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    Le réchauffement de la planète et les intérêts de la Russie en Arctique

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    Après les inondations au Pakistan et en Chine et la sècheresse 2010 en Russie, les questions de changement climatique sont en première page. Le réchauffement de la planète vu par le professeur Arkady Tichkov, directeur adjoint de l’Institut de Géographie de l’Académie des Sciences de Russie.

    - Bonjour, Nous accueillons aujourd’hui dans le studio de RIA Novosti le professeur Arkady Tichkov, directeur adjoint de l’Institut de Géographie de l’Académie des Sciences de Russie. Monsieur Tichkov, jusqu’à présent seuls les spécialistes et les personnes particulièrement anxieuses s’intéressaient aux questions de changement climatique. Or, après un été aussi terrifiant, inondations au Pakistan et en Chine, sècheresse en Russie, les questions de changement climatique sont en première page en déterminant l’image du monde, et elles intéressent un large public parmi nos auditeurs et nos téléspectateurs. Est-il vrai que les changements extraordinaires dont on nous parle ont lieu en Arctique ?

    - Premièrement, toute la Russie n’a pas été victime de la canicule, en Sibérie occidentale il faisait frais et il pleuvait. Tandis qu’à Moscou nous cherchions l’ombre et la climatisation pour nous protéger de la chaleur, beaucoup de régions de Russie ont connu des périodes anormalement pluvieuses et froides. Il est certain qu’en Europe on a observé l’action des cyclones qui avaient été prévus dans notre zone centrale. Cette année, en Arctique, dans certaines régions, surtout dans la partie européenne, il faisait effectivement assez chaud. Depuis les dix dernières années nous observons une hausse accélérée du réchauffement. Si dans notre région centrale et dans le sud du pays on parle d’un réchauffement de quelques dixièmes de degrés par décennies, en Arctique on peut parler de 1 ou 1,5 degré de réchauffement pour la même période. Cela ne signifie pas que les processus sont irréversibles, c’est plutôt une manifestation cyclique. Par exemple, jusqu’en 2007, on observait la diminution de la couverture de glace de l’océan, la superficie des banquises diminuait. Après 2007, la situation s’est stabilisée et on note même l’accroissement de la surface des glaces. La Polynie sibérienne est le seul élément relativement stable.

    - Qu’est-ce que la Polynie sibérienne ?

    - C’est une zone qui se maintient libre de glace et qui est située dans la partie centrale de l’océan Arctique où se concentre la vie en Arctique. Là il n’y a pas de terre mais il y a des ours blancs, des morses et des oiseaux.

    - Est-ce à l’Ouest de la Nouvelle Zemble ?

    - Elle se trouve plus près de la partie centrale. Les changements climatiques en Arctique sont une manifestation cyclique. À certaines périodes, la route maritime du nord se libérait en devenant exploitable, et à d’autres moments cette voie était obstruée par les glaces. Parfois, les rennes pouvaient atteindre des îles mais toute la population mourrait ensuite après une soudaine période de froid. Ce fut le cas de la Nouvelle Zemble, de Spitzberg et d’îles plus orientales.

    - Quel impact cela représente-t-il pour l’économie ?

    - Pour l’économie cela représente, avant tout, une possibilité de développement des transports, en particulier pour les échanges entre l’Europe et la Chine, le Japon et d’autres pays d’Asie, et, à l’avenir, utiliser la route maritime du Nord en tant que principale voie commerciale.

    - Autrement dit, la Russie trouve un avantage dans le réchauffement de la planète ?

    - Indéniablement car en Arctique la Russie a la possibilité de mener une exploitation plus complète des ressources qui s’y trouvent. Un climat plus chaud sous-entend une meilleure accessibilité du plateau continental pour y installer des plates-formes d’extraction de pétrole et de gaz. Le réchauffement et la libération des glaces de l’Arctique seraient favorables au développement et à l’exploitation d’hydrocarbures du plateau.

    - Il est possible que la concurrence accrue et l’amorçage du dialogue entre les pays arctiques pour l’exploitation des zones en Arctique aient quelque chose à voir avec cela ?

    - Évidemment, la concurrence a une motivation économique mais géopolitique également. Il est crucial de considérer l’Arctique comme une zone de coopération des pays membres du Conseil arctique. Il est important qu’au sein de ce dernier les intérêts de tous les pays soient pris en compte, de sorte que même les questions de transport ne soient pas une source de controverse, et la Russie aspire à cela. Tout en prétendant à une partie considérable du plateau arctique, elle prend en compte les intérêts des autres pays. En 2014, la commission de droit maritime de l’ONU étudiera à nouveau la requête russe relative au plateau arctique où la Russie devra prouver la continuité de notre plateau continental. Je pense que notre expérience du cas analogue de la mer d’Okhotsk nous aidera. Les revendications russes seront argumentées mais le développement et les recherches en Arctique nécessitent des investissements dans les études scientifiques géologiques et géographiques, en raison du peu de connaissances que nous avons de l’Arctique. Le problème de la continuité du plateau continental en Arctique auquel la Russie se voit confrontée actuellement et qui ne représente pas de difficulté particulière à première vue en est la preuve.

    - Merci, notre invité était le professeur Arkady Tichkov, directeur adjoint de l’Institut de Géographie de l’Académie des Sciences de Russie, expert de l’Arctique.

     

    Propos recueillis par Andreï Zolotov

     

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