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    La Russie vue par la presse de la CEI et des pays baltes

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    ESTONIE

    La presse de langue estonienne rejette sur la Russie la responsabilité des files de camions qui se sont accumulées aux frontières russo-estonienne et russo-lettonne. Elle constate que les files d'attente sont apparues au moment où le président russe a exprimé son insatisfaction devant la corruption florissante dans les douanes et la lutte inefficace contre les contrebandiers, mais n'exclut pas non plus que les douaniers russes ralentissent les formalités à des fins politiques. "Entre les files de camions observées à Narva et les événements en cours dans les relations russo-estoniennes, il y a un lien bien défini... Les files de camions créées artificiellement à la frontière font aussi partie des méthodes russes de protection des russophones" (Postimees, 21.08).

    LETTONIE

    Les médias ont manifesté un grand intérêt pour la rencontre à Sotchi des dirigeants des Etats membres de la Communauté économique eurasiatique (CEEA: Biélorussie, Kazakhstan, Kirghizie, Ouzbékistan, Russie et Tadjikistan), en examinant activement les chances de la Russie de faire de cette organisation un contrepoids aux Etats-Unis. "Les projets stratégiques de Vladimir Poutine consistent à faire contrepoids au bloc des pays occidentaux, en particulier aux Etats-Unis... Cela risque de déplaire à Washington qui multiplie désespérément ses tentatives d'affaiblir les positions de la Russie en Asie centrale. Parallèlement aux méthodes politiques on voit que sont utilisées des méthodes économiques. Le département d'Etat américain est même prêt à tolérer des régimes peu démocratiques, pourvu que la Russie perde du terrain dans les fournitures de pétrole et de gaz... Toutefois, il y a plusieurs obstacles qui entravent la marche du Kremlin. Ainsi, l'Ouzbékistan refuse toujours d'ouvrir ses frontières pour libéraliser le commerce avec le Tadjikistan voisin" (Dienas Bizness, 17.08).

    Certains périodiques de langue lettonne reprochent les longues files d'attente devant les douanes russo-lettonnes au gouvernement russe, accusé de vouloir noircir l'image de marque de la Lettonie à la veille du sommet de l'OTAN. "Les experts estiment qu'il s'agit de spéculations: la Lettonie se prépare à une série d'événements importants, et la Russie souhaite discréditer notre Etat. "Détrompons-nous. Nous connaissons bien l'attitude de la Russie à notre égard. Plus le sommet de l'OTAN est proche, plus la Russie inventera d'astuces", estime le chef des gardes-frontières lettons Gunars Dabolins" (Dienas Bizness, 16.08).

    LITUANIE

    La rupture des livraisons de pétrole russe à la raffinerie Mazeikiu Nafta en raison d'un accident qui s'est produit sur l'oléoduc Droujba continue de faire la "une" de l'actualité. Face à la chute inévitable du cours de l'action de Mazeikiu Nafta, son nouveau propriétaire, le polonais PKN Orlen, a ajouté à l'inquiétude générale en annonçant qu'il pourrait se débarrasser de la raffinerie. "Si les Polonais renoncent à l'acquisition de Mazeikiu Nafta, le groupe letton finira inévitablement par tomber entre les mains du Kremlin" (Respublika, 18.08). "La Russie cherche à empêcher la vente de Mazeikiu Nafta au groupe polonais. Si PKN Orlen renonçait à acheter l'usine, celle-ci irait aux compagnies Rosneft ou Sibneft (filiale de Gazprom) contrôlées par l'Etat"... Rosneft est l'un des principaux créanciers de Ioukos. En cas d'échec de la transaction avec les Polonais, elle décrochera Mazeikiu Nafta pour rien" (Respublika, 22.08).

    Plusieurs publications traitent de la promotion des entreprises lituaniennes dans la région russe de Kaliningrad. "Les entrepreneurs locaux ne s'étonnent plus de voir des Lituaniens dépasser les Polonais et les Allemands en termes d'investissements. A leur avis, les Lituaniens acceptent rapidement les règles du jeu locales, alors que beaucoup d'Allemands ont renoncé à leurs projets face aux particularités de la bureaucratie russe... La pénurie de main-d'oeuvre reste le problème essentiel qui entrave l'extension rapide de la production. Il y a aussi des problèmes liés à l'alcoolisme. A l'heure actuelle, seuls les cadres viennent de Lituanie, les autres travailleurs, du contremaître au maçon, sont des ressortissants russes, ouzbeks, turkmènes, kazakhs, biélorusses, azerbaïdjanais et ukrainiens" (Respublika, 21.08).

