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    Présidentielle russe: Poutine vu par les journalistes occidentaux

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    Présidentielle en Russie - 2012 (216)
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    "A mes yeux, il existe deux candidats à la présidence, ou plutôt deux rivaux. Le premier est, évidemment, Vladimir Poutine. Et le second, qui ne s’est toujours pas personnifié, c’est Antipoutine. Toute l’action se passe entre ces deux adversaires", a déclaré à RIA Novosti le correspondant en Russie du quotidien polonais Gazeta Wyborcza Waclaw Radziwinowicz.

    "A mes yeux, il existe deux candidats à la présidence, ou plutôt deux rivaux. Le premier est, évidemment, Vladimir Poutine. Et le second, qui ne s’est toujours pas personnifié, c’est Antipoutine. Toute l’action se passe entre ces deux adversaires", a déclaré à RIA Novosti le correspondant en Russie du quotidien polonais Gazeta Wyborcza Waclaw Radziwinowicz.

    A moins d’un mois de la présidentielle en Russie, RIA Novosti a voulu interroger des correspondants de la presse étrangère en poste en Russie sur leurs attentes de cette élection, leurs appréciations des chances des candidats et ce qui est le plus intéressant à leurs yeux dans la course électorale qui commence.

    Concernant la question de savoir qui remporterait la présidentielle, ainsi que sur la majorité d’autres éléments fondamentaux, tous les journalistes interrogés ont fait preuve d’une rare unanimité. Pour eux, la seule véritable intrigue est de découvrir quand se terminera cette course – au premier ou au second tour.

    "Cette élection n’a absolument rien d’intéressant, car nous sommes tous parfaitement conscients qui sera le vainqueur. Nous savons très bien que Vladimir Poutine sera élu président.
    Le seul élément qui donne l’impression d’une course est celle de Poutine contre Poutine, dans le sens où remportera-t-il la victoire au premier ou au second tour", estime Mark Franchetti, correspondant de l’hebdomadaire londonien Sunday Times à Moscou, qui reprend pratiquement l’idée de son collègue polonais.

    Selon Shaun Walker, correspondant du quotidien britannique The Independent à Moscou, la cote de popularité de Poutine en Russie est très élevée. L’une des raisons est qu’il apparaît plus souvent à la télévision. Tous les journalistes le font remarquer. Cependant, dans l’interview accordée à RIA Novosti, Shaun Walker a supposé que les cotes de popularités de 60-70% de Poutine étaient une approbation passive.

    "Il me semblait qu’un contingent très réduit de personnes croyait vraiment à Poutine et était prêt à le promouvoir et ainsi de suite. De même qu’un contingent réduit de ceux qui étaient véritablement contre Poutine. Et la masse principale de 80-90% sont des gens qui sont en principe satisfaits de la situation actuelle. Autrement dit, ils n’admirent pas Poutine, mais le considèrent comme normal. Et il n’est pas difficile de transformer cette approbation passive en désapprobation passive. Nous assistons déjà au début de ce processus", a déclaré Shaun Walker.

    Le correspondant du magazine américain Time à Moscou Simon Shuster parle des chances de victoire de Poutine au premier tour. "Selon tous les sondages, le soutien de Vladimir Poutine varie aux alentours de 50%. Tout dépendra donc du vote des indécis. Ils sont assez nombreux. Selon les derniers sondages du centre Levada, ils sont 17%, si je ne m’abuse. Si les sentiments protestataires parvenaient à surmonter la volonté de conserver le cours actuel et la disposition des gens à soutenir Poutine, alors on pourrait effectivement assister à un second tour".

    Contrairement à ses collègues, le correspondant de la radio et de la télévision estonienne
    Krister Paris estime que la victoire honnête de Poutine au premier tour est pratiquement impossible. Il pourrait obtenir un score maximal de 48%, mais pas de 50%. "Car la population a trouvé la force de descendre dans la rue et de manifester contre Poutine, et cette force est suffisante pour ne pas le laisser gagner au premier tour", estime Krister Paris.

