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    Ciel ouvert à Vladivostok dans l’attente de l’OMC

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    En ouvrant le ciel à Vladivostok les autorités russes font d’une pierre deux coups: elles préparent ainsi l’adhésion de la Russie à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et amortissent l’argent investi dans la rénovation de l’aéroport de la ville, selon les experts.

    En ouvrant le ciel à Vladivostok les autorités russes font d’une pierre deux coups: elles préparent ainsi l’adhésion de la Russie à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et amortissent l’argent investi dans la rénovation de l’aéroport de la ville, selon les experts.

    Mardi, le ministère russe des Transports a annoncé sa décision de lever les restrictions existantes sur les vols des compagnies étrangères à l’aéroport international de Vladivostok Comme l’a déclaré à l’agence Prime le porte-parole du ministère, théoriquement le régime Ciel ouvert pourrait être instauré dans d’autres aéroports russes également.

    A l’heure actuelle, le transport aérien entre la Russie et d’autres pays est réglementé par des accords intergouvernementaux bilatéraux. Ils incluent la liste des compagnies aériennes des deux parties qui peuvent desservir chaque destination, ainsi que le nombre de vols qu’elles peuvent réaliser durant une période déterminée.

    Selon la réglementation actuellement en vigueur, les avions des compagnies étrangères ne peuvent effectuer sur le territoire russe que des escales pour se ravitailler, et ne peuvent débarquer ou embarquer des passagers ou des frets.

    Selon le ministère russe des Transports, la cinquième liberté de l’air sera instaurée à l’aéroport de Vladivostok et elle permettra aux compagnies étrangères non seulement de voler vers Vladivostok aussi souvent qu’elles le souhaitent, mais également d’embarquer et de débarquer des passagers et des chargements.

    Les avantages du Ciel ouvert

    "Bien sûr, le régime Ciel ouvert offre beaucoup de possibilités. On espère voir l'effet de son instauration dès la saison estivale 2012", a déclaré Maxim Tchetverikov, directeur général de l’aéroport international de Vladivostok, sans toutefois préciser quel est concrètement l’effet attendu.

    Les experts aéronautiques indépendants supposent qu’il est avant tout question de l’augmentation des revenus de l’aéroport grâce à l’augmentation du trafic passager, qui pourrait s’accroître significativement, car l’aéroport pourrait jouer le rôle de plaque tournante des lignes internationales.

    "L’ouverture de l’accès à l’aéroport de Vladivostok pourrait engendrer un trafic passager très dense. En particulier, grâce aux vols en provenance d’Asie du Sud-est et de la Chine. Vladivostok pourrait jouer le rôle de carrefour de transit vers l’Europe et l’Amérique du Nord. Son trafic passager potentiel est très élevé. Notamment compte tenu du développement économique actif de la Chine", a déclaré à RIA Novosti Roman Goussarov, rédacteur en chef du portail avia.ru.

    En 2010, l’aéroport a accueilli un peu plus de 1 million de passagers. Selon les estimations des experts, le régime Ciel ouvert permettra de multiplier par 2-5 le trafic passager.

    Sachant que l’idée d’ouvrir le ciel à Vladivostok a été avancée par la direction de l’aéroport international moscovite de Cheremetievo, qui prépare l’aéroport de Vladivostok pour le sommet de la Coopération économique pour l’Asie-Pacifique (APEC), le but de l’instauration de ce régime est évident: récupérer l’argent dépensé pour cette préparation.

    En 2008, le président russe Dmitri Medvedev a confié le contrôle de l’aéroport international de Vladivostok à la direction de Cheremetievo pour le préparer au sommet prévu pour 2012. Depuis, l’Etat a alloué à la rénovation de l’aéroport 12 milliards de roubles (environ 300 millions d’euros), et 6 milliards de roubles (environ 150 millions d’euros) supplémentaires ont été investis par l’aéroport de Cheremetievo.

    En juillet 2011, le directeur général de Cheremetievo, Mikhaïl Vassilenko, a déclaré qu’il n’était possible d’amortir ces investissements qu’en mettant en place à Vladivostok un hub, une plaque tournante, pour les compagnies aériennes étrangères, ce qui nécessite l’instauration du régime Ciel ouvert.

    Un ballon d’essai avant l’OMC
    Il existe également une autre raison de l’introduction à Vladivostok du régime Ciel ouvert. Il s’agit de la préparation de la Russie à l’adhésion à l’OMC, qui pourrait avoir lieu avant la fin de cette année.

    "La Russie devra rejoindre le programme Ciel ouvert. C’est l’un des préalables de l'admission à l’OMC, car les principes de l’organisation impliquent l’absence de toute barrière", a expliqué à RIA Novosti Roman Goussarov, en ajoutant que ce régime est depuis longtemps en vigueur aux Etats-Unis et en Union européenne.

    Etant donné que l’adhésion à l’OMC implique l’adoption du régime Ciel ouvert sur tout le territoire du pays, le gouvernement russe a décidé d’abord de le "roder" dans une région, estime l’expert.

    "Habituellement, les initiatives en Russie sont testées dans certaines régions, puis s’étendent à tout le territoire du pays", déclare Roman Goussarov. Probablement, l’aéroport de Vladivostok est une sorte de terrain d'essai pour tester les nouvelles conditions. Je le conçois comme une sorte de ballon d’essai."

