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    Le conflit syrien dans l'impasse

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    Situation politique en Syrie (2930)
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    Qu'attend Moscou de l'éventuelle visite de l'émissaire de l'Onu et de la Ligue arabe pour la Syrie Lakhdar Brahimi ? Pourquoi ne peut-on pas lier les protestations contre le film amateur Innocence des musulmans ou le meurtre de diplomates avec les résultats du printemps arabe ? Comment seront protégées les missions diplomatiques russes dans les pays de cette région ? Vous le découvrirez dans l'interview de Mikhaïl Bogdanov, vice-ministre russe des Affaires étrangères et représentant spécial du président pour le Proche-Orient, accordée à RIA Novosti.

    Qu'attend Moscou de l'éventuelle visite de l'émissaire de l'Onu et de la Ligue arabe pour la Syrie Lakhdar Brahimi ? Pourquoi ne peut-on  pas lier les protestations contre le film amateur Innocence des musulmans ou le meurtre de diplomates avec les résultats du printemps arabe ? Comment seront protégées les missions diplomatiques russes dans les pays de cette région ? Vous le découvrirez dans l'interview de Mikhaïl Bogdanov, vice-ministre russe des Affaires étrangères et représentant spécial du président pour le Proche-Orient, accordée à RIA Novosti.

    -D'après vous, comment avance le travail de Lakhdar Brahimi au poste d'émissaire de l'Onu et de la Ligue arabe pour la Syrie ? A-t-il fait des propositions concrètes pour régler le conflit syrien ?

    -Lakhdar Brahimi est un homme politique, diplomate et négociateur très expérimenté. Moscou apprécie énormément sa volonté de trouver au plus vite une solution politique au conflit syrien.

    Mais il n'a, pour l'instant, annoncé aucun plan de mesures pour régler cette crise. Comme il l'a notifié au ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, dans le cadre d'une réunion en marge de la 67ème session de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York, il n'a aujourd'hui qu'une idée générale de la solution. En particulier, l'émissaire de l'Onu veut utiliser au maximum le plan de son prédécesseur, Kofi Annan, et du communiqué final du Groupe d'action sur la Syrie, adopté pendant la réunion du 30 juin à Genève.

    A l'heure actuelle, comme on le sait, Lakhdar Brahimi s'entretient avec toutes les parties et acteurs étrangers impliqués, afin d'avoir une vision plus claire de la solution du conflit.
    On l'attend également à Moscou pour partager ses idées à ce sujet.

    -Serait-il nécessaire d'adopter au Conseil de sécurité de l'Onu une nouvelle résolution sur la Syrie en tenant compte du communiqué de Genève?

    - Il nous semble que la récupération du communiqué de Genève par le Conseil de sécurité pourrait contribuer à mettre en place les conditions nécessaires pour faire cesser l'effusion de sang en Syrie. Nous en avons parlé à plusieurs reprises avec nos partenaires occidentaux mais nos appels restent sans réponse pour l'instant. Nous sommes convaincus que le potentiel de ce document de compromis, convenu à Genève au niveau ministériel, n'est pas pleinement utilisé.

    -Est-ce que la Russie et la Chine sont prêtes à faire de nouvelles propositions pour régler la crise syrienne ?

    A l'étape actuelle, il faut d'abord extraire un maximum de solutions utiles de la base juridique internationale existante pour régler la crise syrienne. Ce corpus juridique repose sur les décisions du Conseil de sécurité de l'Onu, en particulier les résolutions 2042 et 2043, ainsi que le document de Genève, et contient un inventaire d'outils efficaces pour mettre fin à la violence et lancer le processus de paix - les négociations. Il serait déraisonnable de perdre cette base.

    -Ne craignez-vous pas que ce conflit se prolonge et que son règlement continue d'être saboté par l'une des parties ?

    -En effet, le conflit est déjà allé très loin et a acquis une dimension transfrontalière dangereuse. Le nombre de morts et de victimes se compte par milliers. Il faut prendre des mesures immédiates pour faire cesser les combats et que commence un dialogue entre les forces du gouvernement et de l'opposition. Beaucoup d'espoirs reposent sur la mission de Lakhdar Brahimi.

    -Comment Moscou réagit aux communiqués de presse rapportant régulièrement que des mercenaires européens et américains travaillent en Syrie ?

    -Le fait que les extrémistes renforcent leurs positions en Syrie n'est pas un secret. Y compris Al-Qaïda, dont les rangs grossissent grâce aux anciens combattants d'Afghanistan, d'Irak, de Libye et du Caucase du Nord. Cela explique le passage du terrorisme au premier plan, dans les méthodes des troupes armées de l'opposition.

    La Russie est formellement contre une ingérence étrangère dans les affaires syriennes.Nous condamnons toute participation des mercenaires étrangers dans le conflit syrien ou la complaisance qui permettrait cette participation.

    Malheureusement, il y a des preuves très "solides" de cette ingérence étrangère, y compris européenne, à la formation des combattants. Cela a été notamment rapporté par la correspondante du Daily Telegraph, Ruth Sherlock, qui a rencontré des anciens soldats des forces spéciales de Scandinavie dans l'un des camps d'entraînement de "rebelles".

