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    Toungouska: voyage au coeur de l'énigme

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    Par Iouri Zaïtsev, expert de l'Institut d'études spatiales, pour RIA Novosti

    Par Iouri Zaïtsev, expert de l'Institut d'études spatiales, pour RIA Novosti

    Une conférence scientifique consacrée au 100e anniversaire de la chute de la météorite de la Toungouska se tient du 26 au 28 juin à Krasnoïarsk.

    Les deux plus grandes catastrophes d'origine spatiale du siècle dernier se produisirent sur le territoire de la Russie. Une météorite tomba en février 1947 dans les contreforts de Sikhote-Aline (Extrême-Orient russe) sous la forme d'une "pluie de fer", et creusa plus de 30 cratères de 7 à 28 m de diamètre et d'une profondeur allant jusqu'à 6 mètres. Environ 27 tonnes de matière météoritique furent recueillies sur un territoire de quelque 10 kilomètres carrés. Un pour cent seulement de l'énergie initiale de la météorite se dégagea lors de sa chute sur la Terre, le reste s'étant dégagé dans l'atmosphère.

    La nature du phénomène de la Toungouska, qui se produisit 39 ans plus tôt, fait jusqu'à présent l'objet de débats. Quoi qu'étant l'un des phénomènes les mieux étudiés, il n'en reste pas moins l'un des plus mystérieux du siècle dernier. A la différence de la météorite de Sikhote-Aline, le corps céleste tombé dans la région de la Toungouska explosa en l'air, et aucun fragment ne fut retrouvé au sol, ne restèrent que les dégâts provoqués par l'explosion.

    Le 30 juin 1908, à l'aube, un objet lumineux doté d'une longue queue enflammée apparut dans le ciel de la Sibérie centrale. Ensuite, une explosion retentit, plus précisément, toute une série d'explosions, dont la puissance totale fut des centaines, peut-être des milliers de fois plus forte que celle de la bombe atomique larguée sur Hiroshima.

    L'onde de choc fit deux fois le tour du globe terrestre et fut enregistrée par pratiquement tous les observatoires géophysiques de l'époque. A Irkoutsk, l'aiguille du sismographe dépassa le cadran. Les secousses du sol atteignirent Tachkent, Tbilissi, et même l'Allemagne (Iéna). Les baromètres des stations météorologiques de Cambridge et de Petersfield enregistrèrent un saut de tension atmosphérique. Une tempête magnétique commença quelques minutes après les explosions. Elle dura plus de 4 heures et, comme cela a été établi aujourd'hui, elle avait de nombreuses similitudes avec les perturbations géomagnétiques observées à la suite des explosions nucléaires en altitude. Sur toute l'étendue de la Sibérie et jusqu'aux frontières occidentales de l'Europe, on observa pendant quelques jours d'étranges nuits blanches et des nuages argentés caractéristiques.

    Depuis 1921, de nombreuses expéditions scientifiques russes et internationales se sont penchées sur le lieu de l'événement, dans la région de la rivière Podkamennaïa Toungouska. Aujourd'hui, il est établi plus ou moins exactement que le "corps" se déplaçait avant son explosion d'Est en Ouest à une vitesse de quelques dizaines de km/sec. Sa masse était de cent mille à un million de tonnes.

    S'il s'était agi d'une météorite, elle aurait dû laisser un cratère d'une profondeur de 500 m au point d'impact. Aucune expédition ne réussit à le trouver. Même si la météorite s'était fracturée en plusieurs morceaux, ils auraient laissé des trous, mais rien de tout cela ne fut découvert.

    Des dizaines d'hypothèses et de variantes de cet événement ont été énoncées jusqu'à ce jour. Quand l'humanité se familiarisa avec l'énergie nucléaire, à la liste des hypothèses sur la nature du phénomène de la Toungouska s'ajouta la possibilité d'une explosion nucléaire. Il en découle qu'un vaisseau d'une civilisation extraterrestre aurait pu subir une panne au-dessus de la Sibérie centrale.

