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    Alexandre Latsa

    Russie: éducation et modernisation

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    Lorsque la question de la gouvernance de la Russie s’est posée à la fin du second mandat de Vladimir Poutine, la Russie avait le vent en poupe. L’économie russe connaissait une forte croissance, les prix des matières premières explosaient et Russie Unie, le parti au pouvoir connaissait une popularité assez phénoménale.

    Lorsque la question de la gouvernance de la Russie s’est posée à la fin du second mandat de Vladimir Poutine, la Russie avait le vent en poupe. L’économie russe connaissait une forte croissance, les prix des matières premières explosaient et Russie Unie, le parti au pouvoir connaissait une popularité assez phénoménale. Le choix Medvedev était un choix sans doute bien réfléchi, et qui devait avoir plusieurs buts, parmi lesquels: envoyer un signal de détente aux occidentaux, et passer à la vitesse supérieure dans le projet essentiel de modernisation de l’économie. La guerre en Géorgie d’aout 2008 a quelque peu refroidi les relations avec l’Occident, quant à la crise financière américaine (des subprimes) qui a frappé la Russie en 2008, ses conséquences sur l’économie russe ont été relativement importantes. Ce n’est que cette année (quatre ans plus tard) que la Russie a totalement retrouvé son niveau économique d’avant crise.

    La modernisation est, et sera sans doute le grand chantier intérieur de la Russie pour ces prochaines années. De la capacité de la Russie à se moderniser dépendront sans doute tant le niveau de corruption, que l’attractivité financière ou encore son image dans le monde avec toutes les conséquences liées. Le discours "Russie en avant"  de Dimitri Medvedev de novembre 2009 a été interprété par les commentateurs du monde entier comme une nouvelle étape de cette modernisation forcée. Pourtant ce vaste chantier a été dès 2004 mis en avant par Vladimir Poutine. Pourquoi pas avant, c'est-à-dire entre 2000 et 2004? Parce qu’avant il fallait reconstruire l’état, et c’était un grand chantier prioritaire.

    Les élites russes sont conscientes que cette modernisation passera inévitablement par l’apport de technologies, de savoirs et de savoir faire de l’étranger (notamment de l’ouest), c’est sous son impulsion qu’a été créée "l’agence d’initiative stratégique". L’agence a des objectifs ambitieux. Elle veut devenir une structure facilitant l’émergence de jeunes leaders qui contribueront à la construction d’une nouvelle économie, pour faire de la Russie un des pays les plus attractifs du monde. L’agence devrait mettre en place jusqu’à 200 projets chaque année. Parmi les nombreux projets prévus, un programme ambitieux pour sponsoriser les cursus d’étudiants russes à l’étranger. Il s’agit de permettre à ces étudiants d’obtenir des diplômes occidentaux, et de se familiariser, à l’étranger, avec d’autres méthodes de travail.

    En échange de cette prise en charge financière, les étudiants concernés auront pour seule obligation de travailler au moins 3 ans en Russie pour des sociétés privés ou publiques, juste après l’obtention de leur diplôme. Si les étudiants refusent de revenir travailler en Russie, ils devront rembourser le prêt contracté auprès de l’agence pour financer leurs études. L’objectif du projet est clair : il s’agit d’améliorer la productivité dans l’économie russe.

    Le projet doit être lancé cette année (2012) et concerner 3.000 étudiants sur la période 2012-2015 : 250 en 2012, 900 en 2013, 1.200 en 2014 et 650 en 2015. Le projet est financé en partie par l’état mais aussi par des sponsors privés, principalement de grosses sociétés russes ayant déjà noué des partenariats dans le cadre de ce projet. Le budget alloué est de 125 millions de dollars sur la période 2012-2015. Les partenariats concernent 300 universités dans près de 25 pays. Les Etats-Unis sont en tête avec 66 établissements partenaires, suivis de l’Angleterre avec 28. Pour le reste, 61 établissements sont situés en Europe, 11 en Chine et 9 au Japon. Les projets concernés sont divers : Domaine scientifique, technologique, médical, social ou économique.

    Beaucoup de commentateurs ont critiqué la création de cet institut en estimant qu’il ne s’agissait que d’une pâle copie d’une expérience similaire menée par le gouvernement chinois dans les années 70, et qui a permis à prés d’un million d’étudiants chinois d’aller étudier à l’étranger. Pourtant, cette idée d’aller voir à l’ouest et observer ce qui s’y passe est également une vieille tradition russe. Le premier ministre russe a donc décidé de s’inspirer de la Chine dans la période moderne, mais également d’une vieille tradition russe.

    Le Tsar Pierre le Grand, père politique de la "Russie européenne ", modernisa le pays après être allé lui-même en Europe pour observer et apprendre, et ainsi tenter de combler le plus rapidement possible les retards technologiques que la Russie avait dans de nombreux domaines. Pour ce faire, le Tsar russe partit incognito en 1696 en Prusse (pour y étudier l’artillerie) mais aussi aux Pays-Bas et en Angleterre (pour approfondir ses connaissances en construction navale). Puis, Tsar de Russie, il tenta aussi d'encourager l'industrie et le commerce, et il envoya des jeunes à l'étranger afin d'améliorer leurs connaissances générales.

    La Russie ainsi s’inspire de modèles américains et asiatiques performants (Chine, Singapour..) qui ont une tradition de financement d’études à l’étranger pour leurs ressortissants. En outre, une des facettes du projet est également de permettre en 2020 l’apparition de facultés et universités russes de qualité mondiale, alors qu’à l’heure actuelle la Russie n’a pas une seule de ses universités classée parmi les 200 premières de la planète. Un objectif ambitieux alors que le budget de l’éducation est en baisse pour la période 2012 à 2015.

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction.

    * Alexandre Latsa est un journaliste français qui vit en Russie et anime le site DISSONANCE, destiné à donner un "autre regard sur la Russie". Il collabore également avec l'Institut de Relations Internationales et Stratégique (IRIS), l'institut Eurasia-Riviesta, et participe à diverses autres publications.

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