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    La visite en Russie de Jaap de Hoop Sheffer

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    MOSCOU, 28 juin. (Par Viktor Litovkine, commentateur militaire de RIA Novosti). Il est une particularité de la visite officielle que le secrétaire général de l'OTAN, Jaap de Hoop Sheffer, a récemment effectuée à Moscou qui a échappé à l'attention des observateurs: c'est la tonalité inhabituellement optimiste de son achèvement.

    On se demande pourtant pourquoi puisque la plupart des commentaires de la presse moscovite ont souligné que le secrétaire général n'avait pas emporté grand chose de Moscou.

    Quoi qu'il en soit, le patron de l'Alliance de l'Atlantique Nord n'a pas caché sa satisfaction de l'évolution positive de la coopération avec la Russie, la qualifiant même de "rapports de partenariat mûr".

    La seule chose qui puisse justifier cet optimisme, c'est l'aide que le Kremlin a proposée cette fois à l'Alliance sur l'axe centrasiatique. Il s'agit effectivement d'un partenariat réclamant des relations matures entre deux structures, à savoir l'OTAN et l'Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC).

    Au cours de sa visite, le secrétaire général de l'OTAN s'est vu demander expressément par Moscou de prêter attention aux bases des terroristes et à la production en hausse des stupéfiants en Afghanistan. C'est là un problème qui préoccupe tant l'OTAN que l'OTSC dont sont membres la Russie, l'Arménie, la Biélorussie, le Tadjikistan, la Kirghizie et le Kazakhstan. La coordination des efforts des deux organisations pourrait grandement faciliter l'opération de l'OTAN dans la région.

    Par ailleurs, le président russe, Vladimir Poutine, a proposé à Japp de Hoop Sheffer de réaliser un projet pilote concernant la formation de spécialistes de la lutte contre le trafic de stupéfiants en Afghanistan et en Asie centrale. Dans ce domaine la Russie et ses partenaires disposent indubitablement d'une plus grande expérience et de plus grandes possibilités que l'OTAN. On peut donc envisager une contribution réelle à la lutte contre le terrorisme et le trafic de drogue dans ces contrées.

    Jaap de Hoop Sheffer a promis de porter les propositions russes à la connaissance des représentants de l'Alliance à Bruxelles. Si un consensus intervient, l'OTAN s'impliquera dans ce travail, a-t-il dit.

    Dans le même temps, peut-on prétendre que le partenariat Russie-OTAN a dépassé toutes les attentes dans la lutte conjointe contre le terrorisme? C'est un fait que certains succès existent. Moscou a ouvert pour l'Alliance des couloirs de transport par lesquels elle peut transférer des troupes et des frets dans les bases installées en Asie centrale et en Afghanistan pour mener l'opération de stabilisation de la situation dans ce pays. Le renseignement russe lui a communiqué des informations sur l'état de choses dans plusieurs provinces afghanes, sur l'activité qui y est menée par différents groupements armés. Ces renseignements sont régulièrement mis à jour. Ils concernent notamment l'activité des camps d'entraînement de terroristes implantés dans les pays voisins, particulièrement au Pakistan, les filières secrètes par lesquelles les terroristes sont transférés au Tadjikistan, en Kirghizie et en Ouzbékistan pour déstabiliser la situation dans cette région et au-delà de ses frontières, sur l'extension de la fabrication des stupéfiants et du trafic de drogue. Cependant, jusqu'ici ces renseignements n'ont malheureusement pas eu le rendement que l'on attendait d'eux. "En Afghanistan et au Pakistan limitrophe d'anciens talibans continuent de former des terroristes qui vont ensuite perpétrer des attentats en Russie", a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, au cours de la rencontre qu'il a eue avec Jaap de Hoop Sheffer. "Nous savons que ces gens passent périodiquement dans la vallée de la Fergana". Cependant, les responsables de l'opération antiterroriste de l'Alliance semblent ne rien remarquer. Peut-être parce qu'ils centrent leur attention essentielle sur la tenue d'élections démocratiques dans les provinces afghanes et ont délaissé le principal objectif pour lequel l'opération AFOR avait été lancée?

    Si l'on évoque la coopération de la Russie et de l'OTAN dans son ensemble, on peut rappeler les rencontres et les consultations politiques régulières dans le cadre du Conseil Russie-OTAN, le travail pratique des groupes conjoints pour la neutralisation du terrorisme, pour la compatibilité opérationnelle des contingents militaires et même les exercices tactiques conjoints en mer et sur terre. Il y a eu aussi les entraînements de commandement et d'état-major dans le cadre du contrôle des systèmes de la défense antiaérienne et de la défense antimissile de théâtre, la participation de bâtiments de guerre russes aux manoeuvres de l'OTAN en Méditerranée Efforts conjoints en vue de lutter contre l'immigration clandestine, l'acheminement de terroristes, le trafic de stupéfiants et d'armes de destruction massive... On pourrait continuer l'énumération. Cependant, en analysant bien certains de ces "acquis" il apparaît que les choses sont loin d'être aussi saines que le présentent ou voudraient le présenter les dirigeants de l'Alliance. Parce que les programmes de la coopération ne peuvent pas en soi lever les préoccupations de Moscou face à certaines questions clés.

    Par exemple, il y a un problème qui tracasse tout particulièrement Moscou, qui gêne l'affermissement du partenariat et de la confiance entre la Russie et l'OTAN. C'est la présence d'armes nucléaires tactiques américaines dans les bases de l'Alliance en Europe. Ce thème a été évoqué il y a quelques jours dans le Financial Times par l'ancien ministre britannique des Affaires étrangères, Robin Cook, et l'ancien secrétaire d'Etat américain à la Défense, Robert McNamara. Il s'agit de bombes atomiques à gravité B61. Selon les estimations, on en recenserait de 150 à 500. "Ces armes sont destinées à combattre quels terroristes?", a demandé le commentateur militaire de RIA Novosti au secrétaire général de l'Alliance. Dans un premier temps Jaap de Hoop Sheffer a répondu qu'il ne savait pas de quelles armes il s'agissait. Mais il a quand même ajouté que "ce sont des armes de dissuasion politique, qu'elles ne seront employées contre personne". Dans ce cas on comprend d'autant moins pourquoi l'Europe a besoin de "ce legs de la guerre froide" que l'on s'efforce "de ne pas remarquer" à l'OTAN comme la réponse du secrétaire général l'a très bien montré.

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