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    La Russie vue par la presse de la CEI et des pays baltes

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    ESTONIE

    La presse locale se montre très critique envers la déclaration du Haut représentant européen pour la politique extérieure et de sécurité, Javier Solana, selon laquelle la République tchèque et la Pologne ne doivent pas automatiquement accueillir sur leurs territoires des éléments du bouclier antimissile américain. On affirme entre autres que les politiques d'Europe occidentale acceptent des compromis avec la Russie aux dépens des pays d'Europe de l'Est. "Il s'ensuit que la "sécurité" que l'UE devait nous proposer à l'égard de la Russie est une perfide épée à double tranchant, dont Moscou et les Etats de la vieille Europe, myopes, âpres au gain et ne recherchant que des profits se servent habilement pour détruire la souveraineté des anciens satellites (russes) (...). L'heure a sonné pour l'Estonie et ses voisins les plus proches de mener un inventaire politique pour, ensemble, démanteler les accords entre la Russie et l'Europe conclus à leurs frais" ("Parnu Postimees", 04.04).

    LETTONIE

    Les observateurs doutent que la Russie qui a signé un accord sur la frontière avec la Lettonie ait ainsi décidé d'améliorer ses rapports avec l'Union européenne. "Il n'est pas logique que le Kremlin, ayant signé un accord sur la frontière avec la Lettonie, ait voulu ainsi envoyer un signal positif à Bruxelles, tout en bloquant à l'ONU la reconnaissance de l'indépendance du Kosovo, laquelle, aux yeux de l'UE, est plus importante que les querelles entre la Russie et un petit Etat membre du bloc. De plus, si Moscou avait effectivement envie de manifester sa bonne volonté envers l'UE, la mesure la plus efficace de son côté serait un rapprochement avec l'Occident sur le problème de l'Iran" (Nedelja", 04.04).

    La déclaration du premier vice-premier ministre russe Sergueï Ivanov qui a invité les Russes à boycotter les marchandises estoniennes pour protester contre la décision des autorités de Tallinn de transférer le monument au Soldat soviétique libérateur, a provoqué un tollé dans la presse locale. "L'appel scandaleux de Sergueï Ivanov (...) n'est qu'une manifestation de "l'économie verticalement intégrée" en tant qu'arme politique. En prévision des élections à la Douma en décembre prochain et des présidentielles de mars 2008, le Kremlin et l'élite politique (russe) ont besoin d'ennemis extérieurs et intérieurs. Aujourd'hui, l'Estonie est un de ces ennemis extérieurs impitoyablement fustigés. Quant aux ennemis intérieurs, on n'a pas mis beaucoup de temps à les trouver: ce sont les "étrangers" (ressortissants des pays d'ex-URSS, ndlr), qui se sont vu interdire à partir du 1er avril de travailler sur les marchés alimentaires et vestimentaires qui restent populaires en Russie" ("Diena", 05.04). "Les questions de transit (les marchandises russes exportées vers l'Europe transitent en partie par les ports des pays baltes, ndlr.) concernent exclusivement, au fond, les relations entre chefs d'entreprise et représentants des structures officielles. Toutefois, Sergueï Ivanov a décidé que le boycottage de l'Estonie devait concerner chacun des citoyens russes" ("Biznes&Baltija", 04.04).

    LITUANIE

    Avec inquiétude, la presse lituanienne suit l'évolution de la crise politique en Ukraine où, à son avis, les positions des partisans du Kremlin ne cessent de se renforcer. "On pouvait déjà remarquer que le potentiel d'intégration pro-occidentale en Ukraine est presque épuisé et que les partisans du Kremlin renforcent leurs positions dans le pays. Les bouleversements politiques à Kiev font état non seulement de la domination actuelle des forces pro-Moscou dans les structures administratives du pays mais aussi de l'ancrage, au sein de la société (ukrainienne), d'une ambiance médiatique prorusse" ("Lietuvos Rytas", 07.04).

