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    Le canal de Suez des relations russo-géorgiennes

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    Conflit osséto-géorgien (190)
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    Une guerre a éclaté entre la Russie et la Géorgie trois ans auparavant. Même après une telle période, je ne peux pas me débarrasser d’un sentiment amer de perplexité: comment une telle folie est-elle devenue possible?

    Une guerre a éclaté entre la Russie et la Géorgie trois ans auparavant. Même après une telle période, je ne peux pas me débarrasser d’un sentiment amer de perplexité: comment une telle folie est-elle devenue possible? Mais même la folie pourrait avoir certaines conséquences positives. La confrontation militaire entre Moscou et Tbilissi a contraint l’Occident à revoir son attitude envers Moscou. On a cessé de considérer la Russie comme un pays devenu incapable d'agir.

    Je ne supporte pas que dans certaines anciennes républiques fraternelles on parle de l’Union soviétique comme d’une puissance coloniale. J’ai vécu en URSS les seize premières années de ma vie. Et je ne serai jamais d’accord avec le fait que les relations entre les habitants de la République Socialiste Fédérative Soviétique de Russie (RSFSR) et d’autres républiques étaient des rapports entre colonisateurs et exploités.

    Pourquoi une introduction aussi longue et abstractive, vous demanderez-vous? Le fait est que dans l’histoire contemporaine il n’existe qu’un seul épisode comparable de par son importance et ses conséquences au conflit d'août 2008. En effet, cela a un rapport direct avec les guerres coloniales. Dans la mémoire des historiens, cet épisode est resté comme la crise du canal de Suez.

    Rappelons succinctement l’évolution des événements. 1956. Le président égyptien
    Gamal Abdel Nasser annonce la nationalisation du canal de Suez, artère stratégique reliant la Méditerranée et la mer Rouge.

    La Grande-Bretagne, ancienne propriétaire coloniale du canal de Suez, a été choquée par cette décision. Londres était bien conscient que le monde avait changé et que les Egyptiens n’avaient plus l’intention de vivre sous protectorat britannique. En reconnaissant les réalités, les Britanniques ont conclu en 1954 un accord spécial avec l’Egypte. Dans les deux prochaines années, les troupes britanniques devaient quitter la région du canal de Suez. A son tour, le gouvernement égyptien a promis solennellement à Londres que le transfert du canal de Suez sous le contrôle de l’Egypte sera échelonné dans le temps et s’achèvera seulement en 1968.

    Les Britanniques ont rempli leurs engagements. Mais pas les Egyptiens. Toute personne au courant de l'histoire sait ce qui a suivi. Londres a conclu une alliance militaire avec Paris et Tel-Aviv, et a essayé de forcer le président Nasser à tenir parole. L’armée égyptienne s'est avérée dans l'incapacité d’affronter les armées des trois pays à armes égales.

    Mais les deux principaux rivaux sur la scène mondiale, l’Union soviétique et les Etats-Unis, ont soudainement adopté une position commune. Il a été fermement conseillé aux Britanniques, aux Français et aux Israéliens de laisser Le Caire en paix. Les membres de la triple alliance ont dû obtempérer.

    S'il s'agissait d'un camouflet pour Paris et Tel-Aviv, c’était un coup terrible, un KO pour Londres. Avant la crise de Suez, dans la conscience politique mondiale la Grande-Bretagne était considérée comme une puissance de premier ordre, à laquelle il valait mieux ne pas avoir affaire. Après la crise de Suez tout le monde a compris qu’on n'avait plus rien à craindre de Londres.

    J’ignore si le président Nasser fait partie des idoles politiques du président géorgien
    Mikhaïl Saakachvili, mais la logique du comportement des deux politiciens en 1956 et en 2008 est similaire.

    Le dirigeant égyptien a décidé que la Grande-Bretagne extérieurement puissante n’était qu’un colosse aux pieds d’argile. 52 ans plus tard, le président géorgien est arrivé à la même conclusion au sujet de la Russie. Nasser avait raison, mais pas Saakachvili. Et contrairement à la situation égyptienne 55 ans auparavant, la fermeté de la position américaine n’a joué aucun rôle dans cette situation.

    Pourquoi deux crises avec de telles similitudes extérieures ont-elles des fins si différentes? Il me semble qu’il ne s’agit pas simplement d’un concours de circonstances. Lors du conflit avec Nasser, la Grande-Bretagne défendait ses intérêts coloniaux. Or ce n’est pas une chose pour laquelle on se bat jusqu’à la dernière goutte de sang. Or dans l’affrontement entre la Russie et Saakachvili, les intérêts nationaux vitaux de la Russie étaient en jeu.

    Ne voyez aucune emphase dans mes propos. Je vais essayer de justifier ma position. Je ne me réjouis pas à l’idée que l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud soient devenues des protectorats russes. Jusqu’en août 2008, je ne voyais pas l’option de l’adhésion de ces deux républiques à la Géorgie comme une tragédie.

    Mais à cet effet la Géorgie aurait dû se comporter d’une manière totalement différente. Tbilissi aurait dû trouver un terrain d’entente avec l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. La Géorgie aurait dû faire preuve d'une volonté sincère, et non pas feinte, de revenir à des relations de bon voisinage avec la Russie.

    Mais au lieu de cela, Saakachvili a choisi la stratégie de la pression en recourant à la force. Washington et tout l’Occident sont derrière nous, disait-il! Tremblez, oh, Russes avec vos esclaves pathétiques! Céder à la pression aurait signifié montrer au monde entier sa faiblesse. Or, en dépit de tous les principes de l’ONU, les lois de la politique mondiale sont impitoyables. Ici les faibles sont frappés. Si le plan de Saakachvili avait fonctionné, n'importe qui aurait pu chercher noise à la Russie. Car les pseudo-napoléons de ce genre sont légion aux frontières de la Russie.

    A la date anniversaire de la victoire sur l’armée géorgienne, je suis incapable de ressentir de la joie. Mais les lamentations hypocrites de Tbilissi concernant le "droit international bafoué" ne me touchent pas non plus. Le régime de Saakachvili a eu ce qu’il méritait, ni plus, ni moins.

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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