    -Que pense Moscou des manifestations dans les pays du Proche-Orient et d'Afrique du Nord, provoquées par le film Innocence des musulmans, où l'image du prophète Mahomet est considérée comme offensante par les musulmans ? Peut-on en conclure que le printemps arabe n'a pas vraiment apporté les résultats escomptés par ses idéologues ? Qu'en est-il de la protection des missions diplomatiques russes dans ces pays ?

    -Je ne pense pas que la réaction au film Innocence des musulmans permette de tirer des conclusions sur les résultats du printemps arabe. Je ne ferais aucun lien entre ces protestations  et les attaques perpétrées contre les missions diplomatiques, que nous avons condamnées, ni avec le printemps arabe.

    Les transformations du monde arabe sont provoquées avant tout par des causes profondément intérieures. Elles sont loin d'être achevées et leurs conséquences ne pourront être appréciées complètement qu'à long terme. Cependant, on constate déjà certains changements positifs : on assiste à la démocratisation des processus politiques dans les pays arabes, à l'extension des droits politiques et des libertés, à des élections transparentes et libres, et de nouvelles figures sortent sur la scène publique.

    Dans l'ensemble, c'est ce que désirait la population de la région, qui voulait vivre dans un Etat-providence moderne. La Russie respecte les attentes et les volontés des peuples arabes et développe activement ses relations avec les gouvernements post-révolutionnaires au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Nous participons également au travail des organisations internationales chargées de l'assistance à ce groupe de pays.

    Malheureusement, les changements mentionnés ne sont pas indolores. Parmi les symptômes désagréables de la situation actuelle, on compte notamment la radicalisation de la population, l'aggravation des frictions interconfessionnelles et interethniques dans le monde arabe.
    Dans ces conditions, la publication d'un article provoquant est une action extrêmement dangereuse et irresponsable. Les conséquences de l'Innocence des musulmans en sont la preuve.

    Ce genre d'attaques contre la religion - et pas seulement l'islam - ne sont pas une nouveauté. Cependant, dans les conditions actuelles, elles font l'effet d'une bombe. L'incitation à la haine interreligieuse ou les spéculations à ce sujet représentent une menace directe pour la stabilité politique intérieure et doivent être empêchées. Par ailleurs, il est absolument inadmissible de répondre à ce type de provocations par la terreur, qui ne peut être justifiée. Les attaques contre des diplomates et le personnel des organisations internationales sont, par ailleurs, absolument inacceptables.

    L'importance du tournant historique que vivent aujourd'hui les pays arabes nécessite des approches responsables et réfléchies pour chaque problème politique intérieur. Nous sommes convaincus qu'il n'existe qu'une seule solution - un large dialogue national sans violence, ni diktat depuis l'étranger. Nous appelons les acteurs extérieurs et toute la communauté internationale à adopter ce genre d'approche. Après tout, notre objectif commun vise à conserver tous les succès progressistes du printemps arabe et à aider les peuples arabes dans leur aspiration vers une vie meilleure.

    En ce qui concerne la sécurité des missions diplomatiques russes, elle est sous le contrôle permanent des autorités et du MAE. Des mesures exhaustives ont été prises et sont entreprises dans tous les pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord.

    -La réunion du Quartette des médiateurs internationaux ne s'est pas tenue pendant la 67ème session de l'Assemblée générale de l'Onu. Un signe que le processus de règlement pacifique du conflit est dans l'impasse?

    -En effet, nous n'avons pas réussi à réunir les médiateurs pour le Proche-Orient à New York. Le contact n'a eu lieu qu'au niveau des représentants spéciaux. La Russie s'est dite favorable à cette réunion ministérielle et sa position a été soutenue par d'autres membres du Quartette - mais pas tous. L'absence de consensus a empêché d'organiser cette réunion importante mais sa tenue reste importante à nos yeux, en raison de la situation peu réjouissante l'axe israélo-palestinien.

    L'impasse devient de plus en plus dangereuse. Sur fond des nouveaux événements tumultueux qui frappent le Proche-Orient et l'Afrique du Nord, le conflit israélo-palestinien pourrait sembler "secondaire" - ou non prioritaire. Cependant, penser ainsi serait une erreur. On estime que les événements du printemps arabe ne doivent en aucun cas repousser ce conflit au second plan.
    Car la relance du processus de paix au Proche-Orient, qui vise à créer un Etat palestinien indépendant, viable, contigu et souverain, pourrait réduire le degré d'extrémisme dans la zone et ainsi améliorer le climat régional.

    Cette évolution dépend avant tout de la volonté politique des pays en question. La Russie poursuit ses efforts en vue de contribuer à surmonter les différends qui empêchent le retour des Palestiniens et des Israéliens à la table des négociations. Nous espérons y parvenir prochainement avec nos partenaires du Quartette.

    Propos recueillis par Elizaveta Issakova

    Dossier:
    Situation politique en Syrie (2930)

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