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    Le président iranien Hassan Rohani et le président du Sénat Français Gérard Larcher à Téhéran, Dec. 20, 2015.

    Une loi américaine qui contredit les accords sur le nucléaire iranien

    © AFP 2019 Atta Kenare
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    Gaëlle Nicolle
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    Première visite d'un président du Sénat Français en Iran depuis la Révolution Islamique. Gérard Larcher était à Téhéran, et à l'issue de sa visite de trois jours, il n'a pas caché sa désapprobation de la nouvelle loi promulguée par Barack Obama.

    Loi qui interdit l'accès aux Etats Unis pour les résidents de 38 pays qui auraient récemment séjourné en Irak, en Syrie, au Soudan, ou en Iran!

    Dans sa lutte contre le terrorisme et en réponse aux attentats de Paris, les Etats-Unis durcissent leur politique de visas. La Chambre des représentants du Congrès républicain, appuyée par l'administration démocrate, adopte un projet de loi qui oblige des Européens à demander un visa pour un séjour touristique ou professionnel de courte durée aux Etats-Unis, s'ils se sont rendus depuis 2011 en Irak, Iran, Syrie et au Soudan. Vis-à-vis de l'Iran, c'est un mauvais signal, quelques mois seulement après la signature de l'accord sur le nucléaire, estime Milad Jokar, analyste spécialiste de l'Iran et du Moyen-Orient et chercheur associé à l'Institut Prospective & Sécurité en Europe (IPSE).

    C'est un signal qui est très négatif alors que cette année il y a eu un accord sur le nucléaire, un accord historique qui laissait espérer de meilleures relations entre les Etats-Unis et l'Iran, et là c'est un signal très négatif qui est envoyé aux iraniens car une nouvelle fois, ils ont de quoi se sentir pointer du doigt. Surtout que l'Iran et les iraniens n'ont rien à voir avec les attentats qu'il y a eu à Paris ou ce qu'il y a eu récemment aux Etats-Unis à San Bernardino. Les iraniens se posent la question, pourquoi une nouvelle fois leur pays est ciblé et pointé du doigt pour des actions auxquelles ils n'ont rien à voir. Pourquoi l'Iran est inclus dans cette liste de pays.

    Jusqu'à présent, les européens été exemptés de visa, grâce au programme ESTA. C'est un formulaire à remplir en ligne, qui permet néanmoins aux services consulaires de procéder à des vérifications et contrôler les entrées sur le territoire américain. Milad Jokar y voit un acte délibéré de stopper ce processus (si ce n'est de rapprochement) de détente, engagé entre les deux pays.

    Les membres du Congrès américains trouvent un outil supplémentaire pour éviter qu'il y ait un rapprochement, il y a des influences qui existent de lobbying pour éviter qu'il y ait un rapprochement entre les Etats-Unis et l'Iran. L'Arabie Saoudite, par exemple, ou le Pakistan, ne font pas partie des pays qui sont ciblés alors qu'il y avait des passeports saoudiens parmi l'attaque du 11 septembre. A San Bernardino, il y a des liens qui sont prouvés avec l'Arabie Saoudite puisque les terroristes avaient été, dans le passé, en Arabie Saoudite ou au Pakistan. Or, ces pays-là ne figurent pas dans la liste des pays. Il y a une manœuvre politique derrière afin d'éviter un rapprochement entre les Etats-Unis et l'Iran.

    Abbas Araghchi, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, craint que cette loi n'affecte les échanges économiques, touristiques, scientifiques et culturels avec l'Iran et souligne la contradiction de cette mesure avec l'accord sur le nucléaire.

    C'est certain que là-dessus, on se pose des questions: dissuader les européens à aller en Iran, à créer du lien, alors que c'est la politique actuelle engagée par le président Rohani. On critiquait beaucoup le président Ahmadinejad pour ce qu'il pouvait faire du point de vue diplomatique, et maintenant qu'il y a un président qui enfin met la priorité sur son engagement avec l'Europe et les pays voisins, là il y a des bâtons dans les roues qui viennent de l'extérieur. C'est un contre-sens qui est évident et l'Union européenne a d'ores et déjà commencé à critiquer cette mesure, notamment les diplomates européens aux Etats-Unis, ont critiqué cette mesure en disant que c'était contre-productif et absurde.

    Barack Obama, Maison Blanche
    © AP Photo / Manuel Balce Ceneta
    Les bi-nationaux sont également visés, même s'ils n'ont jamais mis les pieds dans l'un des pays listés. A Washington, les ambassadeurs de l'Union Européenne et des 28 pays membres jugent cette mesure « discriminatoire » et « contre-productive » et menacent d'éventuelles représailles si les Etats-Unis imposent, pour des raisons de sécurité, ces visas. Gérard Larcher, président du Sénat, qui était en séjour à Téhéran, pense que la France doit s'exprimer sur cette nouvelle politique américaine.

    Si une réaction doit avoir lieu, c'est bien évidement le quai d'Orsay. M. Gérard Larcher était en Iran récemment, où il a pu en discuter avec les hautes autorités iraniennes. Mais la réaction devrait venir du Quai d'Orsay et envoyer un signal fort pour faire en sorte que ces mesures-là soient modifiées car ça n'a rien à voir avec le contre-terrorisme, étant donné qu'aucune des attaques n'est liée à l'Iran, ou des iraniens, ou des gens qui sont partis en Iran ces dernières années. La mesure est hors du cadre du contre-terrorisme, c'est plutôt quelque chose pour éviter tout rapprochement avec l'Iran.

    Entre l'Iran et les Etats-Unis, la reprise diplomatique a été un travail de longue haleine. Dans un contexte où la méfiance est encore immense, ce projet de loi semble dépasser le cadre purement sécuritaire. Cette réforme du programme d'exemption des visas vise les touristes de 38 pays (dont 30 pays européens) et fait partie de la grande loi budgétaire approuvée par la Chambre des représentants puis le Sénat, à une grande majorité. Malgré les nombreuses déclarations officielles pour la suspension des sanctions, la pression est coriace et l'exemple des visas n'est pas le seul: les premiers tests de bouclier anti-missile américains ont été récemment effectués depuis l'Europe, dans l'optique de contrer la menace balistique iranienne.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    loi, programme nucléaire iranien, Hassan Rohani, Barack Obama, Gérard Larcher, Iran, France, États-Unis
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