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    NOGA et le British Council: le nouveau visage du rideau de fer

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    Par Grigori Melamedov, pour RIA Novosti

    Par Grigori Melamedov, pour RIA Novosti

    Aussitôt après les fêtes de Noël, les rapports entre la Russie et l'Occident se sont détériorés au rythme de nouveaux scandales. Les actifs de certaines organisations russes, notamment les comptes de RIA Novosti, ont été saisis en France à la demande de la société suisse Noga. La Russie prend des mesures à l'encontre des bureaux du British Council. Dans les deux cas, la partie qui accuse affirme naturellement que la politique n'y est pour rien, ce que les "victimes" contestent.

    Certes, tout le monde comprend qu'il s'agit bien de politique. On peut disserter à loisir pour savoir quelle action de telle ou telle partie a provoqué telle ou telle réaction de l'autre, et sur ce que s'apprête à présent à faire Moscou pour se venger de Paris, et Londres de Moscou. Il est vrai, certains faits positifs sont toutefois à noter: le 15 janvier, malgré la guerre froide qui se poursuit à cause du démantèlement du Soldat de bronze, un accord de coopération culturelle a été signé entre les capitales de la Russie et de l'Estonie. Cet événement fait exception dans le contexte général: la tendance au refroidissement des relations est nettement dominante.

    A la différence des crises antérieures dans les rapports avec l'Occident (s'agissant de la période postsoviétique), la situation actuelle a un trait particulier: la confrontation atteint peu à peu un niveau touchant les intérêts des simples citoyens. En effet, qui intéresse la lutte entre les services secrets autour du sort de Litvinenko, Lougovoï, Berezovski ou Zakaïev, principaux "héros" du conflit diplomatique russo-britannique qui s'est déjà bien trop prolongé? Qui a suivi les péripéties des négociations entre Vladimir Poutine et Nicolas Sarkozy sur le programme nucléaire iranien? Par principe, la majorité des Russes ne s'intéressent plus à la politique depuis bien longtemps, préférant gagner de l'argent, s'adonner aux joies familiales, apprendre l'anglais à leurs enfants et se reposer à l'étranger.

    Si les bureaux du British Council ferment leurs portes, il sera un peu plus difficile d'apprendre l'anglais. Les endroits où l'on peut apprendre le français sont bien moins nombreux que ceux où l'on apprend l'anglais et si, en réponse aux actions de la France, une nouvelle décision "n'ayant rien à voir avec la politique" venait à être prise, alors... D'ailleurs, Vladimir Chichmarev, vice-gouverneur du territoire de Krasnoïarsk, a déjà déclaré qu'il n'était pas seulement question des démêlés des Britanniques avec le fisc russe. Selon lui, le British Council ne se borne pas à propager une langue et une culture, il repère les jeunes les plus talentueux afin de les envoyer en stage en Grande-Bretagne. Autrement dit, il organise la fuite des cerveaux. Bref, il est très facile de faire basculer une affaire dans le champ politique.

    Il faut bien reconnaître, il est vrai, que les pays européens emploient également une méthode sélective dans leurs rapports avec la Russie. Si l'on examine la liste des personnes morales dont les comptes ou les biens ont été saisis à différents moments dans le cadre de la même "affaire Noga", on voit qu'il n'est nullement question d'aucun principe. Cette liste comporte le voilier Sedov, des avions russes envoyés au Salon du Bourget et une collection de toiles du Musée des Beaux-Arts Pouchkine. (A ce propos, la Russie redoutait d'envoyer des tableaux à Londres à l'exposition "De la Russie: chefs d'oeuvre de la peinture française et russe des années 1870-1925", car elle s'attendait à une nouvelle action de ce genre). Personne ne connaît les critères du choix des victimes de cette nouvelle saisie d'actifs. Selon l'une des différentes versions, cette action a pour but d'empêcher la Russie d'investir dans des titres étrangers une partie du Fonds de réserve, constitué sur la base du Fonds de stabilisation. Certains experts l'attribuent à l'affaire Ioukos. Quoi qu'il en soit, il est évident que la justice parisienne s'est avérée cette fois assez proche, sur le plan des principes, du tribunal Basmanny de Moscou.

    Bien entendu, il y a une différence entre des mesures à prendre contre les organisations d'un autre pays et les restrictions concernant ses propres citoyens. Le schéma était à peu près le même pendant la guerre froide. Les pays occidentaux s'évertuaient à faire en sorte que les mauvais rapports avec la Russie ne lèsent pas les intérêts de leurs citoyens. Quant aux autorités russes, elles tâchaient, au contraire, de "ne pas laisser partir" les leurs.

    La situation actuelle diffère de celle de l'époque soviétique avant tout par l'absence du facteur idéologique. Par conséquent, cette nouvelle guerre froide n'a, soi-disant, pas de causes politiques mais juridiques: par exemple, la fermeture des bureaux du British Council pour impayés, ou la saisie de comptes à la demande de la société Noga.

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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