    Quant aux chances des autres candidats, dans l’ensemble l’opinion des correspondants étrangers ne varie pas beaucoup. Tous parlent de l’électorat stable depuis de nombreuses années de Guennadi Ziouganov (parti communiste) et de Vladimir Jirinovsky (parti libéral-démocrate, LDPR), de la situation quelque peu controversée de Sergueï Mironov (parti Russie Juste), qui soutenait ouvertement Vladimir Poutine en étant candidat à la présidentielle en 2004, et de l’intérêt pour le nouveau dans la course présidentielle et dans la politique en général, le milliardaire Mikhaïl Prokhorov.

    Selon Simon Shuster, durant les quelques mois de sa carrière politique, Mikhaïl Prokhorov n’a pas eu la possibilité d’exposer son opinion et son programme même à 10% de la population.

    "Je pense que dans une certaine mesure, il réussira à le faire dans le mois qui vient. Mais il est impossible de convaincre une partie considérable de la population de voter pour lui lorsque les gens ne le connaissent pas encore et ne lui font pas confiance", déclare-t-il.

    A la question de RIA Novosti de savoir si Mikhaïl Prokhorov était une figure autonome, ou s’il était revenu dans la politique en passant un accord avec le gouvernement, tous les journalistes ont penché à l’unanimité pour la seconde option.

    "Il n’a pas l’air d’un véritable candidat qui pourrait diriger le pays. Certes, il dit des choses justes, qu’il est contre le Kremlin, et son programme est le plus correct aux yeux de l’Occident ou de l’Estonie, mais il a beaucoup trop à perdre en affrontant Poutine. C’est la raison pour laquelle je n’y crois simplement pas. Autrement, il aurait transféré tout son argent à l’étranger, mais il ne l’a pas fait. Ainsi, je pense que c’est, malheureusement, un autre projet de campagne du Kremlin", estime Krister Paris.

    Shaun Walker fait remarquer que Mikhaïl Prokhorov ne critique pas directement Vladimir Poutine, et c’est très étrange pour un candidat à la présidentielle. Et Waclaw Radziwinowicz est convaincu que Prokhorov n’est même pas un politicien. "Il y a seulement huit mois, personne ne voyait en lui un homme politique, et tout à coup il l’est devenu. On l’a mis en place, puis écarté, puis à nouveau remis en place, et il sera probablement écarté à nouveau par la suite… ", selon le journaliste polonais.

    Les journalistes constatent une certaine contradiction dans les positions du parti Russie Juste. "D’un côté, déclare le correspondant de The Independent, il y a Guennadi Goudkov et Ilia Ponomarev, qui manifestent dans la rue, et de l’autre – le candidat à la présidence Sergueï Mironov, qui a travaillé pendant longtemps dans l’équipe de Poutine et est connu comme un homme loyal". Selon Shaun Walker, Russie Juste aurait dû proposer un autre candidat pour montrer une véritable opposition et indépendance.

    Cependant, Simon Shuster, qui a récemment interrogé Sergueï Mironov pour le magazine Time, fait remarquer qu’il a réussi à convaincre le journaliste de la sincérité de sa position d’opposition. "Les gens changent", déclare Simon Shuster. Cependant, il reconnaît qu’il lui sera difficile d’en persuader l’électorat.

    Tous les journalistes interrogés par RIA Novosti ont fait remarquer qu’il était devenu bien plus agréable pour eux de travailler en Russie ces deux-trois derniers mois.

    "Les protestations civiles récentes sont l’élément le plus intéressant dans la politique de toute l’époque de Poutine. Il est difficile de dire concrètement si elles influeront sur le processus politique. Mais elles ont été remarquées et entendues par les autorités sans l’ombre d’un doute", déclare Mark Franchetti.

    Selon le journaliste britannique, lorsque Poutine a déclaré en septembre qu’il se présentait à la présidentielle, tout le monde avait convenu que c’était une chose inévitable pour les 12 prochaines années. "Mais après les législatives et les manifestations qui ont suivi, je pense que c’est exclu. Il restera au poste présidentiel six ans au maximum et, comme vous le savez, beaucoup discutent même de la possibilité de sa réélection. Autrement dit, la situation a radicalement changé. Mais cela n’aura aucune incidence sur la présidentielle", résume Mark Franchetti.

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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    Présidentielle en Russie - 2012 (216)

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