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    Revue de la presse russe du 18 août

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    MOSCOU, RIA Novosti

    Kommersant

    Nord Stream: un ex-premier ministre finlandais dans les pas de Schröder

    A l'instar de l'ex-chancelier allemand Gerhard Schröder, l'ancien premier ministre finlandais Paavo Lipponen s'est vu offrir un poste à responsabilités au sein de Nord Stream AG, opérateur du gazoduc nord-européen qui doit passer par le fond de la Baltique, lit-on lundi dans le quotidien Kommersant.

    Il aura pour mission d'obtenir l'autorisation de faire passer le pipeline dans la zone économique de la Finlande et dans celles des autres pays scandinaves. En embauchant ce consultant prestigieux, Gazprom espère parvenir à achever la construction de l'ouvrage dans les délais annoncés: avant 2011.

    Paavo Lipponen n'a évoqué qu'à contrecoeur les conditions de son contrat. Il a été invité à intégrer l'entreprise par Gerhard Schröder (qui s'était vu proposer en 2006 par Vladimir Poutine le poste de président du conseil de surveillance) et le directeur général de Nord Stream AG Matthias Warnig. La rémunération, selon l'ex-premier ministre, sera "mesurée". "Je recevrai un salaire normal pour un niveau international. Certaines rémunération sont plus élevées", a-t-il expliqué.

    De l'avis de nombreux experts, l'embauche de M. Lipponen s'explique par le fait que le projet patine constamment sur des questions d'autorisations écologiques, c'est pourquoi l'entreprise a besoin d'un soutien politique supplémentaire. "L'embauche d'un poids lourd politique est appelée à accélérer la réalisation du projet, suppose Valeri Nesterov, de Troïka Dialog. L'entreprise est actuellement empêtrée dans des labyrinthes juridiques. Tout ce dont on a besoin aujourd'hui, c'est de parvenir à respecter les délais de lancement du gazoduc."

    Effectivement, pour ce qui est des délais, la situation n'est pas simple. La compagnie Nord Stream avait promis de lancer la première conduite du gazoduc, d'un rendement de 27,5 milliards de m3, au troisième trimestre 2010, avant que les délais ne soient repoussés d'un an, puis jusqu'à 2012.

    Dans les semaines à venir, Nord Stream a l'intention d'achever les études écologiques supplémentaires, consécutives aux récentes demandes de la Suède, du Danemark et de la Finlande. Et c'est dans ce dernier pays que l'entreprise rencontre le plus de problèmes: aucun pipeline sous-marin n'a encore été installé dans la zone économique exclusive finlandaise, c'est pourquoi il n'existe aucun mécanisme abouti d'examen de ce genre de questions avec les autorités. Comme le fait remarquer Mikhaïl Kortchemkine, directeur d'East European Gas Analysis, même si Paavo Lipponen réussit à accélérer le règlement du problème en Finlande, de sérieux obstacles attendent Nord Stream dans ses négociations avec les gouvernements suédois et danois, et il est possible que même l'ex-premier ministre finlandais ne parvienne pas à les résoudre.

    Vedomosti

    Russie et Occident irrationnels dans leur attitude face à Saakachvili

    La Russie qui souhaite la démission du président géorgien et l'Occident qui le défend agissent à l'encontre de leurs véritables intérêts, lit-on lundi dans le quotidien Vedomosti.

    Le paradoxe réside en ce que Moscou devrait en toute logique désirer que Mikhaïl Saakachvili reste à son poste le plus longtemps possible, et que l'Occident devrait lui chercher d'urgence un remplaçant.

    Il n'est pas difficile d'expliquer pourquoi il est devenu gênant pour l'Europe et les Etats-Unis. D'ailleurs, les médias européens ont déjà commencé à le faire: ainsi, la BBC a montré Mikhaïl Saakachvili dans son bureau en train de parler au téléphone tout en portant machinalement sa cravate à sa bouche (oubliant qu'il était devant les caméras). Les commentateurs y ont vu tout de suite des signes d'un trouble du comportement.

    Le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a reconnu que de grosses erreurs avaient été commises par les Géorgiens. Les hommes politiques européens et américains commencent à se poser des questions du genre: Mikhaïl Saakachvili est-il capable de raisonner sainement? Convient-il pour le poste qu'il occupe? A-t-il de l'intuition politique? Et enfin, peut-on lui faire confiance?

    Il est peu probable que les réponses à ces questions soient rassurantes pour le président géorgien. Si l'Occident insiste sur son maintien au pouvoir, il le fait plutôt pour contrarier Moscou, ainsi que par simple refus de reconnaître d'emblée ses erreurs.

    Mais le crédit de confiance occidental de Mikhaïl Saakachvili est plus petit que jamais. En politique, on préfère en général ne plus miser sur ceux qui ont perdu une fois. Pourquoi a-t-il perdu et pourquoi, au lieu d'un retour de l'Ossétie, a-t-il écopé de la destruction de son armée et de la ruine de l'économie de la Géorgie: cette question n'a pas d'importance. L'essentiel, c'est que les résultats sont contraires aux objectifs poursuivis. Cela est très avantageux pour Moscou qui a à présent l'initiative. Mais Moscou a-t-il besoin qu'un nouveau leader charismatique et sûr de lui, comme l'était Mikhaïl Saakachvili il y a cinq ans, arrive rapidement au pouvoir en Géorgie?

