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    Des armes pour la Syrie?

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    Situation politique en Syrie (2930)
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    En septembre 1986, des missiles sol-air portables américains de type Stinger sont livrés aux Moudjhadines afghans, via le Pakistan. Ces engins, redoutablement efficaces, vont changer la donne militaire sur le terrain et poser de très sérieux problèmes à la 40ème armée soviétique.

    En septembre 1986, des missiles sol-air portables américains de type Stinger sont livrés aux Moudjhadines afghans, via le Pakistan. Ces engins, redoutablement efficaces, vont changer la donne militaire sur le terrain et poser de très sérieux problèmes à la 40ème armée soviétique. Un quart de siècle plus tard, on ignore toujours combien de missiles Stinger – et de Blowpipes britanniques – furent livrés par la CIA dans le cadre de l’opération Cyclone ; plusieurs centaines en tout cas. Combien d’avions et d’hélicoptères furent abattus? Là encore, les données exactes manquent, mais tous les spécialistes s’accordent à reconnaitre que ses livraisons furent l’un des moments importants de cette guerre, qui s’acheva deux ans et demi plus tard par le départ des Soviétiques. Sans que la paix ne revienne pour autant en Afghanistan…

    Sommes-nous en train de voir le même scénario se rejouer en Syrie? Le président français François Hollande est-il le nouveau « Good Times Charlie », le surnom de Charles Nesbitt Wilson, incarné sur les écrans d’Hollywood par Tom Hanks dans le film « la guerre selon Charlie Wilson », qui raconte comment toute cette opération fut montée?

    Comme le Royaume-Uni, la France souhaite aujourd’hui la levée de l’embargo européen sur les livraisons d’armes à la Syrie – en clair aux insurgés qui combattent le régime de Bachar al-Assad. « Nous avons comme objectif de convaincre nos partenaires à la fin du mois de mai, et si possible avant. Si d’aventure, il devait y avoir un blocage d’un ou deux pays, alors la France prendrait ses responsabilités » a assuré le président de la République le 14 mars. Comprenez que si l’Allemagne – hostile à la levée de l’embargo – s’y opposait, Paris et Londres passeraient outre et livreraient des armes aux rebelles. Il y a, sur cette question comme sur tant d’autres, matière à désaccord entre pays européens – qui semblent s’éloigner chaque jour un peu plus de la construction d’une politique étrangère et de sécurité commune… Mais c’est une autre histoire !

    L’urgence est aujourd’hui en Syrie. Au terme de deux années de guerre civile, on compte environ 70.000 morts et aucune perspective politique ne se dessine. Le pouvoir baasiste s’est bunkerisé et l’opposition armée radicalisée, notamment avec des groupes proches d’Al Qaïda, comme le front Al Nosra. Jour après jour, le pays s’enfonce dans l’horreur.

    Armer les insurgés est-il une bonne idée? La réponse n’est pas simple. On peut dire que c’est ajouter de la guerre à la guerre, mais les guerres s’achèvent aussi par la victoire militaire, donc par les armes ! On peut dire que c’est trop tard, qu’il aurait fallu le faire l’an dernier, mais mieux vaut tard que jamais! On peut dire que c’est insuffisant, qu’il faudrait une vraie intervention militaire, mais on sait que celle-ci est impossible, ne serait-ce que parce que le président Obama ne veut pas en entendre parler! On peut surtout craindre que les armes livrées tombent entre de mauvaises mains – comprenez les djihadistes les plus radicaux – mais est-ce une raison pour ne pas aider les groupes modérés, pour éviter justement que les plus extrêmistes ne sortent auréolés de la victoire? Les services occidentaux assurent qu’ils ont aujourd’hui suffisamment de garanties pour livrer des armes offensives à certains groupes combattants. 

    Ces livraisons sont aussi un signal politique destiné à accroitre la pression sur le régime Assad tout en renforçant nos alliés contre nos ennemis au sein du camp insurgé. Car, n’en doutons pas, ce n’est pas l’option de la guerre totale qui a été retenu à Paris. Pendant les livraisons d’armes, les discussions politiques continuent. L’affaire a été discutée lors de la récente visite du président Hollande à Moscou. Si la Russie est très hostile à la livraison d’armes aux insurgés, elle ne s’active pourtant pas moins à la recherche d’une issue politique. Russes, Américains et Français, chacun à sa manière, cherchent actuellement en Syrie des hommes susceptibles de devenir des interlocuteurs acceptables pour le camp d’en face. Y réussiront-ils? Rien ne le dit. Mais on ne peut que se réjouir de leurs efforts, sans doute plus parallèles que communs.

    La situation syrienne est déjà suffisamment tragique pour qu’elle ne devienne pas l’occasion d’un retour à la guerre froide. La tentation est là: en Russie comme à l’Ouest,  nombreux sont les « faucons » qui rêvent aujourd’hui d’en découdre. Ce serait ajouter la catastrophe à la catastrophe.

    L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction.

    * Jean-Dominique Merchet, journaliste spécialisé dans les affaires de Défense. Auteur du blog français le plus lu sur ces questions, créé en 2007. Ancien de l’Institut des hautes études de défense nationale. Auteur de nombreux ouvrages dont : « Mourir pour l’Afghanistan » (2008), « Défense européenne : la grande illusion » (2009), « Une histoire des forces spéciales » (2010), « La mort de Ben Laden » (2012).

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