    Le directeur général de l’agence en ligne Aviacassa.ru, Maxim Poberejnik, reconnaît que l’instauration du régime Ciel ouvert à Vladivostok est une sorte de test. Selon l’experts, les autorités russes veulent déterminer comment se comportera le marché dans ces conditions afin d’apporter à terme des modifications au sein de ce secteur.

    Toutefois, l’expert est convaincu que si le gouvernement russe ne voulait pas ouvrir le ciel même dans le cadre de l’OMC, il ne le ferait pas. "Autrement dit, il signerait un accord qui repousserait le processus de 20-30 ans", a expliqué à RIA Novosti Maxim Poberejnik.

    Les prix des billets d’avion diminueront
    Quoi qu’il en soit, la mise en place du régime Ciel ouvert, même dans une seule région, sera avantageuse pour les passagers, déclarent à l’unanimité les experts. Premièrement, ils auront la possibilité de choisir parmi un plus grand nombre de compagnies aériennes. Deuxièmement, ils payeront moins cher, car dans les conditions d’une forte concurrence les compagnies devront revoir leurs prix à la baisse.

    "Les possibilités de déplacement vont s’élargir significativement. Cela contraindra les compagnies aériennes présentes sur le marché russe à mener une politique tarifaire plus souple", estime Roman Goussarov.

    "C’est un pas vers la diminution des prix sur les principaux vols en provenance et à destination de Vladivostok", reconnaît Maxim Poberejnik. Il fait remarquer que selon les termes des accords intergouvernementaux qui réglementent aujourd’hui les vols entre la Russie et d’autres pays, sur certaines destinations deux compagnies seulement - une russe et une étrangère - sont présentes.

    "Dans ces conditions une collusion sur les prix des billets d’avion devient très facile. En fait, tout le monde le fait actuellement. Or, dans le cas présent il sera impossible de le faire, car le nombre de compagnies aériennes sera illimité, et les prix des billets d’avions commenceront immédiatement à diminuer", explique M. Poberejnik.

    Les pays où il existe un trafic passager potentiel à destination de l’Extrême-Orient russe seront également gagnants, selon les experts. Il s’agit avant tout des pays d’Asie du Sud-est. Ainsi, l’aéroport de Vladivostok pourrait devenir un important carrefour de transit pour les compagnies aériennes de la Chine, de la Thaïlande, de la Corée du Sud et du Japon, qui desserviront via Vladivostok l'Europe et les Etats-Unis.

    L’aéroport de Vladivostok aura un intérêt particulier pour les compagnies aériennes chinoises, font remarquer les experts. Le fait est qu’il existe aujourd’hui des restrictions strictes en termes du nombre de vols directs entre les Etats-Unis et la Chine. De cette manière, Vladivostok pourrait permettre aux compagnies chinoises de contourner ces restrictions. "Ce n’est pas tant une porte vers l’Europe que vers les Etats-Unis. Vladivostok pourrait aider la Chine à augmenter le nombre de ses vols à destination des Etats-Unis", déclare Roman Goussarov.

    De plus, les compagnies aériennes asiatiques élargiront leur clientèle grâce aux habitants de l’Extrême-Orient russe qui pourront se rendre plus souvent en Asie rapidement et à bas prix, fait remarquer Maxim Poberejnik.

    Est-ce une menace pour les compagnies aériennes russes?

    L’instauration du régime Ciel ouvert changera également la situation des compagnies russes sur le marché. Cependant, selon les experts, la situation ne peut pas être qualifiée de définitivement positive ou négative.

    La bonne nouvelle pour les compagnies russes est qu’elles effectueront des vols supplémentaires vers les pays, dont les compagnies profiteront de l’ouverture du ciel à Vladivostok.

    "Ce régime sera mis en place sur une base paritaire. Pour cette raison, théoriquement les compagnies aériennes russes qui réaliseront des vols vers l’étranger pourront participer à la lutte concurrentielle et s’approprier une partie de la clientèle sur le marché", a expliqué à RIA Novosti Oleg Panteleïev, directeur du service d’analyse de l’agence Aviaport.

    De plus, l’aéroport de Vladivostok jouera le rôle d’escale entre les destinations se trouvant en dehors de la Russie. Autrement dit, les points de départ et d’arrivée se trouveront dans des pays étrangers. "Or, le nombre de compagnies aériennes russes qui se battent pour la clientèle sur ce marché est très faible", déclare Oleg Panteleïev. Selon lui, seule la compagnie Vladivostok Avia, basée à Vladivostok, pourrait rencontrer de sérieux problèmes.

    Toutefois, si le régime Ciel ouvert est instauré sur tout le territoire russe, les compagnies russes devront faire beaucoup d’efforts pour être compétitives, fait remarquer Roman Goussarov. Par ailleurs, selon lui, le ciel ouvert représente un risque principalement pour les compagnies de transports désignées: celles qui travaillent sur les vols internationaux dans le cadre des accords bilatéraux.

    "Ces destinations pourraient être disputées non seulement par les compagnies étrangères, mais également les compagnies russes qui n’avaient pas été désignées", explique-t-il.

    Toutefois, les experts s’accordent à dire que le renforcement de la concurrence sur le marché de l’aviation civile est un facteur positif.

    "C’est un inconvénient pour les compagnies aériennes faibles qui ne pourront pas profiter du Ciel ouvert, mais c’est un avantage indéniable pour les grandes compagnies de transport prêtes à se lancer dans la lutte concurrentielle. En faisant la somme des facteurs, c’est plutôt un avantage qu’un inconvénient", résume Oleg Panteleïev.



    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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