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    Une nouvelle capitale pour la Russie?

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    Sergueï Choïgou, à peine nommé gouverneur de la région de Moscou, émettait début avril une proposition pouvant sembler de prime abord saugrenue, en appelant à conférer le statut de capitale de Russie à la ville de Novossibirsk, située géographiquement en plein centre du pays.

    Sergueï Choïgou, à peine nommé gouverneur de la région de Moscou, émettait début avril une proposition pouvant sembler de prime abord saugrenue, en appelant à conférer le statut de capitale de Russie à la ville de Novossibirsk, située géographiquement en plein centre du pays. "Plusieurs personnes en parlent. Et je pense moi aussi que la capitale doit être transférée plus loin dans le pays, en Sibérie", a déclaré M.Choïgou, lui-même originaire de la république du Touva, en Sibérie orientale.

    Proche du président élu Vladimir Poutine, M. Choïgou était auparavant ministre des Situations d'urgence, chargé de gérer les catastrophes naturelles et humaines. Très populaire, il s'est retrouvé catapulté aux commandes de la région de Moscou alors que la capitale et sa périphérie se trouvent au seuil d'une nouvelle ère. La dernière innovation est la création du "Grand Moscou", qui prévoit l'incorporation à la capitale de territoires appartenant à la région. Objectif: transférer le siège des institutions et d'autres organismes dans cette zone périphérique, afin notamment de désengorger le centre-ville. Des rumeurs persistantes affirment que l'on pourrait assister, à terme, à une fusion pure et simple de Moscou et de sa grande banlieue, donnant naissance à une gigantesque mégapole. L'idée un brin utopiste de M. Choïgou a le mérite de poser clairement la question: faut-il remodeler la capitale au risque d'y attirer un nombre encore plus important de personnes, ou au contraire miser sur d'autres villes en procédant à une redistribution territoriale des compétences politiques, pour l'instant concentrées à l'ouest de la Russie?

    Moscou et sa région: un monstre en pleine mutation qui compte entre 15 et 20 millions d'habitants. Selon le dernier recensement russe réalisé en 2010, Moscou cumule à elle seule 11.514.000 d'habitants, ce qui constitue une hausse de 10,9% entre 2002 et 2010. Un chiffrage qui ne prend pas en compte la région l'entourant, l'imposant "Podmoskovie", et ses 7 millions d'habitants au bas mot. Outre l'engorgement des transports, qui mine le quotidien des Moscovites, cette hypertrophie pose un problème plus large: alors que la population connaît un recul continu (même s'il ralentit), on note une hausse rapide du "poids" relatif de la partie européenne de la Russie. Désormais, Moscou et Saint-Pétersbourg comptabilisent 11,4% de la population russe, un chiffre qui ne cesse d'augmenter.

    Le risque de dépeuplement du centre de la Russie, et notamment de l'immense Sibérie et de l'Extrême-Orient, pourrait finir par poser au cours du XXIe de graves problèmes stratégiques. "Si nous ne réalisons pas un projet à grande échelle et à long terme de développement démographique visant à accroître le potentiel humain en mettant en valeur nos territoires, notre pays risque de devenir un "espace vide" dont le sort sera décidé par d'autres que nous", avait mis en garde courant février Vladimir Poutine. Le président sortant Dmitri Medvedev s'alarmait lui aussi, constatant qu'"en 20 ans, depuis 1991, la population de l'Extrême-Orient russe a baissé d'un quart, c'est énorme d'autant plus que même auparavant, la population n'y était pas du tout nombreuse". Le fantasme lié à la perte d'une partie du territoire russe sur fond de recul de la population n'a pas fini de hanter les esprits.

    D'autre menaces plus réelles pèsent sur le pays: le ras-le-bol des populations sibériennes, de plus en plus réticentes à jouer le rôle de "vache à pétrole" de la Fédération et hantées par un sentiment d'abandon, menace de constituer à terme un ferment de déstabilisation politique. La concentration croissante de la population à Moscou a fini par creuser un fossé social avec le reste du pays. En témoignent les manifestations de fin 2011-début 2012, principalement l'œuvre de la classe moyenne occidentalisée, tandis que le mouvement connaissait une répercussion bien moindre dans le reste du pays. Développement et organisation des territoires semblent s'imposer comme les deux défis incontournables de l'avenir de la Russie.

    Faut-il alors transférer purement et simplement la capitale? La Russie n'est pas novice dans ce genre d'opérations: les bolchéviks n'avaient pas hésité en 1918 à déplacer la capitale de Saint-Pétersbourg, trop enracinée dans son passé tsariste, vers Moscou, afin de consolider les institutions du nouveau pouvoir. Une décision qui s'inscrivait alors dans un contexte révolutionnaire. Répéter l'expérience en temps de paix comporterait un risque indéniable d'affaiblissement des institutions et du pays.

    Envisager le transfert pur et simple de la capitale vers d'autres contrées, afin de créer une dynamique centrifuge favorable au repeuplement et au développement d'autres territoires, relève malheureusement de l'utopie. Un scénario plus réaliste consisterait à envisager un éclatement progressif des fonctions étatiques au sein du territoire russe. Des expériences de ce type ont déjà eu lieu en Russie, notamment lors du transfert de la Cour constitutionnelle de Russie vers Saint-Pétersbourg, qui avait fait de la "Venise du nord" la capitale judiciaire du pays. La démarche, inédite dans l'histoire de la jeune Russie, comportait cependant peu de risques, la plupart de l'élite au pouvoir étant originaire de Saint-Pétersbourg.

    Reste donc à savoir si derrière les discours proclamant une volonté de développer le territoire russe de façon plus harmonieuse, les dirigeants du pays sont prêts à se lancer dans une politique de déconcentration du pouvoir, qui déplacerait le centre de gravité du pays. Si les risques sont conséquents, la réussite d'un tel projet pourrait ferait de la Russie cette "puissance eurasienne", dont les dirigeants russes ont toujours rêvé.

     

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction.


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