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La souveraineté, base de l'unité du BRICS

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Sommet du BRICS à New Delhi (15)
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Chaque rencontre au sommet dans le cadre du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) engendre un nouveau cycle de débats sur la nature et les perspectives de ce format international inhabituel.

Chaque rencontre au sommet dans le cadre du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) engendre un nouveau cycle de débats sur la nature et les perspectives de ce format international inhabituel. Les commentateurs occidentaux sont plutôt sceptiques, considérant ce groupe de cinq pays comme le fruit d'une union fortuite et artificielle. D'ailleurs, même dans les pays membres, notamment en Inde et au Brésil, l'intérêt pour le processus de formation du BRICS est accompagné par de nombreux doutes quant à son avenir. En effet, il est difficile de trouver un groupe de puissances qui soient encore plus éloignées pratiquement sur tous les aspects – culturel, civilisationnel, géopolitique, démographique, etc. Le principe initial des "marchés émergents", d'après lequel la compagnie Goldman Sachs avait identifié le BRIC il y a pratiquement dix ans, ne colle pas: la Russie sort clairement du lot par rapport aux autres "lettres" qui se développent très rapidement. Les médias ont, d'ailleurs, repris volontiers la notion inventée par les experts du Conseil européen pour les affaires internationales de "Russie post-BRIC", qui sous-entend la stagnation et le déclin.

Cependant, le BRICS continue à se réunir régulièrement et attire, d'ailleurs, de plus en plus l'attention à chaque réunion. Quel est le secret d'une telle union?

Le BRICS est soudé et poussé au développement moins par la nécessité intérieure émanant des pays membres que par la situation globale dans le monde. Tout change de manière rapide et imprévisible, et les recettes pour régler les problèmes internationaux proposées par les leaders habituels (l'Occident), soit ne fonctionnent pas, soit donnent le résultat contraire. Il y a un besoin d'alternative, mais pour l'instant aucun des Etats jouant un rôle régional important, or ce sont eux qui composent le BRICS, n'a la possibilité (ou la volonté) de proposer une vision globale universelle. Séparément, il est plus avantageux pour chacun d'eux de rester dans l'ombre, car leur importance est reconnue de toute façon et que personne ne veut endosser de responsabilité. (Dans une certaine mesure la Russie est une exception, car elle a une inertie sur l'échiquier mondial, mais qui semble s'affaiblir.) Mais le monde devient de plus en plus multi éléments, et les puissances non-occidentales, en dépit de tous les doutes et différends, ne veulent pas laisser passer l'occasion de montrer leur solidarité.

Toutefois, cette aspiration est plutôt verbale et n'est pas vraiment mise en œuvre. Le potentiel du BRICS en tant qu'entité internationale influente ne se réalise pratiquement pas. L'histoire, l'année dernière, de la nomination du nouveau directeur du Fonds monétaire international (FMI) après le scandale de l'affaire DSK en est un parfait exemple. Même lors de sa nomination en 2007, on disait déjà qu'il serait le dernier Européen à occuper ce poste, qu'il était temps de renoncer à la tradition établie en 1944. Pour commencer, les pays du BRICS ont annoncé lors du dernier sommet en Chine leur intention de proposer leur candidat. Cependant, on à cessé d'en parler par la suite, et tous les pays de ce groupe ont préféré passer des accords séparés avec les Etats-Unis et l'Europe sur les conditions de soutien de leur candidat, après quoi la Française Christine Lagarde a été nommée directrice du FMI. Le BRICS a fait preuve d'unité sur la question libyenne pendant le vote au Conseil de sécurité des Nations Unies en mars 2011, mais au début de 2012 les positions des Etats membres étaient différentes sur la Syrie.

Il existe des différends bien plus forts qui font en permanence l'objet de griefs de certains membres du BRICS contre les autres. Le Brésil, l'Inde et l'Afrique du Sud se prononcent en faveur de l'extension du nombre des membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, dont la composition, comme tout le monde le reconnaît, ne correspond plus depuis longtemps à la répartition des forces dans l'arène internationale. Ces trois pays se considèrent comme des favoris évidents pour le choix de nouveaux membres permanents et, en principe, peu le contestent. Cependant, chaque fois que cette affaire arrivait au stade pratique, les membres permanents actuels du Conseil de sécurité, y compris évidemment la Russie et la Chine, commençaient à prétendre que cela ne les concerne pas et que dans l'ensemble c'est une question très complexe. Rien d'étonnant à cela, après tout dans l'histoire il n'est pratiquement jamais arrivé que des Etats ayant des privilèges les partagent volontairement avec les autres. Toutefois, cette situation a des conséquences négatives pour le renforcement et la consolidation du BRICS.

Dans l'article-programme de Vladimir Poutine consacré à la politique étrangère, publié à une semaine de l'élection présidentielle du 4 mars 2012, il perçoit positivement la coopération dans le cadre du BRICS, en soulignant un aspect fondamental. Le futur président russe constate un facteur d'unification dans le fait que tous les pays membres de cette alliance non seulement voient de manière similaire l'ordre mondial nécessaire (multipolaire) mais également, et surtout, partagent une valeur fondamentale: la souveraineté nationale en tant qu'élément structurel de base du système international. C'est une alternative conceptuelle à l'approche occidentale qui part du fait qu'aujourd'hui la souveraineté n'est plus aussi sacrée et inviolable qu'auparavant.

Une telle thèse n'est pas infondée. Tous les pays du BRICS sont des Etats ayant une souveraineté presque totale, autrement dit une large liberté d'action qui n'est pas limitée par des alliances formelles et ils disposent de capacités matérielles suffisantes. (De tels pays ne sont pas très nombreux dans le monde, les puissances européennes, par exemple, tout en ayant leur propre base économique sont souvent bien plus restreints sur le plan politique.) La question est de savoir si cette solidarité conceptuelle est suffisante pour la création du cadre qu'il sera possible de remplir par un contenu économique, géopolitique et idéologique. Ce processus est certainement lent et n'a aucune garantie de succès, bien que la capacité de la structure même du BRICS de se développer en dépit du scepticisme général laisse espérer que l'évolution va se poursuivre.



L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction

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