Ecoutez Radio Sputnik
Alexandre Latsa

Le rôle de la Russie dans la journée de la femme

© Photo.
Points de vue
URL courte
029600

J’ai déjà lors d’une précédente tribune évoqué l’émancipation des femmes en Russie, l’importance de leur rôle actuel dans tous les domaines de la société et même dans l’armée.

J’ai déjà évoqué lors d’une précédente tribune l’émancipation des femmes en Russie, l’importance de leur rôle actuel dans tous les domaines de la société  et même dans l’armée. Arriver à l’égalité de droits civiques entre hommes et femmes, ne pas tomber dans l’opposition entre revendications féministes et féminité, obtenir un statut solide pour les mères de famille pose encore beaucoup de problèmes dans de nombreux pays.

Dans ces domaines, la société russe a pris de l’avance depuis presque un siècle. Aujourd’hui dans de nombreux pays, les droits civiques des femmes sont encore presque inexistants, et dans d’autres pays un peu moins archaïques, les mouvements féministes qui luttent pour l’égalité des droits entre femmes et hommes rencontrent encore de grandes difficultés. Hier mardi 8 mars c’était la journée de la femme en Russie comme dans de nombreux autres pays du monde. C’est l’occasion de revenir aux sources.

Pour la sociologue française Françoise Picq, le mouvement d’émancipation des femmes en Europe trouve son origine dans la lutte des classes, et dans une volonté de contrecarrer l’influence du  féminisme petit bourgeois sur les femmes du peuple. Pour cette raison sans doute, le concept d’une journée de la femme est né en 1910 à Copenhague, lors de la deuxième conférence de l'Internationale socialiste des femmes. L’idée d'une telle journée est adoptée, sur une proposition de Clara Zetkin, représentante du Parti socialiste Allemand.

Cette idée s’inscrivait alors dans une perspective socialiste, internationaliste et révolutionnaire. En Russie, dès 1913, les femmes russes ont commencé à célébrer leur première Journée internationale de l’ouvrière et ce en organisant par exemple des rassemblements clandestins. C’est seulement quatre ans plus tard, le 8 mars 1917 (selon le calendrier Julien qui n’était pas encore en vigueur) que commence en Russie la contestation sociale à laquelle les femmes participeront activement. A Saint-Pétersbourg (Petrograd à l’époque) elles manifesteront aux cris de: “du pain, de la chaleur“, traduisant leur souhait de voir leurs maris revenir du front mais aussi leur contestation face à la misère et à la hausse du prix du pain. Ces émeutes de la faim sont une étape importante de la révolution bolchevique et contribueront à l’écroulement du régime impérial russe, en moins d’une semaine.

Dès 1919, le statut de la femme soviétique sera matérialisé dans un “Code de la famille“ qui  prône l’émancipation des femmes par le “travail et la maternité“ et qui garantit un grand nombre de droits nouveaux, notamment pour les femmes, comme l’accès aux soins et au marché du travail, ainsi que des aides à l’éducation et à la garde des enfants. Plus tard, en 1921, Lénine déclare que le 8 mars sera la "Journée internationale des femmes". Lénine rappelle à cette occasion que l’égalité homme/femme est une condition nécessaire à l’avènement d’une société nouvelle. En Russie, l’avortement avait été légalisé en 1917, et les femmes ont eu le droit de vote en 1918.  A titre de comparaison, les femmes françaises n’obtiendront le droit de vote qu’en 1944,  le droit à l’avortement en 1975 et ce n’est qu’en 1982 que la journée de la femme sera officiellement décrétée dans l’hexagone.
A l'époque de l'URSS, les femmes seront régulièrement mentionnées et mises en valeur par la propagande d’état. Elles seront d’ailleurs appelées à lutter contre le fascisme durant le second conflit mondial, confirmant leur rôle de citoyennes à l’égal des hommes, puisqu’elles sont aptes à défendre le pays en prenant les armes. Durant ce conflit meurtrier près de 800.000 femmes ont fait partie des troupes combattantes (médecins, infirmières, pilotes d’avion de bombardement ou snipers au front) et beaucoup d’entre elles ont été faites héroïnes de l’Union Soviétique. Pendant cette période, la phraséologie de l’idéologie communiste mythifie le rôle de la femme. Elle est associée à toutes les facettes de la société en marche.  Elle est mise en valeur par des textes, des images, par des films ou des monuments qui la montrent tour à tour ouvrière, paysanne, mère ou héroïne.

A la fin de l’URSS, en 1991, l’Institut allemand de la jeunesse coordonne une enquête sociologique sur la condition de la femme notamment en Russie. Il en ressort que en 1991, les femmes "représentaient 53 % de la population active et prédominaient parmi les spécialistes ayant une instruction secondaire ou supérieure". Egalement, il ressort de cette étude qu’une "majorité écrasante de femmes russes s'est orientée vers une combinaison de leurs rôles familial et professionnel, mais que seule une infime minorité d'entre elles a pensé à une véritable carrière professionnelle". Ce cumul des rôles est l’une des manifestations de la place qu’à la femme comme pilier de la société en Russie. L’effondrement de l’URSS et l’anarchie qui s’installera entraineront un renouveau provisoire du féminisme politique et revendicatif en Russie. Aux élections législatives de 1993, un mouvement politique des femmes de Russie obtiendra même 8% des voix, mais le phénomène ne durera pas car l’émancipation des femmes est il est vrai déjà totale et dès la fin du chaos libéral des années 90, l’état est revenu à sa conception de la femme en tant que mère, pilier de la famille et de la société. C’est tout le sens des mesures prises par le pouvoir russe dans les années 2000, pour relancer une natalité en chute libre.

La journée de la femme en Russie, le 8 mars n’a donc rien d’une journée de revendications, c’est au contraire une fête. L’atmosphère de la journée est toute en fleurs et charme, les hommes offrant des bouquets et des cadeaux aux représentantes de la gent féminine. Illustration de l’ambiance: les femmes qui travaillent au ministère de la défense (elles sont près de 40.000) ont cette année organisé un concours de beauté à l’occasion de cette journée, histoire de rappeler qu’elles sont avant tout des femmes. Car comme l’a dit le premier ministre russe l’année dernière à l’occasion de la journée de la femme: “nous estimerons toujours dans la femme ce qui fait qu'elle est unique: sa douceur, son élégance et son charme“.

"Un autre regard sur la Russie": Tunis, Le Caire, mais pas Moscou!

"Un autre regard sur la Russie": Far-Est?

"Un autre regard sur la Russie": Couleurs de Russie

"Un autre regard sur la Russie": Féminité vs féminisme?

"Un autre regard sur la Russie": Des critiques malgré les bombes

"Un autre regard sur la Russie": Polémiques vestimentaires

"Un autre regard sur la Russie": Made in Russia

"Un autre regard sur la Russie": Divine Carélie

"Un autre regard sur la Russie": La démographie russe, objet de tous les fantasmes

"Un autre regard sur la Russie": Moscou, capitale de l'Europe?

"Un autre regard sur la Russie": Vladivostok, une ville au bout du monde

"Un autre regard sur la Russie": Rio Grande

"Un autre regard sur la Russie": Mistral gagnant

* Alexandre Latsa, 33 ans, est un blogueur français qui vit en Russie. Diplômé en langue slave, il anime le blog DISSONANCE, destiné à donner un "autre regard sur la Russie".

 

Règles de conduiteDiscussion
Commenter via FacebookCommenter via Sputnik
Grands titres