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Alexandre Latsa

Vers une nouvelle perestroïka

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Beaucoup de commentaires négatifs et sans doute inappropriés ont accompagné l’élection présidentielle en Russie.

Beaucoup de commentaires négatifs et sans doute inappropriés ont accompagné l’élection présidentielle en Russie. Bien que l’on ne parle plus beaucoup de fraudes, ni d’une quelconque illégitimité du futur locataire du Kremlin, le main-stream médiatique a de nouveau remis en avant la possibilité d’un pouvoir russe qui serrerait la vis ou encore d’une éviction totale de Dimitri Medvedev qui quitterait la vie politique, à cause du retour au pouvoir de Vladimir Poutine.

La théorie de la rupture entre les deux hommes avait, on s’en souvient, constitué l’une des principales bases d’analyse de nombre de commentateurs étrangers en vue de la présidentielle. L’idée développée par ces commentateurs était la suivante: Les deux hommes sont fondamentalement opposés, Dimitri Medvedev représenterait une Russie tournée vers la modernisation et l’ouest (comprenez vers la démocratie, les droits de l’homme et surtout la lutte contre la corruption crée par le capitalisme d’état sous contrôle des organes de sécurité) pendant que Vladimir Poutine représenterait une Russie archaïque et autoritaire, fermée et gangrenée par un vieux système sclérosé sous contrôle des organes de sécurité.

Pourtant les récents événements montrent que la rupture entre les deux hommes est à ce jour loin d’être une réalité. Sans surprise, et conformément a ce qui avait été prévu et annoncé, le nouveau président russe a nommé Dimitri Medvedev comme étant son futur premier ministre.

Cette théorie de la rupture s’était aussi propagée en Russie avant l’élection présidentielle, puisqu’un certain nombre de personnalités du monde politique russe avaient ouvertement pris position pour la candidature de Dimitri Medvedev, et donc indirectement contre la candidature de Vladimir Poutine. Dimitri Medvedev a donc fait preuve d’une solidité sans faille, n’écoutant pas  les sirènes et restant indifférent aux appels du pied d’une certaine intelligentsia libérale qui aurait souhaité l’utiliser comme tête de pont dans une manœuvre contre le "système Poutine", système qui selon cette intelligentsia bloque les espoirs démocratiques de la Russie postcommuniste. Pourtant, même si les Iphonchiki (fans d’Iphones) qui ont défilé durant ces derniers mois ne le reconnaissent pas, sept réformes majeures ont été proposées en décembre 2011 par le président Medvedev, et qui curieusement ont été passée sous silence par le Main-Stream médiatique.

-    Le  retour aux élections directes pour les gouverneurs régionaux.

-    La modification du système signatures nécessaires pour que les partis puissent s’enregistrer au parlement.

-    L’allègement de la procédure de création des partis politiques (500 signatures désormais nécessaires contre 45.000 aujourd’hui).

-    Le renforcement de la proportionnelle aux élections législatives pour améliorer la représentativité des petits partis. (ceux qui obtiennent moins de 5% et n’étaient jusqu’alors pas représentés).

-    L’abaissement du nombre de signatures nécessaires pour qu’un candidat s’enregistre à l’élection présidentielle. (300.000 au lieu de 2.000.000 jusqu’à maintenant pour les candidats de partis représentés à la Douma, et 100.000 pour les candidats de partis non représentés à la Douma).

-    L’augmentation de la représentation des partis d’opposition au sein des commissions électorales, pour assurer un vote et des décomptes justes.

-    L’accentuation de la décentralisation des organismes fédéraux, c'est-à-dire du niveau fédéral vers les échelons régionaux, municipaux et locaux.

Manifestement, cet agenda politique avait été préparé bien avant l’élection présidentielle, et il parait clair que ce n’était pas dans un contexte conflictuel entre les deux hommes. Au contraire, ces réformes annoncées  par Dimitri Medvedev ont sans aucun doute eu le soutien total de Vladimir Poutine. Elles laissent penser que la Russie pourrait entrer dans une nouvelle période, que l’on pourrait qualifier de "nouvelle perestroïka". Mais il est probable qu’à la différence de la "perestroïka naufrage" de Michael Gorbatchev qui avait amené le pays à l’anarchie, cette potentielle "nouvelle perestroïka" sera sans doute une perestroïka méticuleusement préparée et développée, sous contrôle. Comme l’avait annoncé le député Sergei Markov sur Ren-Tv le 11 décembre dernier, "la modernisation continuera sa route, pas par pas". Cette modernisation mise en avant par le président Medvedev dès son arrivée au pouvoir en 2008 sera donc sans doute visiblement l’un des éléments essentiels du développement de la Russie d’aujourd
’hui, et de demain. Pour l’analyste Alexandre Rahr, "Vladimir Poutine est visiblement prêt a donner carte blanche a un futur gouvernement Medvedev, pour poursuivre des reformes radicales". Le message serait clair: "le tandem existe toujours, et Dimitri Medvedev est plausiblement un leader politique de la génération russe suivante".

On voit donc bien que les mesures proposées par Dimitri Medvedev, dans le but de réformer la vie des partis politiques, ont le soutien entier de Vladimir Poutine et que le tandem n’a jamais été aussi soudé. Cette "nouvelle perestroïka" coïncide du reste parfaitement avec le ton qui a été donné au futur mandat de Vladimir Poutine, (2012-2018). Son porte parole a en effet récemment indiqué que: "Le nouveau Poutine (…) sait parfaitement où il va et ce qu'il devra faire", mais également que si "le premier et le deuxième mandat représentaient respectivement la réanimation et la restauration de la Russie, le troisième mandat de Vladimir Poutine serait celui du développement physique et spirituel du pays, de son économie et de tous les autres domaines".

Contrairement à certaines analyses donc, cette libéralisation-soft et cette ouverture politique annoncées sont un autre chapitre de la reconstruction de la Russie, qui vient après la restauration de l’autorité de l’état et le redressement de l’économie du pays.

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction.

* Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un "autre regard sur la Russie". Il collabore également avec l'Institut de Relations Internationales et Stratégique (IRIS), l'institut Eurasia-Riviesta, et participe à diverses autres publications.


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