    Seulement s'il était question du choix idéal d'un électorat géorgien idéal. Mais, malgré son comportement qui semble tout à fait inadéquat, Mikhaïl Saakachvili traduit néanmoins l'une des aspirations de la population: le retour des territoires jadis perdus, et, pour l'instant, on ne constate aucun changement sur ce plan, pas plus que de possibilités pour la Russie d'installer en Géorgie un régime favorable à Moscou. Par exemple, une victoire électorale d'Irakli Okrouachvili, qui avait proposé dès 2006 d'attaquer Tskhinvali, ne réjouirait certainement pas Moscou.

    Nezavissimaïa gazeta

    L'OTAN va se pencher sur le conflit en Géorgie

    Une rencontre des ministres des Affaires étrangères des pays membres de l'OTAN est prévue pour demain à l'initiative des Etats-Unis, lit-on lundi dans le quotidien Nezavissimaïa gazeta.

    L'avenir du dialogue Russie-OTAN à la lumière des récents événements dans le Caucase est à l'ordre du jour de la rencontre, ce qui veut dire que de nombreux acquis de la coopération entre la Russie et l'Alliance de l'Atlantique Nord seront remis en cause, mais les experts estiment que la coopération Russie-OTAN ne sera pas entièrement arrêtée.

    Selon Kurt Volker, ambassadeur américain à l'OTAN, pour l'instant, aucune réaction concrète aux actions de Moscou n'a été décidée. Mais les ministres débattront du bien-fondé des rencontres régulières des ministres des Affaires étrangères et de la Défense, ainsi que des ambassadeurs des pays membres de l'Alliance avec leurs collègues russes. Ces réunions se tiennent dans le cadre du Conseil Russie-OTAN, principale structure destinée au développement des rapports entre la Russie et l'Alliance. Des réunions du Conseil Russie-OTAN au niveau des ambassadeurs et des représentants militaires sous la présidence du secrétaire général de l'OTAN se tiennent au moins une fois par mois.

    "La situation sérieuse qui a obligé la Russie à lancer rapidement une opération militaire en Ossétie du Sud sans en informer préalablement Bruxelles après l'attaque géorgienne contre Tskhinvali ne s'inscrit pas dans le format du Conseil Russie-OTAN, bien que Moscou ait proposé de convoquer d'urgence le conseil aussitôt après le début de la phase active des opérations militaires", a déclaré Alexandre Nikitine, professeur au MGUIMO (Institut des relations internationales de Moscou), et président de l'Association russe de la science politique.

    Le Conseil Russie-OTAN est un mécanisme polyvalent qui régit la coopération entre la Russie et l'Occident dans des dizaines de domaines, et la cessation totale de cette coopération à cause d'un conflit régional particulier serait une réaction excessive, estime l'expert.

    "Par exemple, la coopération entre la Russie et l'OTAN en matière de planification de la politique nucléaire et de la politique de non-prolifération n'a rien à voir avec les événements en Géorgie et, de toute évidence, cette coopération se poursuivra, a fait remarquer M. Nikitine. Tout comme les négociations sur le désarmement nucléaire s'étaient poursuivies entre l'URSS et l'Occident dans les plus dures années de la guerre froide, où des accords importants furent même signés".

    Alexandre Nikitine suppose que la coopération dans le domaine de la lutte contre le terrorisme ne peut pas non plus être interrompue. Aucune rupture des rapports n'aura lieu, estime-t-il. En effet, malgré les commentaires sévères sur le conflit, l'Alliance s'est comportée, dans l'ensemble, de façon très réservée et n'a pas entrepris d'actions hostiles durant les cinq jours qu'a duré l'opération des troupes russes. L'OTAN a maintenu une position d'attente et "la réaction relativement excessive sur les plans psychologique et idéologique qui a suivi l'achèvement de la phase active de l'opération russe est plutôt une action compensatoire qui n'est pas en mesure de changer le fait accompli", a résumé M. Nikitine.

    RBC Daily

    ABM: la guerre en Ossétie du Sud a précipité l'accord entre Varsovie et Washington

    Les Etats-Unis continuent à accumuler des forces à proximité des frontières de la Russie, Varsovie a en effet annoncé la signature de l'accord américano-polonais sur le déploiement en Pologne d'ouvrages du système américain de défense antimissile (ABM), lit-on lundi dans le quotidien RBC Daily.

    Les experts estiment qu'en s'abstenant de soutenir militairement la Géorgie dans le conflit armé contre la Russie, les Etats-Unis se sont empressés de prendre leur revanche sur un autre "front".

    Conformément aux ententes intervenues, la base de missiles intercepteurs américains sera aménagée dans la localité de Redzikowo, près de Slupsk (Poméranie orientale). La construction doit commencer dès cette année et s'achèvera en 2014-16. En plus de la base d'intercepteurs, Varsovie recevra encore 96 missiles Patriot (il s'agit probablement de Patriot-2 modifiés). Les missiles américains commenceront à arriver en Pologne à la fin de cette année. En même temps, le Pentagone y enverra ses spécialistes militaires.