    UKRAINE

    Analysant les résultats de la visite du premier ministre ukrainien, Viktor Ianoukovitch en Russie, certaines éditions espèrent un redémarrage de l'économie nationale. "A condition de garder une approche pragmatique et d'évaluer de façon réaliste ses propres forces, le gouvernement Ianoukovitch pourrait bien faire revenir la production agricole ukrainienne sur les marchés russes, attirer les capitaux russes pour la modernisation des ports et du réseau routier en Ukraine, et approvisionner l'industrie nationale en hydrocarbures à des prix acceptables. Il va sans dire qu'il faudra passer pour cela par une intégration accélérée à des structures économiques conjointes avec la Russie, par la garantie d'un contrôle efficace par Gazprom du transit de gaz à travers le territoire ukrainien, par la création, de toute évidence, d'un consortium de transport de gaz, par l'abandon, finalement, de l'amitié absurde et sans perspective avec le régime de Saakachvili, etc." (Oligarkh.net, 16.08).

    La proposition du premier ministre russe, Mikhaïl Fradkov, sur l'intégration de l'Ukraine à la Communauté économique eurasiatique (CEEA) a provoqué une réaction extrêmement négative dans la presse. "Il est parfaitement évident que le nouveau premier ministre ukrainien n'a ni la possibilité ni même le désir de réaliser un programme d'intégration aussi vaste" (Glavred, 17.08). "Les Russes ont pratiquement attiré le premier ministre ukrainien dans un piège politique, en l'invitant pour son premier voyage justement au sommet de cette organisation... Poutine a gagné, en montrant qu'il lui suffisait de faire claquer ses doigts pour que les officiels ukrainiens accourent à toute vitesse" (Rupor, 16.08).

    MOLDAVIE

    La presse pro-roumaine affirme que tout un réseau d'organisations politiques et non gouvernementales opèrent en Transnistrie sous l'égide du Service fédéral de sécurité (FSB) de Russie, organisations qui s'emploient à propager l'idée d'une intégration de cette république autoproclamée à la Russie. "A moyen terme, la Russie veut sans doute créer à l'aide des organisations évoquées une apparence de démocratie autour du régime illégitime de Tiraspol et diriger ce territoire à distance à l'instar de la région de Kaliningrad... Pendant qu'il n'est pas trop tard, l'Occident devrait réagir et empêcher la naissance d'un autre "Kaliningrad sur le Dniestr" (Flux, 16.08).

    ARMENIE

    Un leader de l'opposition (A. Karapetian, du parti "Temps nouveaux") a posé un diagnostic très peu réjouissant sur le partenariat stratégique entre l'Arménie et la Russie. "Le partenariat stratégique entre l'Arménie et la Russie pourrait céder la place à l'indifférence stratégique... Moscou a perdu tout intérêt pour l'Arménie... Alors que la Russie n'a plus de leviers d'influence efficaces sur Erevan, à part le travail indolent avec l'élite arménienne au pouvoir, les Américains ne tarderont certes pas à s'installer pour de bon en Arménie... Il ne reste pratiquement plus à ce jour en Arménie de partis d'opposition qui s'orientent vers la Russie, alors même que l'opposition croit en ses chances d'arriver au pouvoir" (Lragir.am, 17.08).

    Les derniers faits et gestes de la Russie sont considérés par certains analystes comme la manifestation d'une attitude inamicale. "Depuis le mois écoulé, la Russie a entrepris à l'égard de l'Arménie toute une série de démarches témoignant d'un refroidissement dans les relations bilatérales: le point de passage "Verkhni Lars" a été fermé, Moscou a soulevé la question de la suspension des survols de la Fédération de Russie par les avions de la compagnie Armavia, les importations de cognac arménien ont été interdites en Russie" (Panorama.am, 18.08).

    GEORGIE

    L'invitation à se rendre en visite à Tbilissi que le président géorgien, Mikhaïl Saakachvili, a envoyée à son homologue iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a fait supposer aux experts que la Géorgie pourrait bien "rafler" à la Russie le rôle d'intermédiaire entre l'Occident et l'Iran. "Tout porte à croire que les Américains sont au courant de cette invitation... C'est la Russie qui a joué jusqu'ici le rôle d'intermédiaire entre les autorités iraniennes et l'Occident. Sur ce plan, la médiation de la Géorgie serait sans doute plus acceptable et plus souhaitable que celle de Moscou pour l'Amérique et l'Occident en général... La médiation unilatéraliste de Moscou n'a encore donné aucun résultat. Par contre, nous avons pu voir qu'après la rencontre de Poutine avec Ahmadinejad, les autorités de Téhéran sont même devenues encore plus radicales. Qui plus est, la Russie essaie de monopoliser le rôle d'intermédiaire dans les négociations avec la direction de la Palestine et le Hamas" ("Rezonansi", 18.08).

