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    Doit-on s’attendre à une apocalypse technétronique?

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    Séisme de 2011 au Japon et ses conséquences (136)
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    Les réacteurs nucléaires de Fukushima continuent de maintenir le monde sous tension. Hier, 22 mars, un nuage de fumée blanche s’est à nouveau élevé au-dessus de la deuxième unité de la centrale.

    Les réacteurs nucléaires de Fukushima continuent de maintenir le monde sous tension. Hier, 22 mars, un nuage de fumée blanche s’est à nouveau élevé au-dessus de la deuxième unité de la centrale. La veille, l’approvisionnement en électricité et les travaux de refroidissement des réacteurs accidentés ont dû être arrêtés en raison de la fumée. Le Japon a montré une fois de plus que même une nation technologiquement avancée était impuissante face aux cataclysmes naturels, et que la technosphère non seulement ne peut pas protéger des catastrophes naturelles, mais est capable d’aggraver les conséquences de ces dernières.

    Le cyber-robot de l’humanité

    L’homme ne fait que rêver et fait les premiers pas hésitants sur la voie de l’union entre l’organisme humain et la technologie. Les puces implantables, les articulations en titan, les exosquelettes sont des choses qui devraient conduire à terme à l’apparition d'organismes cybernétiques.

    Mais l’humanité entière s’est depuis longtemps transformée en cyber-organisme. Elle a établi une symbiose avec sa technosphère, et toute tentative de briser cette symbiose est susceptible de conduire à un effroyable cataclysme. C’est la force et la faiblesse de la civilisation contemporaine: notre enveloppe technologique est si complexe qu’elle est capable elle-même de générer des cataclysmes. Même sans subir d’actions extérieures.

    Au milieu du siècle dernier, l’écrivain italien de science-fiction Roberto Vacca a proposé un scénario macabre d’autodestruction (il a été mentionné dans l’article Le Moyen Âge a déjà commencé par Umberto Eco) des villes "farcies" de technologies. Etats-Unis. Hiver. Les contrôleurs aériens coincés dans les embouteillages ne peuvent pas arriver au travail à l’heure. Leurs collègues fatigués commettent une erreur et deux avions de ligne, qui se percutent dans les airs, détruisent une ligne à haute tension ou une grande sous-station. La ville privée de courant est paralysée par les embouteillages gigantesques, les réseaux téléphoniques "s’effondrent" sous la pression des millions d’abonnés qui cherchent à joindre leurs proches. Les autorités publiques sont impuissantes: les pompiers, les ambulances, la police et la Garde nationale n’arrivent pas à rejoindre les zones sinistrées où se propagent les incendies et œuvrent les pillards auxquels s’opposent les groupes d’autodéfense et les armées privées. Les cadavres ne sont pas évacués. Une épidémie se déclare. Une file interminable de personnes marche en cherchant à quitter la ville.

    Ce n’est qu’une histoire fantastique, direz-vous, et vous aurez raison. Mais rappelez-vous le black-out de 1997 à New York, la panne du transformateur d'une sous-station de Moscou en 2005 ou les conséquences de la pluie verglaçante de l’hiver dernier lorsque plusieurs villes de la banlieue de Moscou ont été privées d’électricité et de chauffage.

    Les décennies fatidiques

    Les experts constatent que la vulnérabilité de l’économie mondiale et de la population de la planète ne cesse de croître face à toute sorte de cataclysmes. Il n’est pas étonnant que ces cinquante dernières années nous enregistrions une croissance continue des conséquences destructrices des catastrophes anthropiques et naturelles. Et il ne s’agit pas seulement de la compexité grandissante de l’enveloppe technique, dont on a parlé ci-dessus. Comme le fait remarquer Boris Porfiriev, directeur du laboratoire d’analyse et de prévision des risques naturels et anthropiques de l’économie de l’Institut de prévision économique de l’Académie des sciences de Russie, les conséquences importantes des catastrophes sont dues au fait que les incidents se produisent dans les zones fortement peuplées. Car les deux tiers des forces de production sont situés dans une bande étroite de 100 kilomètres sur les rives, les côtes océaniques et maritimes. Ces endroits sont des zones à risque. Elles sont menacées par les ouragans, les typhons, les inondations et les tremblements de terre. Paradoxalement, ces endroits sont les plus appropriés pour l’activité économique.