    Les expéditions effectuées après la guerre dans la région de la catastrophe permirent de découvrir une grande quantité de petites sphères d'une matière agglomérée. De semblables sphères furent retrouvées à la suite des explosions nucléaires d'Hiroshima et de Nagasaki. Les descendants des animaux exposés à la catastrophe de la Toungouska présentent des signes de dégénérescence dus à de nombreuses mutations qui auraient pu être provoquées par des radiations d'origine nucléaire.

    En 1960, une expédition spéciale dans la région de la Podkamennaïa Toungouska fut organisée à l'initiative de l'académicien Sergueï Korolev, dans l'espoir de retrouver des fragments d'un vaisseau extraterrestre qui aurait pu exploser. Le futur cosmonaute Gueorgui Gretchko se trouvait parmi les membres de l'expédition. Selon les estimations, des milliers de tonnes de matière comportant une charge énergétique incroyable devaient se trouver sur le lieu de l'explosion. On ne découvrit que des traces infimes, et aucun fragment d'origine extraterrestre ne fut mis au jour.

    Cependant, une immense météorite de fer ou de roche n'aurait jamais pu se pulvériser entièrement. Etait-ce alors une masse "meuble"? De nombreux scientifiques estiment que, dans ce cas précis, une comète entra en collision avec la Terre. Cela expliquerait pourquoi l'orbite du corps était si étrange, non météoritique. L'hypothèse d'une comète fut pour la première fois émise par Leonid Koulik, et développée ensuite par l'académicien Vassili Fessenkov.

    D'importantes études théoriques de la catastrophe de la Toungouska furent effectuées dans les années 1970 par l'académicien Gueorgui Petrov, premier directeur de l'Institut d'études spatiales de l'Académie des sciences. Ses estimations prouvent que la densité du corps inconnu était d'environ un centième de gramme par centimètre cube, c'est-à-dire 5 à 10 fois moindre que celle d'une couche de neige fraîchement tombée. A une altitude de 50 à 60 km, il devait se présenter comme un nuage gazeux d'un diamètre d'environ 300 m. Plus ce nuage condensé descendait, plus il était freiné. De plus, il était devancé à grande distance par une onde de choc.

    De l'avis de Gueorgui Petrov, le corps ne pouvait pas être initialement un nuage gazeux, car, dans ce cas, son existence dans l'espace interplanétaire n'aurait pas dépassé une minute. Si c'était une formation constituée de gaz et de poussière, ou un conglomérat de particules solides, il n'aurait pu provoquer une onde de choc en entrant dans l'atmosphère, car chacune de ses particules se serait déplacée de manière indépendante. De plus, la durée de vie d'un tel agglomérat, même d'un volume important, est très courte.

    Il ne reste donc qu'une possibilité: le corps qui entra dans l'atmosphère était meuble et, en même temps, aggloméré à l'instar d'une boule de neige. Il pouvait contenir des cristaux de glace et des poussières de fer et de matières siliceuses. Comme l'ont prouvé les études effectuées par les sondes Vega, le noyau de la comète de Halley est de même nature.

    L'hypothèse de la comète permet d'expliquer de nombreux effets du phénomène de la Toungouska, entre autres, le brusque obscurcissement de l'atmosphère terrestre à la suite de la pulvérisation du noyau de la comète, ainsi que la luminescence du ciel nocturne à la suite de la pénétration de poussières de la queue de la comète dans les couches supérieures de l'atmosphère, enfin, l'absence de cratères et de fragments d'une "météorite" dans la région de la catastrophe.

    Cette hypothèse trouve de plus en plus de partisans parmi les scientifiques. Mais il reste encore beaucoup de faits mystérieux. La raison de la puissante anomalie magnétique qui a sévi dans la région de la catastrophe n'est toujours pas élucidée. Les anomalies biologiques non plus ne sont pas encore entièrement expliquées: par exemple, la fréquence de mutations élevée des pins et la croissance accélérée des arbres dans les secteurs touchés par l'explosion.

    La catastrophe sibérienne de 1908 est un événement unique en son genre qui fournit des données très précieuses pour étudier les conséquences de futurs chocs de corps stellaires avec la Terre et pour réussir, un jour peut-être, à prévenir ces phénomènes qui sont, hélas, inévitables.

    Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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