard Chevardnadze avaient apporté les résultats contraires. L'hospitalité réservée aux terroristes tchétchènes, la rhétorique antirusse au parlement et à l'étranger, tout cela persuadait les hommes politiques russes que seule la présence militaire pouvait assurer la sécurité du Caucase du Nord et les intérêts russes dans le Caucase du Sud.

    En fait, pour de nombreuses personnes en Russie, la Géorgie ne présente de l'intérêt que du point de vue de la sécurité. Du point de vue économique la Géorgie ne possède rien de ce que la Russie pourrait recevoir ailleurs. Même à la meilleure époque, le chiffre d'affaires des échanges commerciaux entre les deux républiques était très insignifiant. Quant à la belle nature et aux stations balnéaires géorgiennes, les Russes ont commencé à les oublier peu à peu. En ce qui concerne la communauté culturelle et le passé historique, c'est le domaine des réflexions d'une poignée d'intellectuels de la capitale. Dans le monde actuel cruel et pragmatique, les sentiments ne sont pas une raison pour la politique de l'Etat.

    Seulement du point de vue de la sécurité, la Géorgie est effectivement très importante pour la Russie.

    Le conflit tchétchène qu'on empêche à grand-peine de s'étendre au Daghestan et à la Kabardino-Balkarie est l'exemple le plus éclatant des problèmes russes dans le Caucase du Nord. L'Ingouchie, déjà instable, peut être entraînée à tout instant dans une confrontation avec l'Ossétie du Nord, alors que la Karatchaievo-Tcherkessie subit, depuis des années, une tension intérieure permanente. Ce n'est qu'une partie des menaces qui guettent le Sud de la Russie. L'animosité latente évince graduellement la population russophone de pratiquement toutes les républiques du Caucase, les Russes cessent d'être le régulateur des rapports, les arbitres neutres dans les conflits interethniques, un facteur de stabilisation. Cela signifie que les Russes ne pourront se trouver dans le Caucase, tôt ou tard, que dans le rôle des soldats arrivés pour mettre de l'ordre. Il est superflu d'évoquer ce que cela signifie.

    C'est pourquoi une Géorgie amicale et forte est si importante pour la Russie.

    La Géorgie faible représente une menace d'infiltration de mercenaires sur le territoire du Caucase du Nord, une base de repos des terroristes, un polygone pour les insurgés. La Géorgie inamicale, c'est une place d'armes pour toutes sortes de réseaux d'espions, c'est un obstacle sur la voie de coopération entre la Russie et l'Arménie, notre unique allié fidèle dans la région.

    Il est à noter que la déstabilisation dans le Caucase du Nord et le départ de la Russie de cette région représentent également une menace pour la stabilité et l'unité de la Géorgie. Si les hommes politiques géorgiens ne le comprennent pas bien, il se heurteront tôt ou tard à une réalité amère. Heureusement, les Etats-Unis intéressés à l'affaiblissement de l'influence russe dans le Caucase comprennent aussi aujourd'hui que l'escalade de la tension et l'apparition de nouveaux conflits à proximité immédiate de l'Asie mineure leur poseront des problèmes supplémentaires, alors qu'ils ressentent déjà nettement l'impasse de leur aventure irakienne. C'est grâce au refrènement de la part des Etats-Unis que l'épopée de Mikhail Saakachvili en Ossétie du Sud a échoué et n'a pas entraîné un affrontement armé cruel. Les intérêts des Etats-Unis et de la Russie ont coïncidé temporairement. Mais cela ne durera pas éternellement.

    Les Etats-Unis qui sont à l'apogée de leur puissance perdront inévitablement leurs positions de leader mondial compte tenu du renforcement de l'Europe et, d'autant plus, de l'épanouissement de la Chine. La Russie peut y jouer un rôle très important en tant qu'allié potentiel de l'une et de l'autre. C'est pourquoi les Etats-Unis voudront se réserver le contrôle de la Caspienne riche en pétrole. S'il faut déstabiliser pour cela le Sud de la Russie, les Etats-Unis y sacrifieront sans hésiter les intérêts de la Géorgie, comme ils ont sacrifié les intérêts à long terme d'Israël par leur intervention en Irak. Par conséquent, la Géorgie et la Russie doivent se rendre compte de l'identité de leurs intérêts stratégiques et passer de la confrontation à la coopération. Mais, pour cela, non seulement Mikhail Saakachvili doit abandonner sa rhétorique antirusse agressive et ses actions inamicales. Moscou doit aussi cesser d'être un observateur passif des difficultés géorgiennes, proposer à Tbilissi un partenariat réel dans le règlement de ses problèmes et devenir garant du règlement mutuellement acceptable dans le cadre de toute la Géorgie. Moscou commence, semble-t-il, à le comprendre.

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