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    Qui sera le sauveur du président biélorusse?

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    Au fur et à mesure que la campagne électorale pour la présidentielle s’accélère, le président biélorusse Alexandre Loukachenko se comporte de plus en plus dans l’esprit des films du réalisateur Emir Kusturica, qu’il a récemment accueilli à Minsk.

         Au fur et à mesure que la campagne électorale pour la présidentielle s’accélère, le président biélorusse Alexandre Loukachenko se comporte de plus en plus dans l’esprit des films du réalisateur Emir Kusturica, qu’il a récemment accueilli à Minsk. ‘’ Si vous souhaitez tournez quelque chose de sérieux, nous serions honorés de travailler avec vous ‘’, a gracieusement affirmé Alexandre Loukachenko. Par la notion de ‘’ sérieux ‘’, le président biélorusse sous-entendait probablement l’élection biélorusse, car une semaine avant la rencontre avec Kusturica il avait affirmé que l’expression de la volonté du peuple se déroulerait ‘’ sans accros ‘’ le 19 décembre et ‘’ [qu’il] n’y [aurait] pas de bagarre car nous [allions] nous comporter de manière très calme. ‘’

        Les spectateurs connaissant les films du ‘’ nobody des Balkans ‘’, comme il se présente lui-même, savent qu'il n'est pas de film de Kusturica sans bagarres. Les téléspectateurs qui suivent les événements en Biélorussie ont probablement remarqué une certaine similarité avec les élections présidentielles dans ce pays. Le scénario est connu à l’avance : au départ on annonce la victoire écrasante de Loukachenko, puis le candidat de l’opposition organise une manifestation de protestation, ensuite la police anti-émeute, qui n'est pas disposée à plaisanter, assure ‘’ le sérieux ’’ du sujet, en dispersant ces figurants à coups de matraque dans les reins bien réels.

        Ainsi, la phrase de Loukachenko au sujet du « sérieux » devrait être considérée comme une perfidie postmoderniste. La clé de son mystère a été fournie par le président en personne qui a fait remarquer que Kusturica ‘’ ne [savait] pas tourner de mauvais films. ‘’ Kusturica a renvoyé le un compliment en disant que Loukachenko dirigeait son pays ‘’ de manière originale. ‘’ Original est le terme qui convient : Loukachenko ne sait pas organiser des élections justes et démocratiques, tout comme Kusturica ne sait pas tourner de mauvais films…

        La vérité est avérée depuis au moins 1996, mais depuis quelques mois les autorités de l’Union Européenne et de certains pays membres de l’UE font semblant de ne rien savoir. La situation est digne d’un film de Kusturica. ‘’ Je voudrais vous prendre au mot concernant l’organisation d’une présidentielle juste et démocratique ‘’, a lancé en guise de provocation le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski qui s’était rendu à Minsk accompagné de son homologue allemand le 2 novembre. ‘’ Sans aucun parti pris, je voudrais affirmer que l’élection se déroulera précisément de cette manière ‘’, a surenchéri Loukachenko. ‘’ J’espère que cette élection sera meilleure que les précédentes ‘’, a poursuivi Sikorski dans le même style comique. ‘’ Bien meilleure ‘’, a affirmé Loukachenko. Le ministre des Affaires étrangères allemand Guido Westerwelle a apporté la touche finale au tableau, dans le registre de la niaiserie : ‘’ Nous considérerons l’élection démocratique comme un pas dans la bonne direction. ‘’

        Etant donné que 92% des électeurs auraient voté pour Loukachenko lors de l’élection précédente, ‘’ bien meilleure ‘’ sous-entend probablement que 90%, ou 89% dans le pire des cas, voteront pour lui cette fois-ci. On sait dès maintenant qui ‘’ prendra l’autre au mot. ‘’ La récompense pourrait être tout à fait honnête : sur sa lancée le chef de la diplomatie polonaise Sikorski s'est laissé emporter en disant que l’organisation d’une présidentielle démocratique pourrait permettre de débloquer des fonds d’aide de l’UE au profit de la Biélorussie, le chiffre de 2 milliards d’euros a même été entendu.

