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    Indignation à géométrie variable

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    Le président kazakh a réussi un véritable tour de force: recueillir 95,55% des suffrages lors d'une élection sans s'attirer les foudres de la communauté internationale.

    Le président kazakh, Noursoultan Nazarbaïev, a été confortablement réélu à la tête de son pays avec 95,55% des voix, au terme d'une élection boycottée par l'opposition. Chose étrange, le score faramineux de M. Nazarbaïev n'a pas déclenché le tonnerre de critiques que s'attirent la Russie ou la Biélorussie après chaque scrutin. Bien au contraire.

    Lassé par le processus démocratique, le chef de l'Etat, 70 ans dont 22 au pouvoir, avait tenté d'amender la Constitution afin prolonger son mandat jusqu'en 2020 sans élections. La tentative s'étant heurtée au refus de la Cour constitutionnelle, M. Nazarbaïev avait condescendu à se mesurer à d'autres candidats, et annoncé l'organisation d'élections anticipées. Echauffé par le sirocco de changement qui balayait l'Afrique du nord, le chef de l'Etat avait annoncé une série de réformes au mois de février.

    Pudiques, les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), présidée en 2010 par le Kazakhstan, ont indiqué que le scrutin n'avait pas été "une véritable élection démocratique".

    Les Etats-Unis, eux, ne cachaient pas leur satisfaction: "Nous félicitons le président Noursoultan Nazarbaïev pour sa réélection comme président de la république du Kazakhstan et sommes impatients de continuer à travailler avec lui et le peuple kazakh afin de réaliser notre vaste partenariat stratégique", a indiqué l'ambassade américaine à Astana après l'annonce des premiers résultats préliminaires. Des critiques sont mentionnées au passage, mais après les louanges: "Nous soutenons les conclusions préalables de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe et apprécions les progrès que l'OSCE a constatés. Nous appelons le gouvernement du Kazakhstan à résoudre les lacunes mentionnées dans le rapport".

    Mansuétude et hydrocarbures

    Très lié à Moscou, avec lequel il met en place un espace douanier commun comprenant la Biélorussie, le Kazakhstan est aussi un partenaire de longue date des Etats-Unis dans la région stratégique qu'est l'Asie centrale. Signe de cette proximité, le Kazakhstan avait soutenu la politique américaine en Irak, où il avait envoyé un contingent.

    Les relations n'ont certes pas toujours été au beau fixe: le président kazakh avait été inquiété en 2003 par la justice américaine lors du "Kazakhgate", une affaire de corruption liée au versement de commissions occultes par des compagnies pétrolières américaines dans le cadre de grands contrats pétroliers avec le gouvernement kazakh dans les années 1990 (Chevron et Exxon sont à la pointe de la production d'hydrocarbures dans ce pays d'Asie centrale). La vague des "révolutions colorées" qui s'est abattue sur la CEI entre 2003 et 2005 avec le soutien de l'Occident avait elle aussi distancié les deux pays.

    Entretenant un "partenariat stratégique" avec Washington, Astana reste globalement un allié pour les Etats-Unis dans l'espace postsoviétique. Malgré son appartenance à l'OTSC, un bloc militaire créé par la Russie afin de contrecarrer l'influence de l'Otan en ex-URSS, Astana mène un partenariat intense avec l'Alliance, notamment dans le cadre du transit vers l'Afghanistan.

    Limites de la démocratie planétaire

    Le scrutin kazakh confirme une triste leçon: les critères électoraux brandis par les missions d'observation constituent en premier lieu un atout pour discréditer les éventuels régimes hostiles, sans inquiéter le moins du monde les dirigeants loyaux, aussi malhonnêtes soient-ils.

    La propreté d'un scrutin ne pèse décidemment pas lourd face aux relations stratégiques unissant un régime avec l'Occident, qui tiennent lieu d'immunité. Qu'on compare la mansuétude témoignée à Nazarbaïev avec l'intransigeance que la communauté internationale a longtemps manifestée à l'égard de la Russie dans le domaine électoral. Indignation occidentale qui se déchaînait en début d'année encore contre la Biélorussie, où chaque élection déclenche un torrent de critiques et de sanctions.

    Le phénomène est lourd de conséquences: les hérauts d'une démocratie planétaire torpillent cette dernière en la convertissant en instrument d'ingérence et de pression. De l'Iran au Maghreb, en passant par l'Asie centrale et l'Europe de l'est, cette vision biaisée de la démocratie n'a pourtant pas dit son dernier mot. Empêtré dans ses contradictions, l'Occident continue de forcer l'histoire en créant de nouveaux traumatismes et de nouvelles rancœurs. Le jour semble bien lointain où l'on laissera aux peuples le temps historique dont ils ont besoin pour bâtir leurs démocraties, en harmonie avec leur évolution et leurs valeurs.

     

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