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    Le commerce électronique peine à prendre racine en Russie

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    MOSCOU, 1er juillet - par Iana Iourova, commentatrice politique de RIA Novosti.

    Le réseau Internet englobe pratiquement tous les secteurs de la vie quotidienne en Russie. Selon la fondation Opinion publique, le nombre d'internautes russes a doublé en trois ans et se chiffre à presque 19 millions de personnes. Toutefois, le commerce électronique, même s'il devient à la mode, reste encore dans un état embryonnaire en dépit des perspectives qui s'annoncent assez prometteuses.

    Par son taux de couverture Internet, la Russie atteindra prochainement la France, l'Italie et le Brésil, pays avancés dans le secteur, et a déjà dépassé l'Espagne et l'Australie. Selon l'agence J'son&Partners, rien que sur le marché des fournisseurs d'accès les ventes ont explosé au-delà de 1 milliard de dollars en décembre 2004. Le nombre d'internautes et le volume du marché étant si élevés, il évident que la promotion des ventes on-line devient non seulement justifiée, mais vitale.

    Les premiers projets commerciaux dans le segment russe de la toile mondiale datent des années 1992-1993. Mais les ventes n'ont pas beaucoup progressé depuis. Selon l'Association nationale des acteurs du commerce électronique russe, les ventes on-line n'atteignent pas 1% de l'ensemble des ventes de détail. En 2004, le volume du marché virtuel représentait 662 millions de dollars.

    Les analystes pensent que le développement du commerce électronique s'estompe en raison de plusieurs facteurs: faible diffusion des cartes à puce, absence d'une législation adéquate, absence de mécanismes d'assurance des risques et de règlement des conflits, faible niveau de sécurité dans le réseau.

    Le ministère du Développement économique et du Commerce (MERT) est encore plus critique. Il estime que le commerce électronique n'existe pas du tout en réalité, car si les transactions sont électroniques, le commerce ne l'est pas forcément. Le commerce électronique, c'est avant tout un recensement informatisé des marchandises et des mouvements de fonds. Cependant, l'État continue d'exiger que toute la documentation comptable lui soit présentée en version papier.

    Pour Tseren Tserenov, du service gestion corporative du MERT, la législation russe ne correspond absolument pas au niveau actuel des technologies de l'information et de la communication, et ce clivage touche tous les secteurs économiques, le commerce électronique n'en étant qu'un exemple.

    La Russie est le pays du papier: aucun formulaire électronique ne revêt un caractère officiel. En conséquence, l'État impose à l'égard des compagnies de ventes on-line des règles qui ne tiennent pas compte des spécificités du secteur. Ainsi, les systèmes actuels de ventes électroniques sont plutôt des systèmes d'assistance électronique au commerce ordinaire.

    Tant que l'État ne le reconnaîtra pas et ne passera pas à la comptabilité électronique, il y aura des conflits entre les documents imprimés (ordres de paiement, bons de commande et bilans) et électroniques, insiste M. Tserenov. En Russie, les signatures électroniques représenteraient une assise solide et peu coûteuse, sans laquelle les lois réglementant le commerce électronique resteront lettre morte. Toutefois, cette assise ne peut naître que dans un environnement concurrentiel, ce qui nécessite la libéralisation en matière de réglementation de la cryptographie civile.

    Le ministère du Développement économique et du Commerce est en train d'appliquer le programme fédéral Russie électronique prévu jusqu'en 2010. L'un des grands objectifs du programme est de modifier la législation russe de manière à rendre officiels et légitimes les mécanismes de recensement et de communication entre les administrations et sur le marché.

    L'expérience de l'informatisation montre que les technologies de l'information et de la communication sont particulièrement utiles au niveau de la comptabilité, de l'automatisation des procédures administratives et du contrôle interne et externe des entreprises. Elles rencontrent les trois grandes règles de la "bonne gouvernance" formulées par l'ONU: la responsabilité, la transparence et l'efficacité. Grâce à ces technologies, l'État devient plus rapide, plus contrôlable et plus ouvert pour la société.

    Toujours selon Tseren Tserenov, son ministère doit soumettre à l'examen du cabinet d'ici fin 2005, un "concept d'État électronique" censé promouvoir la responsabilité, la transparence et l'efficacité. Les technologies de l'information et de la communication seront officielles et obligatoires dans la comptabilité, les procédures administratives, le contrôle interne et externe. Les responsables russes espèrent que cette initiative encouragera non seulement le développement du commerce électronique, mais aussi celle de l'économie en général.

    Pour l'instant, le ministère du Développement économique et du Commerce travaille à la conception d'un système d'achat public électronique: un portail d'achat public a notamment été mis en place dans le cadre du programme Russie électronique, qui sera opérationnel avant la fin de l'année. Il sera une source d'information officielle sur les achats électroniques effectués pour les besoins de l'État.

    Le gouvernement russe envisage également de créer un registre unique des appels d'offres organisés aux niveaux fédéral, régional et municipal. Une ressource qui doit permettre de suivre les prix, de contrôler les appels d'offres, de recueillir et de généraliser les statistiques relatives aux achats publics.

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