    La cession de fait des biens de Ioukos aux groupements proches du Kremlin est masquée, selon les experts locaux, par une participation formelle à des enchères de sociétés italiennes et britannique, qui consolident ainsi leurs liens avec le pouvoir russe. Ces sociétés sont sûres que le vainqueur dans ces appels d'offres (les italiens Eni et Enel) rétrocèdera les actifs de Ioukos à des sociétés russes contrôlées par le Kremlin, en échange de préférences de la part de Moscou. "La participation d'entreprises énergétiques occidentales à des appels d'offres confère l'élégance recherchée au simple partage des biens de Ioukos entre les sociétés Rosneft et Gazprom contrôlées par le Kremlin. Hier, lors d'un appel d'offres, les sociétés énergétiques italiennes ont acquis les biens gaziers de Ioukos en faillite, se joignant ainsi au britannique BP qui aide le gouvernement russe à s'approprier des biens de la compagnie du milliardaire emprisonné Mikhaïl Khodorkovski, dans l'espoir qu'on leur en sera reconnaissant" ("Verslo Zinios", 05.04).

    UKRAINE

    Les médias notent la position réticente de Moscou à l'égard de la crise en Ukraine, mais n'excluent pas que le Kremlin participe plus activement à la normalisation de la situation dans l'avenir. Selon les observateurs, le prix politique et économique d'une telle assistance sera trop élevé pour l'Ukraine. "Moscou a déjà presque offert ses "services" dans le règlement de la crise en Ukraine et il va sûrement les fournir. On mettra donc beaucoup de temps à s'en défaire. L'Ukraine dépend des produits énergétiques russes et la Russie peut "dompter" son voisin en augmentant les prix du gaz. Ne pas y croire, c'est se mentir à soi-même" (Versii, 05.04).

    "La Russie manigance quelque chose. Elle cherche à redevenir "utile" pour le pouvoir ukrainien... L'Ukraine perd de nouveau le droit de régler seule ses problèmes... Si le camp "orange" l'emporte en Ukraine, qu'est-ce qui empêchera Gazprom d'augmenter le prix du gaz d'une centaine de dollars les mille mètres cubes?" (Versii, 04.04).

    Certains observateurs estiment qu'une victoire du camp "orange" aux élections anticipées représente le plus grand danger pour le dialogue entre Moscou et Kiev. "Mme Timochenko (ex-premier ministre) agit dans son intérêt et dans l'intérêt des États-Unis et de l'Europe... Les Américains comptent entraîner l'Ukraine dans l'OTAN avec le concours d'un tel premier ministre... Les Européens sont lassés de dépendre du tuyau russe et de son contenu. Ils espèrent donc créer une nouvelle aiguille pour piquer le derrière de Moscou en Ukraine" (Versii, 04.04).

    MOLDAVIE

    Les analystes politiques sont persuadés que le rapprochement avec la Russie risque de provoquer la perte de la souveraineté moldave. "Si votre pays n'a pas d'autre choix que d'acheter des hydrocarbures russes et s'il ne peut pas payer ses factures qui ne cessent de s'entasser, il n'aura plus qu'à vendre sa souveraineté à Moscou... Si Moldavie adhérait à l'UE, elle pourrait promouvoir son économie et ses institutions politiques et aurait le droit de participer à la prise de décisions en tant que membre de plein droit de l'Union européenne" (Moldova Azi, 06.04).

    ARMENIE

    Si la Russie veut effectivement maintenir son influence en Arménie, elle doit, selon les analystes, régler au plus vite les problèmes qui compliquent la coopération bilatérale. "Les problèmes dans les relations russo-arméniennes sont essentiellement économiques. Aux prochaines élections, la Russie n'aura sans doute pas de difficultés majeures pour conserver son influence en Arménie. Mais si dès aujourd'hui les parties n'élaborent pas de nouvelles approches d'un approfondissement plus net et plus concret de leurs relations de partenariat et ne résolvent pas les questions qui se sont accumulées, les problèmes économiques peuvent bien devenir politiques pour se répercuter très sérieusement sur le rapport des forces en Arménie" (Hayots Ashkhar, 04.04).