    C’est à ce mot que Loukachenko n’hésitera pas à prendre Sikorski. Ne recevant pas d’argent réel, Loukachenko pourra dire par la suite à son peuple : ‘’ Vous voyez, ce sont des salauds, ils ont promis mais n’ont rien donné! ‘’

        Pourquoi l’UE accepte de jouer à ce jeu? Dans le cas présent, les politiques européens sont probablement les otages de leur propre politique idéologique officieuse, conformément à laquelle la Russie serait forcement derrière toute tendance non démocratique dans l’espace de l’ex-URSS. Le fait que les régimes autoritaires en Asie centrale, dans le Caucase et dans d’autres régions de l’ex-URSS entretiennent des relations complexes, voire hostiles avec la Russie n’est pas pris en compte. Puisque Loukachenko s’est brouillé avec la Russie, il faut l’appuyer, l’écouter, lui donner une chance, etc. Avec le temps il se démocratisera peut-être.

        Au final, il s’avère que la campagne électorale actuelle profite déjà au régime de Loukachenko, et cette fois Moscou n’y est pour rien. Loukachenko a définitivement rompu l’isolement diplomatique sur ‘’ le front ‘’ occidental. Après la visite de la présidente lituanienne Dalia Grybauskaitė, après les promesses de Sikorski et de Westerwelle, Loukachenko bénéficiera de l’occasion pour se proclamer homme politique européen, et la présidente de la Commission électorale centrale de Biélorussie Lidia Ermochina parle même de son propre‘’ libéralisme. ‘’ En échange de la reconnaissance, Loukachenko vend à l’Europe son produit favori, les paroles, et il a en toujours été généreux : ‘’ Les élections légitimes sont plus importante pour nous que pour quiconque dans le monde ‘’, a-t-il assuré les visiteurs étrangers.

        Toutefois, toutes ces grimaces et prouesses ne pourront pas régler les problèmes économiques de la Biélorussie, dont la résolution n’est possible qu’en coopérant avec la Russie. Pour l’instant, les tentatives de Loukachenko pour y remédier rappellent les acteurs des films de Kusturica qui transforment les limousines en chars d’assaut et les fauteuils roulants en véhicules électriques improvisés. L’idée de remplacer le pétrole russe par le vénézuélien (de l’ami Chavez) pourrait coûter cher au budget biélorusse car, selon les informations de Belstat (agence biélorusse des statistiques), le prix moyen d’une tonne de pétrole vénézuélien atteindrait 647 dollars. De plus, des difficultés avec le transit du pétrole vénézuélien via le terminal de Klaipeda en Lituanie sont apparues. En réponse à la suggestion de Loukachenko de baisser les prix, le vice-ministre de l’Energie de Lituanie Romas Svedas a insinué que Klaipedos nafta était déjà saturé de commandes à 100%. Apparemment en allant vers la confrontation avec la Russie, Loukachenko a tout simplement oublié dans quelle partie du monde il vivait.

        Nous sommes donc dans une situation paradoxale : les possibilités pour faire pression économiquement sur Loukachenko n'ont jamais été aussi bonnes, mais l’UE, qui pendant 15 ans n’a pas cessé de persuader la Russie de refuser son soutien au régime de Loukachenko, s’essaie désormais au rôle du ‘’ sauveur ‘’ du président biélorusse.

        Ce serait une issue affligeante. Mikhaïl Gorbatchev ne s’était effectivement pas trompé, lorsqu’il disait que la nouvelle Europe devait être construire aussi bien en partant de l’est que de l’ouest. Cela serait impossible d’une autre manière.



    Ce texte n’engage pas la responsabilité de RIA Novosti

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