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    Une nouvelle promesse de prendre Avtovaz en remorque

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    Les efforts déployés par le gouvernement russe en vue de sauver Avtovaz font de plus en plus penser à un téléfilm-fleuve: de nouveaux personnages apparaissent et disparaissent, on voit de nouveaux tournants, mais le dénouement depuis longtemps attendu n’arrive toujours pas.

    Les efforts déployés par le gouvernement russe en vue de sauver Avtovaz font de plus en plus penser à un téléfilm-fleuve: de nouveaux personnages apparaissent et disparaissent, on voit de nouveaux tournants, mais le dénouement depuis longtemps attendu n’arrive toujours pas.

     A la fin de la semaine dernière, le premier ministre russe Vladimir Poutine s’est rendu en France en vue de persuader personnellement les actionnaires français d’Avtovaz de soutenir cette entreprise. Les négociations ont abouti au mémorandum tripartite signé le 27 novembre par les grands actionnaires: la corporation publique Rostekhnologuii, Renault et Troïka Dialog. Les parties ont déclaré qu’elles avaient l’intention d’apporter un soutien financier et technologique au géant automobile russe, mais la présentation du business plan anti-crise a de nouveau été reportée.

    Selon l’accord tripartite, le gouvernement russe et le consortium français participeront au sauvetage du fleuron de l’industrie automobile russe. Le gouvernement affectera 50 milliards de roubles (1140 millions d’euros) à l’usine de Togliatti. Comme l’a fait remarquer Vladimir Poutine, cette somme pourrait atteindre 75 milliards de roubles, soit 1710 millions d’euros (si le gouvernement décide de capitaliser le crédit de 25 milliards de roubles, soit 570 millions d’euros) et les Français investiront 300 millions d’euros dans Avtovaz. Sur cette somme, Renault versera 240 millions d’euros et 60 millions d’euros parviendront de la société japonaise Nissan (copropriétaire de la société française).

    Sur les 300 millions d’euros promis, seulement 60 millions d’euros seront versés en espèces par Nissan. Quant à Renault, comme l’ont maintes fois déclaré ses représentants, le consortium apportera sa contribution en technologies. Avtovaz recevra une plate-forme (modèle Logan), les Français installeront une ligne de fabrication, effectueront les travaux de démarrage et de réglage, formeront le personnel russe et transmettront à l’entreprise russe la licence pour le moteur et la transmission. Les responsables d’Avtovaz espèrent que les nouveaux modèles (deux Lada, deux Renault et une Nissan) apparaîtront avant début de 2012. En plus du transfert de technologies, la partie russe compte sur la participation de spécialistes de Renault pour la restructuration de la compagnie russe, d'autant plus que, comme l'a souligné Vladimir Poutine, "Renault possède cette expérience de restructuration".

    Selon le premier vice-premier ministre Igor Setchine, Avtovaz recevra la première tranche de l'assistance d'Etat de 12 milliards de roubles (273 millions d'euros) au cours des trois prochains mois. Le haut fonctionnaire espère que, pendant ce temps, les Français effectueront le premier versement.

    Mais il se peut que les événements ne se développent pas aussi rapidement, car, deux problèmes importants restent en suspens. Premièrement, le schéma d'octroi de fonds publics à Avtovaz reste incertain. Deuxièmement, le business plan anti-crise du géant automobile russe n'est toujours pas présenté.

    En ce qui concerne le schéma d'octroi de l'aide, selon les fonctionnaires russes, une partie de l'argent sera probablement accordée au cours d'une émission supplémentaire. Cela étant, a souligné le premier ministre russe, la part de Renault ne diminuera pas, et au contraire, elle peut s'accroître. La part de Rostekhnologuii ne diminuera pas non plus, mais celle du troisième grand fonctionnaire – Troïka Dialog – sera probablement diluée.

    Le schéma précis d'octroi de l'aide financière à Avtovaz doit être élaboré avant le 1er mars 2010. En attendant, il est prévu de concerter définitivement le business plan détaillé de restructuration de l'usine de Togliatti.

    Rappelons que la présentation du business plan anti-crise comprenant la restructuration et l'optimisation de la production était la condition obligatoire pour obtenir l'aide des actionnaires français. Ce plan reste l'intrigue principale du sauvetage d'Avtovaz. D'abord, il devait être présenté le 1er septembre 2009, ensuite, cela a été reporté au 10 novembre. Le plan présenté n'a pas plu aux fonctionnaires et il a été renvoyé pour révision. La variante revue devait être examinée lors d'une réunion de la commission gouvernementale le 20 novembre. Cependant, la réunion a été annulée.

    Par conséquent, l'avenir du leader de l'industrie automobile russe reste vague. On ne peut que saluer l'intention des Français de transmettre leurs technologies: sans technologies modernes, le producteur russe ne sortira pas de la crise. Mais cela dépend beaucoup des conditions du transfert de technologies, or, elles sont pour l'instant inconnues. Il n'y a qu'un mémorandum, c'est-à-dire une déclaration d'intentions. Mais ces déclarations ont déjà été faites auparavant et, d'ailleurs, comme l'a montré la récente histoire de la vente d'Opel allemand, les intentions des partenaires peuvent changer au dernier moment. Qui plus est, le fait que la présentation du plan anti-crise soit sans cesse reportée peut témoigner que les actionnaires n'ont pas jusqu'à présent un point de vue identique sur l'avenir de l'usine.

    La perspective d'obtenir l'argent de l'Etat paraît certainement bien plus réaliste. Mais on peut se souvenir que, dans l'histoire de la Russie contemporaine, l'usine de Togliatti a maintes fois bénéficié de l'assistance de l'Etat sous des formes différentes: de toutes sortes de facilités fiscales dans les années 90 du siècle dernier aux subventions directes pendant la crise. Mais, jusqu'à présent, cette aide a été plutôt un moyen non pas de régler, mais de préserver les problèmes. Ce n'est pas par hasard si, durant la crise, de nombreux experts ont répété que le succès d'Avtovaz dépendrait moins de l'argent reçu que de la façon dont serait effectuée la restructuration de l'entreprise. Il reste à attendre le mois de mars et à espérer que le milliard de dollars dépensés par les Français pour l'acquisition de la minorité de blocage d'Avtovaz sera la garantie de leur participation active au sort de l'entreprise.

    Ce texte n'engage que la responsabilité de l'auteur.

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