    De l'avis des experts, Moscou n'est plus, de toute évidence, intéressé à l'ultérieure existence de la Communauté des Etats indépendants (CEI). "Depuis quelque temps, la Russie ne se soucie manifestement plus d'avoir des rapports constructifs avec les pays membres de la CEI... Tout porte même à croire que désormais ce n'est pas tellement la Russie, mais plutôt d'autres membres de la Communauté qui en ont besoin. Et c'est sans doute la raison pour laquelle ces nouveaux schémas d'intégration qui sont en règle générale proposés par Astana et plus rarement par Minsk laissent Moscou plutôt indifférent (168 jam, 04.04).

    GEORGIE

    Les experts signalent un lien entre les événements en Ukraine et en Géorgie. "Les événements dans un pays aussi grand et intéressant que l'Ukraine ne manqueront pas de se répercuter en Géorgie. Et très prochainement... En Géorgie, cela influera sur le prestige même de la révolution... Le blason des révolutions "colorées" s'est quelque peu terni ces derniers temps tant en Ukraine que chez nous. Le mythe selon lequel les révolutions de ce type sortent le pays de la crise est en train de s'écrouler" (Kviris Khronika, 09 - 15.04). "La pire des variantes serait la séparation de l'Ukraine... Le pays pourrait alors se retrouver de nouveau sous l'influence de la Russie. Orientée vers l'Occident, la partie "orange" de l'Ukraine n'a pas réussi à stabiliser la situation" (Akhali Taoba, 05.04).

    Certains analystes voient la "main de Moscou" qui n'épargne pas ses efforts pour déstabiliser encore plus la situation en Ukraine et accentuer par la suite sa pression sur la Géorgie également. "La Russie a des comptes à régler tant avec la Géorgie qu'avec l'Ukraine... Quoi qu'il en soit, la Russie n'a pas en Géorgie de pilier tel que (le premier ministre Viktor) Ianoukovitch en Ukraine. Par conséquent, la Russie voudra sans doute employer des moyens parfaitement différents pour exercer son influence sur la Géorgie. Si la Russie arrive à écarter la perspective de projets euratlantiques de l'Ukraine, elle s'occupera évidemment avec d'autant plus d'énergie de la Géorgie" (Rezonansi, 06.04).

    AZERBAIDJAN

    La déclaration de la secrétaire d'Etat américaine sur la détermination de Washington à développer ses relations avec les pays voisins de la Russie et ce, indépendamment de la réaction de Moscou, a engendré bien des espérances dans la presse d'opposition. "Quant à la déclaration de Condoleezza Rice..., il est difficile de l'évaluer autrement qu'une mise en garde très concrète à l'endroit du Kremlin... Ainsi, les pronostics selon lesquels l'espace postsoviétique deviendra prochainement un polygone où Moscou et Washington "testeront leurs forces", est de toute évidence en train de se réaliser, et l'Azerbaïdjan ne sera sans doute pas à l'écart, vu l'importance géopolitique du pays" (Ekho, 05.04).

    De plus en plus de migrants économiques azerbaïdjanais reçoivent la citoyenneté russe, ce qui peut, selon les médias d'opposition, constituer une menace directe à l'indépendance politique de l'Azerbaïdjan. "La Russie est extrêmement intéressée à augmenter le nombre de ses citoyens par l'afflux de migrants économiques actifs. Néanmoins, tous ces gens, disons quelque deux millions d'Azerbaïdjanais - citoyens de la Russie - ne peuvent pas, en usant même de leur droit de vote, exercer un impact sérieux sur la politique (en Russie). Dans le même temps, ces deux millions de personnes possédant aussi un passeport azerbaïdjanais auront aussi le droit de voter en Azerbaïdjan. Dans ce cas, ils constitueront un électorat influent qui, sous l'impact de la machine propagandiste russe, pourra exercer une influence considérable sur les processus en cours en Azerbaïdjan" (Ekho, 07.04).

    KAZAKHSTAN

    Les médias affirment que l'avenir des forces armées du Kazakhstan est lié aux armements russes. "Cette année, une nouvelle doctrine militaire est adoptée dans le pays. Elle prévoit la création d'une armée professionnelle capable d'opérer le déploiement de ses effectifs conformément aux normes internationales les plus rigoureuses. Une modernisation des armements et des matériels de guerre sera réalisée, elle aussi. A cet effet, Astana envisage d'intensifier sa coopération avec la Russie" ("Nomade", 09.04).