    En ce qui concerne les Japonais, en raison de l'exiguïté du territoire ils sont non seulement contraints de s’installer dans les zones potentiellement dangereuses, mais également d’y construire des sites dangereux, comme par exemple les centrales nucléaires. Voici l’une des contradictions de l’économie moderne: les compagnies d’assurance n’assurent pas les centrales nucléaires contre les tremblements de terre, car on estime que les sites nucléaires ne doivent pas être construits dans des zones à risque sismique. Cependant, en suivant cette logique, le Japon ne devrait avoir aucune centrale nucléaire, car tout le pays est une zone sismiquement dangereuse. Et l’absence de grands lacs et rivières à l’intérieur du territoire contraint le Japon à ériger les sites nucléaires sur les côtes afin d’avoir accès à l’eau pour le refroidissement des réacteurs.

    La population est contrainte de s’adapter aux circonstances: apprendre à se protéger conter les menaces naturelles, minimiser les pertes grâce au système d’assurance, etc. Malheureusement, les compétences humaines en ingénierie sont pour l’instant insuffisantes pour contrer efficacement les caprices de la nature. Le Japon a tenté de protéger ses centrales nucléaires grâce à des barrages de dix mètres de hauteur, mais les tsunamis ont été deux fois plus hauts. La vague a facilement balayé les barrages de dix mètres de haut et de six mètres d’épaisseur.

    Stopper l’apocalypse

    Il est impossible de faire reculer le progrès. Ainsi, seule la poursuite de l’amélioration de la technosphère pourrait prévenir les catastrophes anthropiques. Et il en existe plusieurs exemples. Le séisme destructeur de Kobe en 1995 (une perte économique évaluée à 100-150 milliards de dollars) a obligé les Japonais à revoir les paramètres et les normes techniques de la résistance sismique des bâtiments et des installations d’ingénierie. Grâce à cela, comme le fait remarquer le recteur de l’Académie diplomatique du ministère russe des Affaires étrangères, l’ancien ambassadeur russe au Japon Alexandre Panov, les grands immeubles des régions proches de l’épicentre ont résisté, sans parler de Tokyo où des secousses d’une magnitude de 6 sur l’échelle de Richter ont été enregistrées.

    Bien sûr, il faudra encore améliorer les solutions techniques et remédier aux défauts des systèmes d’assurance, car l’écart entre les dommages assurés et non assurés est immense. Mais le plus important: il faudra changer la philosophie du développement de la sphère technologique. Et cela est impossible à défaut de progrès technologique important.

    Par exemple, il est possible de régler le problème de la densité de la population et de la concentration des industries grâce au développement des territoires actuellement considérés comme impropres à la vie (en Russie cela représente plus de la moitié du territoire national). Mais pour cela il est nécessaire d’améliorer considérablement les communications et l’infrastructure des transports. La décentralisation technologique et économique relative pourrait devenir un autre facteur de sécurité, bien que ce soit assez discutable: les régions et les grandes villes doivent être auto-suffisantes en termes de ressources d’importance vitale, en produits alimentaires, en eau et en électricité.

    De plus, il n’est pas exclu que l’accident de la centrale nucléaire Fukushima incitera à se pencher sur la fixation du niveau admissible de présence du capital privé dans le secteur nucléaire et sur le renforcement du contrôle gouvernemental. Car quoi qu’on fasse, la logique de l’entreprise privée exige de minimiser les frais, y compris en économisant sur la sécurité. Pour cette raison, la modernisation touche avant tout les structures qui génèrent le profit, et la question de la sécurité n’est traitée qu’en second lieu. La catastrophe de la centrale hydroélectrique russe de Saïano-Chouchensk en août 2009 en est la preuve.

    Ce texte n’engage pas la responsabilité de RIA Novosti

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