    C'est avec indignation que les médias ont réagi au refus par les autorités de l'assistance offerte par la Fédération de Russie pour éteindre les grands incendies dans le sud du pays. "A cause de l'entêtement et des caprices de Saakachvili, des centaines d'hectares de forêts qui ne lui appartenaient pas personnellement, mais qui appartenaient à la Géorgie, ont été sacrifiés. Il est tout à fait évident que le président a refusé l'aide de la Russie pour cette seule raison qu'il s'agissait là d'une assistance russe... Au bout du compte, le pays a payé un lourd tribut. Pour cela, dans tout autre pays normal, les coupables seraient mis en prison. Pour ce qui est de Saakachvili, il a la chance d'être président et de posséder l'immunité face à la législation géorgienne en vigueur" (Akhali Taoba, 19.08).

    AZERBAÏDJAN

    Le sommet informel de la Communauté Économique Eurasiatique (CEEA) à Sotchi, qui était censé affaiblir l'influence américaine dans la région, a été un échec, selon la presse d'opposition. "Les rencontres et les négociations n'ont pas justifié les espérances du Kremlin. Malgré tous les efforts déployés par Moscou, les pays satellites de la Russie n'ont pas signé d'accord cadre sur l'Union douanière... Les alliés de Moscou n'ont pas voulu s'opposer ouvertement à l'Occident et procéder à la création d'un nouvel "Empire libéral" dirigé par la Russie malgré tous les efforts du Grand Frère� Il devient clair que tous les secteurs économiques de ces pays sous-développés par rapport à la Russie sur le plan économique et industriel (Biélorussie, Arménie, Kazakhstan, Tadjikistan, Ouzbékistan et Kirghizie) peuvent passer sous le contrôle des sociétés russes, qu'il s'agisse de l'exploitation des ressources naturelles ou du secteur bancaire. Et comme le contrôle économique n'est qu'une étape initiale du contrôle politique, les pays satellites ont préféré ne pas manifester trop de dévouement" (Express, 17.08).

    La presse accuse de nouveau la Russie de vouloir placer ses voisins dans une dépendance envers ses ressources énergétiques et hydrauliques. "La Russie propose de réaliser un projet d'alimentation en eau de l'Asie Centrale. Il est prévu de créer un consortium hydroénergétique... Autrement dit, Moscou pourrait mettre la main sur le robinet d'alimentation d'eau d'une région entière" (Zerkalo, 18.08).

    KAZAKHSTAN

    Les journaux expliquent le succès du sommet de Sotchi par l'importance croissante de la Communauté Économique Eurasiatique (CEEA) sur la scène internationale. "Fâchée contre l'Occident pour avoir sapé ses négociations d'adhésion à l'OMC, la Russie envisage de créer une alternative à l'OMC sur la base de la CEEA, ont déclaré les experts avant le sommet. Et cela paraît vrai... "Comme cette affaire piétine, la logique nous dit que nous ne devons pas demeurer les bras croisés, mais progresser vers l'harmonisation des tarifs dans le cadre de la CEEA", a expliqué l'assistant du président russe Sergueï Prikhodko" (ExpressK, 17.08).

    KIRGHIZIE

    La rencontre informelle des chefs d'État de la CEEA à Sotchi a provoqué des critiques dans les médias d'opposition. "Moscou place de grands espoirs dans la CEEA: la Russie a besoin de créer un contrepoids économique permettant de prévenir l'expansion économique américaine dans l'espace postsoviétique après l'échec des négociations avec les États-Unis sur l'adhésion à l'OMC, et la CEEA est le meilleur candidat" (Obchestvenny reiting, 16.08).

    Selon les journalistes, la Russie cherche à saper la coopération entre la Kirghizie et l'Occident. "La Russie essaie de dissuader la Kirghizie de participer à l'Initiative PPTE (Pays pauvres très endettés) lancée sous l'égide du FMI et de la Banque Mondiale. Elle affirme que la Kirghizie perdra sa souveraineté et dépendra des États-Unis. D'ailleurs, Moscou ne peut rien proposer sauf la dépendance envers la Russie" (Obchestvenny reiting, 16.08).

    TADJIKISTAN

    Les analystes étudient les tentatives de Moscou en vue d'augmenter son potentiel économique et énergétique aux dépens de ses voisins asiatiques. "Fâchée contre l'Occident pour avoir sapé ses récentes négociations d'adhésion à l'OMC, Moscou a l'intention de créer sa propre alternative à cette organisation. Le Kremlin doit exercer des pressions sur ses voisins, détourner les indécis des États-Unis et les placer tous dans une dépendance énergétique et hydraulique� La partie russe a déjà exposé sa vision de l'intégration économique au sein de la CEEA pendant la préparation du sommet informel. La première étape consiste à augmenter la dépendance des pays voisins amis (avec leur consentement), la deuxième à renforcer sa pression sur les voisins résistants. La troisième prévoit une expansion vers les pays qui ne bénéficient pas encore de l'attention de Moscou. Les ressources énergétiques seront le levier d'influence principal du Kremlin" (Fakti i kommentarii, 17.08).

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