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    Discussion de femmes: Les Geeks doivent-ils hériter de la Terre ?

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    Je n’étais pas une fille populaire au temps de l’école. Je ne faisais pas partie de la clique des « filles à succès » et je n’avais pas de copain. Mes coups de cœur du lycée n’étaient pas réciproques simplement parce que j’étais trop timide à l’époque pour révéler le moindre signe d’intérêt envers le sexe opposé. J’étais nerdy et geek parfois, aussi.

    Je n’étais pas une fille populaire au temps de l’école. Je ne faisais pas partie de la clique des « filles à succès » et je n’avais pas de copain. Mes coups de cœur du lycée n’étaient pas réciproques simplement parce que j’étais trop timide à l’époque pour révéler le moindre signe d’intérêt envers le sexe opposé. J’étais nerdy et geek parfois, aussi.
     
    Tous ces souvenirs me sont revenus en mémoire la semaine dernière alors que je lisais des extraits d’un livre récemment publié « Les Geeks doivent hériter de la Terre » par la très applaudie journaliste et écrivain américaine, Alexandra Robbins. Les critiques, plutôt enthousiastes, l’ont déjà qualifié de « ode aux marginaux de la cafétéria ». Le message central du livre est que ceux qui n’appartiennent pas à la « caste des populaires » à l’école ont de grandes chances de réussir plus tard dans la vie. « Les caractéristiques mêmes qui excluent les marginaux de la cafétéria de l’école sont les mêmes traits qui feront leur succès à l’âge adulte et à l’extérieur  du cadre scolaire. » écrit Robbins. L’auteure met en évidence sept catégories de caractères qui composent le noyau du camp des parias : Le Joueur de Jeux Vidéo, Le Solitaire, La Fille Bizarre, Le Nerd, Le Geek passionné de Banque, La Nouvelle Venue et La Salope Populaire.

    Pour dire la vérité, je n’entrais dans aucune de ces catégories. J’étais plutôt comme Robbins qui se qualifie de « flotteur », de quelqu’un qui pouvait « s’assoir au déjeûner à des tables  de différents groupes » comme elle se décrit-elle-même. Moi aussi j’étais acceptée, et même appréciée de mes camarades de classe car j’étais amicale et divertissante. J’étais intelligente et j’avais en général de bonnes notes mais je ne me pensais pas jolie ou intéressante, du coup très vite j’ai joué le rôle de « L’Amuseuse ». Être une « fille drôle » a été ma façon de trouver ma place et d’attirer l’attention.

    Quand j’avais 16 ans, je suis allée étudier un an dans un lycée en Californie et j’ai découvert que la place de chacun dans la hiérarchie de la cafétéria a beaucoup plus d’importance dans la société américaine que dans l’environnement postsoviétique. Gagner sa place au soleil était difficile, voire impossible pour un étranger. Dans un lycée américain, un océan entier sépare les enfants populaires des autres. Faire partie d’un group élitiste semblait plus difficile à obtenir qu’une chambre à Buckingham Palace pour un enfant de la classe ouvrière. Je n’ai pas été la victime d’intimidations ou de moqueries, mais je ne suis pas devenue une fille « intégrée » non plus. Une timide adolescente russe avec des tresses et aucune expérience de shopping dans les centres commerciaux (je n’avais jamais fait de shopping avant d’aller aux États-Unis, portant surtout des vêtements que ma mère cousait pour moi) ne pouvait en aucun cas rivaliser avec les reines blondes revenant à maison avec les sourcils épilés et des petits copains footballeurs à la fac. Je suis devenue très amie avec une autre étudiante russe en échange et peu à peu nous sommes toutes les deux devenues d’une certaine manière invisibles. Un animal exotique au début, je suis devenue la parfaite « Nouvelle Venue devenue Nerd» étant trop timide pour maintenir des niveaux d’attention constants alors même que j’avais suivi la plupart des cours les plus difficiles. Si timide en réalité que personne ne m’a demandé d’aller au bal de promo du printemps (Ah ces larmes !...).

    Mais ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts. Et plus intéressants, insiste l’écrivain Alexandra Robbins. Les études révèlent que les difficultés à trouver sa place au début de son existence peuvent très bien rendre plus créatif, original,  autonome, résistant, courageux, passionné, authentique et beaucoup d’autres choses. En d’autres termes, une personnalité vraie. « Les enfants populaires ne savent pas forcement qui ils sont, car ils sont trop occupés à essayer de se conformer à ce qu’on attend d’eux. Ce sont les marginaux qui sont plus en phase avec ce qu’ils sont. Ils sont plus conscients, plus réels » dit Robbins.

    En effet, si on regarde la biographie des personnalités les plus brillantes, il se trouve que Le Nerd pourrait très bien devenir un jour Bill Gates, le Solitaire, Mark Zuckenberg, la Fille Bizarre, Lady Gaga, le Geek du Bancaire, Keith Richards et la Salope Populaire, Madonna. Je ne sais pas vraiment ce que sont devenus mes camarades populaires américains mais je sais ce que sont devenus les enfants impopulaires de mon école russe. Une timide fille  potelée dont on se moquait en classe de gym est devenue une beauté spectaculaire et une femme d’affaire pleine de succès.

    Une excentrique maigrichonne souvent assise au fond de la classe, une journaliste de talent et mère de deux magnifiques enfants, dont l’un adopté. Un marginal mal assuré qui rougissait quand il parlait aux filles, le top manager d’une chaîne télé internationale. Et un geek fan d’art que le gang du quartier tourmentait, le directeur créatif de l’un des meilleurs journaux de mode russe. Et la liste pourrait s’allonger.

    Quant à moi, quand je suis revenue des États-Unis et je suis entrée à l’Université d’Etat de Moscou dans le département de journalisme, mes jours d’impopularité (ou en tout cas, les tourments qu’ils causaient) étaient passés. J’étais simplement trop occupée. Occupée et heureuse. Les longues soirées solitaires m’avaient aidé à explorer mon identité et comprendre ce que je voulais vraiment. Et je n’ai jamais regretté de ne pas être revenue à la maison en tant que Reine. C’est avoir de la personnalité qui aide à traverser la vie sans problèmes et à en profiter au maximum.

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