    Les observateurs constatent le renforcement des positions du Kazakhstan en qualité de leader régional. Selon les médias, bien que Moscou demeure son partenaire privilégié, Astana - exportateur d'hydrocarbures - peut bâtir ses relations avec la Russie et les autres partenaires étrangers à des conditions plus avantageuses.

    "Astana pouvait se sentir parfaitement à l'aise dans le rôle de vendeur dont la marchandise était très demandée. Cela signifie qu'elle aurait pu marchander. D'autant plus que Mikhaïl Fradkov avait quelque chose à lui offrir pendant sa récente visite au Kazakhstan. Dans un proche avenir, lorsque la construction de l'oléoduc Bourgas-Alexandroupolis aura été achevée, la partie russe utilisera ce nouvel itinéraire pour acheminer des quantités supplémentaires de pétrole kazakhstanais vers les pays d'Europe" ("Turkistan", 05.04).

    KIRGHIZSTAN

    Les médias d'opposition soulignent la croissance, dans les pays de la CEI, tout d'abord en Russie, du nombre de partisans du régime parlementaire. "Même parmi les responsables politiques des ces pays, qui ont opté au début pour le pouvoir présidentiel fort, le nombre de supporters du régime présidentiel ne cesse de diminuer. Malgré la présidence réussie de Vladimir Poutine, des discussions animées sur la nécessité de passer au régime parlementaire se déroulent actuellement en Russie. Ce thème fait également l'objet des débats menés en Ouzbékistan et au Kazakhstan, sans parler du Kirghizstan" ("Aghym", 03.04).

    OUZBEKISTAN

    Le presse accorde, comme toujours, une grande attention aux problèmes du rapatriement des habitants russophones de l'Asie centrale. "Pour le moment, les Russes ethniques qui souhaitent s'installer dans leur patrie historique ne sont pas nombreux� Et cela n'a rien d'étonnant, car "Le Programme national d'aide au rapatriement bénévole en Russie des compatriotes vivant à l'étranger" ne prévoit pas l'octroi des fonds nécessaires au voyage des rapatriés et au transport de leurs bagages jusqu'au lieu de résidence qu'ils auront choisi, mais tout juste une compensation pour les dépenses assumées sur le lieu d'arrivée. Inutile de dire que ceux dont les parents et les proches ont connu la triste expérience du rapatriement en Russie ne s'empressent pas d'imiter leur exemple ("Ferghana.Ru", 05.04).

    "Des retraités ou, plus précisément, des personnes âgées seules et abandonnées constituent plus de la moitié des Russes ethniques vivant en Ouzbékistan� Le problème, c'est que ces gens qui ont assuré en leur temps l'indépendance cotonnière de l'immense pays appelé l'URSS, déraciné des forêts entières et construit des géants énergétiques ne sont pas attendus dans leur pays d'origine: la Russie n'en a pas besoin. Leur rapatriement ne fait pas l'objet du programme précité, à moins qu'ils ne soient les parents d'un jeune qui travaille" ("Vesti.uz", 07.04).

    TADJIKISTAN

    La presse d'opposition estime que l'opération armée des Etats-Unis contre l'Iran profiterait à la Russie. "Les faits attestent que la lutte de l'Amérique contre l'Iran servirait les intérêts de la Russie� Selon les experts, la guerre en Iran entraînerait une augmentation du prix du pétrole qui pourrait atteindre 80 à 100 dollars le baril� A la suite de la guerre, l'Iran verra décliner son autorité au Proche-Orient, dans la Caspienne et en Asie centrale. Quant à l'Amérique, elle sera obligée de quitter l'Irak et perdra son autorité en Afghanistan et au Proche-Orient. Dans ce cas, les positions de la Russie se renforceront à la fois au Proche-Orient, dans la Caspienne, en Asie centrale et en Afghanistan et finiront par en faire un acteur digne de respect. La Russie reviendra en Afghanistan. Les raids aériens des Etats-Unis compromettront la politique de Washington. Après cela, l'adhésion envisagée de la Géorgie et de l'Ukraine à l'OTAN sera remise en cause. Ces deux pays se tourneront à nouveau vers la Russie" ("Nigokh", 04.04).

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