    Les autorités russes ont réagi très négativement à la nouvelle parvenue de Varsovie. L'état-major général des forces armées russes a carrément déclaré que la Pologne devenait ainsi une cible prioritaire pour l'armée russe. Le président russe Dmitri Medvedev a partagé les conclusions des militaires et conseillé à l'Occident de ne pas raconter d'histoires à propos de la "dissuasion contre les Etats voyous". "Le déploiement de nouvelles forces de la défense antimissile en Europe a pour cible la Fédération de Russie, et le moment propice a été trouvé", a indiqué le président.

    "L'idée principale du déploiement d'éléments de la défense antimissile en Pologne et d'un radar en République tchèque est d'encercler la Russie et de renforcer la pression militaire et politique sur elle, estime Radjab Safarov, directeur du Centre d'étude de l'Iran contemporain. L'argument avancé par les Etats-Unis, selon lequel ils protègent l'Europe à la demande de leurs partenaires contre les missiles iraniens et nord-coréens, est tout simplement absurde".

    "La signature de l'accord sur la défense antimissile est un des éléments du système coordonné de mesures prévues par les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux dans le cadre de la création d'un "front commun" afin de "punir" la Russie pour son opération visant à contraindre la Géorgie à la paix", estime Vaguif Gousseïnov, directeur de l'Institut d'évaluations et d'analyse stratégiques.

    Washington et Varsovie ont dû accepter des compromis mutuels. Les autorités polonaises ont été contraintes de fermer les yeux sur l'opinion négative d'une bonne partie de leur population quant à la présence de la défense antimissile américaine, et la Maison Blanche a dû promettre la modernisation des forces armées polonaises, en premier lieu de la DCA. Mais, dans l'ensemble, c'est Varsovie qui y gagne le plus. "La Pologne voulait obtenir des Etats-Unis, en plus de la défense antimissile, le renforcement de sa défense anti-aérienne, et elle l'a obtenu", affirme Alexeï Makarkine, vice-président du Centre des technologies politiques.

    Vedomosti, Gazeta

    L'armée russe pas pressée de se retirer de Géorgie

    L'Occident exige que Moscou évacue immédiatement ses forces militaires de la Géorgie, mais les termes de cette évacuation restent encore vagues, lit-on lundi dans les quotidiens Vedomosti et Gazeta.

    Les troupes russes se retireront du territoire géorgien vers la zone de sécurité définie par la Commission mixte de contrôle en 1999, et notamment vers l'Ossétie du Sud, a annoncé le président Medvedev à son homologue français Nicolas Sarkozy lors d'une conversation téléphonique. Ce retrait devrait commencer lundi.

    La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice estime que le plan de règlement du conflit ne donne aux militaires russes aucun droit de s'enfoncer dans le territoire géorgien et que des soldats de la paix internationaux doivent être déployés le plus vite possible dans les républiques autoproclamées, ce qui rendra inutile la présence de l'armée russe.

    Selon une source à l'administration du président, la partie russe est prête à évacuer rapidement ses forces du territoire géorgien, quant à savoir à quelle distance, rien n'a pour l'instant été décidé. La cadence de l'évacuation dépendra de la réalisation des mesures supplémentaires de sécurité sur le terrain, a annoncé à la presse le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

    Après le début du conflit en Ossétie du Sud, la Russie a envoyé environ 10.000 soldats et plusieurs centaines de véhicules militaires dans la région. Selon le ministère géorgien de l'Intérieur, les forces armées russes contrôlent les villes géorgiennes de Gori, Senaki et Zougdidi, et occupent également la centrale hydroélectrique d'Ingouri, située à la frontière administrative entre la Géorgie et l'Abkhazie. Des objectifs stratégiques aussi importants qu'une centrale hydroélectrique pourraient être la cible de provocations ou même d'attentats, a déclaré dimanche devant les journalistes le chef adjoint de l'Etat major général des Forces armées russes Anatoli Nogovitsyne.

    Selon le plan français, signé par toutes les parties intéressées, l'armée géorgienne doit regagner ses lieux de cantonnement habituels, et les troupes russes doivent revenir à leurs positions d'avant le conflit.

    Ce point, ainsi que le renvoi à l'accord de 1999, signifient que les soldats de la paix russes contrôleront le même territoire à la frontière entre la Géorgie et l'Ossétie du Sud qu'avant le conflit. "Ni plus, ni moins", explique Viktor Ozerov, président du comité pour la Défense et la sécurité du Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement russe).

    Le président du Centre des technologies politiques Igor Bounine estime que les forces armées russes quitteront le territoire géorgien très lentement: "Pour les militaires, l'opération a un goût d'inachevé. Pour eux, il est difficile psychologiquement de quitter le pays, et ils cherchent n'importe quel prétexte pour y rester plus longtemps".

    Ces articles sont tirés de la presse et n'ont rien à voir avec la rédaction de RIA Novosti.

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