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    Le retour des croiseurs : la Marine russe de demain

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    Le croiseur porte-missiles lourd à propulsion nucléaire Admiral Nakhimov, à quai depuis plus de dix ans dans l’usine Sevmach, sera remis en service en 2012. La réparation qui a pris du retard sera alors financée et terminée.

    Le croiseur porte-missiles lourd à propulsion nucléaire Admiral Nakhimov, à quai depuis plus de dix ans dans l’usine Sevmach, sera remis en service en 2012. La réparation qui a pris du retard sera alors financée et terminée. De plus, les autres bâtiments du projet 1144 (classe Kirov) seront également réparés et de modernisés. Selon les informations disponibles, cette décision a été prise par le ministère russe de la Défense.

    La remise en service probable d’une flottille de croiseurs nucléaires lance-missiles du projet 1144 est l'un des projets navals les plus discutés : les spécialistes et les amateurs enflamment les débats concernant la correspondance réelle de ces bâtiments aux exigences actuelles de la Marine.

    Le projet favori de l’Amiral Gorchkov

    ‘’ Monsieur Gorchkov est le seul à pouvoir s'offrir un jouet aussi coûteux. ‘’ En disant cela, Vladimir Tchelomeï, concepteur en chef du complexe de missiles Granit, l’armement principal des nouveaux croiseurs, a bien failli détériorer ses relations avec le commandant de la Marine soviétique Sergueï Gorchkov. L'ingénieur n’avait pas tout à fait tort : les bâtiments immenses et très coûteux, destinés exclusivement à la destruction des unités de porte-avions d’un ennemi potentiel, paraissaient anachroniques tandis que le monde entier tendait vers l’universalisation, afin de rendre les navires de combat plus polyvalents, en les dotant de missiles de différents types et de systèmes de lancement universels.

    Evidemment, les bâtiments du projet 1144 n’étaient pas seulement équipés de missiles antinavires (mer-mer), destinés à détruire les grands bâtiments de surface de l’ennemi. Ils ont été munis d’un système de défense antiaérienne puissant et de moyens anti-sous-marins très performants, mais ces moyens étaient secondaires. Le complexe de missiles, très étroitement spécialisé, constituait l’armement principal du navire.

    L’exploitation de ces croiseurs pour des missions autres que la surveillance opérationnelle des porte-avions de la marine américaine était inappropriée.

    Leur vocation aussi réduite a prédéterminé le sort de ces bâtiments en l’absence d’argent : à la fin des années 90, seul le Pierre le Grand, parmi les quatre croiseurs réalisés, et dont la construction a été terminée sur ordre politique pour le 300e anniversaire de la Marine russe, est resté en service. Les trois premiers navires sont restés ‘’ figés dans les murs ‘’ de l’usine.

    Que faire des « éléphants blancs »?

    Dans la Royal Navy (marine britannique) on a baptisé ‘’ éléphants blancs ‘’, les navires de combat des projets extraordinaires, dont la destination et le schéma d’exploitation ne sont pas tout à fait clair, même pour des spécialistes. Et les croiseurs du projet 1144 se sont précisément retrouvés dans la situation des ‘’ éléphants blancs ‘’ au sein de la Marine postsoviétique. La surveillance des porte-avions américains ne pouvait plus être un objectif en soi. Même en admettant une guerre entre la Russie et les Etats-Unis, les croiseurs lance-missiles, sans soutien, devenaient tout simplement des cibles immenses, et il n’y avait plus rien pour les escorter et les soutenir dans les conditions de dégradation des éléments clés de la structure militaire de l’Etat.

    Dans la seconde moitié des années 2000, l’armée a commencé à recevoir de l’argent, et à cette époque la question de la remise en service des croiseurs mis à quai a été soulevée. Evidemment, la question de leur rôle au sein de la Marine s'est immédiatement posée.

    Pratiquement tous les spécialistes s’accordaient à dire que la remise en service des croiseurs du projet 1144 ne serait opportune qu’en leur faisant subir une modernisation approfondie qui permettrait de les rendre universels.

    L’industrie russe bénéficiait dès cette époque des capacités nécessaires pour effectuer cette modernisation : des systèmes universels de tir avaient été créés, ce qui a permis d’augmenter considérablement la liste des armements qui pourraient être installés sur le navire en fonction de sa vocation concrète. Il existait également des systèmes de commandement et d’information de combat de nouvelle génération qui permettent de générer un système de défense collective des unités : d’échanger des informations en temps réel et de gérer le tir de plusieurs bâtiments depuis un seul poste de commandement.

    Ces nouveautés, en cours d’élaboration sur les navires des nouveaux projets, actuellement en construction sur demande de la Marine, sont une chance pour les croiseurs.

    De plus, modernisés grâce à l’installation des nouveaux systèmes de tir et d’équipements radio-électroniques, les croiseurs du projet 1144 acquerront une nouvelle caractéristique avantageuse : leur taille permet de doter ces bâtiments d’un grand nombre d’armements les rendant véritablement universels en combinant des armes d’attaques diverses, de défense antiaérienne et sous-marine.

    De tels bâtiments seraient capables de remplir diverses missions, du soutien des opérations de l’armée de terre au sol et en territoire ennemi jusqu’à la destruction des navires de surface, des sous-marins et de l’aviation, tout en optimisant leur armement en fonction des cibles à chaque départ en mission opérationnelle.

    Une nouvelle structure pour les nouveaux croiseurs

    Aujourd’hui, la flotte de surface de la Marine va ‘’ du simple au compliqué ‘’ : au cours des dix prochaines années, des unités de destroyers et de bâtiments universels de débarquement devraient s’ajouter aux corvettes et aux frégates actuellement en construction. L’unification des équipements et de l’armement des navires permettra de créer des unités efficaces, dont l’entretien ne ruinera pas le budget grâce à l’utilisation d’une quantité importante de composantes standards, utilisées pour les réparations et l’entretien des navires de différentes classes.

    Cette structure, capable de résoudre une large série de problèmes, aussi bien en temps de paix qu’en temps de guerre, pourrait être facilement renforcée grâce à l’introduction de nouveaux éléments, tels que les croiseurs lance-missiles modernisés et les nouveaux porte-avions, conformément à une décision politique ad hoc. De plus, la présence de forces opérationnelles légères est l’une des conditions de la mise en service de nouveaux bâtiments lourds : dans son état actuel, la Marine russe serait incapable d’exploiter des bâtiments de débarquement, ou des croiseurs lance-missiles, ou des porte-avions. Etant privé de soutien, les bâtiments lourds sont condamné à rester à quai, en sortant rarement en mer, uniquement lorsqu’il sera possible de constituer une équipe opérationnelle de navires venant d’un peu partout, ou en solitaire, à titre de présentation.

    Et c’est ainsi que le croiseur porte-avions Admiral Kouznetsov et le seul croiseur nucléaire lance-missile en service Pierre le Grand sont exploités. Il est à espérer que le ministère de la Défense n’a pas prévu la modernisation des autres croiseurs pour en faire un usage similaire.

    Ce texte n’engage pas la responsabilité de RIA Novosti.

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