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    Le dollar, éternelle source de frustrations

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    Par Anatoli Gorev, RIA Novosti

    Par Anatoli Gorev, RIA Novosti

    Le dollar poursuit sa chute libre: jeudi dernier, la monnaie américaine a perdu 5,34 roubles par rapport au cours officiel de la Banque centrale de Russie fixé au 12 avril. Cette baisse n'aurait rien d'exceptionnel, si le billet vert n'était pas descendu à 25,8647 roubles. Si nous sommes encore au mois d'avril, un peu plus de 6 kopecks seulement nous séparent de la barre des 25,8 roubles prévue pour la fin de 2007. Les événements des dernières semaines montrent que le rouble est capable de franchir cette distance en une seule séance.

    La tendance stable à la baisse du dollar préoccupe sérieusement le gouvernement russe: la dévalorisation du dollar signifie l'appréciation automatique du rouble, donc une baisse de la compétitivité de l'économie russe et, par conséquent, un ralentissement de la croissance de la production industrielle. C'est ce dernier point qui afflige le cabinet, car l'économie russe a entamé l'année en cours à la hausse. En février 2007, la production industrielle a crû de 7,8% par rapport à la même période de l'an dernier. Selon Peter Westin et Irina Plevako, analystes à MDM-Bank, cet indice a une nouvelle fois dépassé les prévisions fixées à 6,4% se retrouvant très en dessus du taux de croissance de 1% enregistré il y a un an.

    "L'analyse des composantes de la production industrielle montre que la croissance des industries d'extraction et de transformation s'est établie à 4,3% et à 14% respectivement, alors que le secteur des services a accusé un recul de 2,4%. Au cours des deux premiers mois de 2007, la croissance de la production industrielle a atteint 8,6%", lit-on dans le rapport analytique de MDM-Bank. "Le taux de croissance impressionnant observé au cours des deux premiers mois de 2007 auquel s'ajoute la forte hausse des investissements fixes constatée tout au long de 2006 montre que la production industrielle a toutes les chances de progresser de façon significative en 2007", considèrent Peter Westin et Irina Plevako.

    Toutefois, pour que le beau rêve devienne réalité, il faut que le dollar cesse de perdre 8 à 10 kopecks toutes les semaines, et que le rouble ne s'apprécie plus par rapport à la monnaie américaine. Il y a quelques jours, le président russe Vladimir Poutine avait prôné la nécessité de renverser la situation sur le marché monétaire. "La consolidation de la monnaie nationale se poursuit, ce qui requiert toute notre attention pour éviter de miner la dynamique positive des secteurs de transformation", a-t-il déclaré lundi dernier en conseil des ministres. En d'autres termes, si les autorités russes ne parviennent pas à "endiguer" le rouble, elles ne verront jamais la croissance économique record programmée pour 2007, celle-ci étant nécessaire non seulement pour attirer davantage d'investissements étrangers dans l'économie, mais aussi pour des motifs politiques à l'approche des échéances électorales.

    Le problème est qu'il devient très difficile de soutenir le dollar, quand le reste du monde se solidarise contre la monnaie américaine. Les positions du billet vert s'affaiblissent face aux nouvelles venant essentiellement des Etats-Unis mêmes où la croissance économique se ralentit, l'efficacité industrielle est en baisse et l'initiative dépérit. Pour remédier à la situation, la Réserve fédérale pourrait baisser son taux directeur, mais il semble qu'elle n'y soit pas prête de peur de relancer l'inflation. L'escalade de la crise au Moyen-Orient, en particulier les déclarations des autorités iraniennes au sujet du passage à la production industrielle du combustible nucléaire, jette de l'huile sur le feu. Ces déclarations conduisent à la hausse du prix du pétrole, ce qui accentue les pressions sur l'économie américaine.

    De manière générale, très peu de choses profitent au dollar, et les facteurs négatifs abondent. Tout ce que le gouvernement russe peut faire dans cette situation, c'est recourir à sa bonne vieille méthode des interventions monétaires sur le marché financier national en vue de soutenir la monnaie américaine. Encore qu'il s'agisse là, avertissent des experts, d'une arme à double tranchant: les interventions de la Banque centrale permettent d'endiguer la croissance du rouble, mais conduisent à l'accélération du taux d'inflation.

    Résultat, les autorités politiques et économiques de la Russie seront à nouveau amenées à choisir entre un scénario "mauvais" et un autre "très mauvais". La chute du dollar pourrait soit déboucher sur une baisse du taux de croissance du PIB, soit déclencher une flambée d'inflation susceptible de remettre en doute les prévisions de l'inflation annuelles. Dans le premier cas, le dollar descendra au-dessous de la barre des 25 roubles, alors que le taux de croissance du PIB ne dépassera pas 6% contre une prévision de 6,5% (actualisée par le ministère du Développement économique et du Commerce). Il est tout aussi peu probable que le rythme de la croissance de la production industrielle atteigne les 5,2% prévus contre 4,3% l'an dernier. Dans le second cas, l'inflation qui ne devrait pas cette année dépasser 8,5% pourrait de nouveau échapper au contrôle pour s'approcher des 10%. Ce sera tout particulièrement contrariant du point de vue du développement du marché du crédit hypothécaire: ce n'est pas un secret que le volume relativement peu élevé du secteur s'explique, selon nombre d'experts, par l'inflation élevée qui persiste dans le pays.

    Le temps montrera lequel des deux scénarios sera choisi par le gouvernement, et on le saura très prochainement: tout porte à croire, selon des experts, que le dollar ralentira sa chute la semaine prochaine et peut-être arrêtera sa descente en raison d'une intervention de la Banque centrale qui se prononcera sur le niveau du soutien à la monnaie américaine.

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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