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Dans la ligne de son programme politique, le nouveau gouvernement grec veut annuler le plan de privatisation du plus gros port de Grèce, suscitant l’inquiétude des investisseurs chinois, qui sont déjà là.

Les sociétés chinoises seront-elles chassées du Pirée? C'est en tous les cas ce que laisse entendre le nouveau gouvernement grec. A peine entré en fonction, le premier ministre Alexis Tsipras a voulu revoir les conditions de l'accord passé l'année dernière sous le premier ministre conservateur sortant Antonis Samaras sur la privatisation du port. En vertu de cet accord, l'armateur COSCO Group, ainsi que 4 autres entreprises chinoises étaient choisies pour acquérir 67% des parts que l'Etat grec possède dans la société du port du Pirée (OLP).

Conformément au programme de Tsipras, l'Etat doit rester propriétaire de l'OLP, car le port du Pyrée « est stratégique pour rebâtir l'appareil productif du pays ». Le nouveau vice-ministre de la Marine marchande Theodore Dristas a souhaité en outre réexaminer les conditions, sous lesquelles COSCO gère depuis 2009 les deux terminaux du port. Cela concerne notamment le chantier d'extension du terminal III du port, dans lequel COSCO a investi 230 millions d'euros.

Outre le Pirée, le gouvernement grec envisage aussi de renationaliser le port de Thessalonique, dans le Nord du pays.

Patriotisme grec et stratégie chinoise

Le port du Pirée, le plus gros de Grèce, est également l'un des principaux transporteurs de conteneurs en Méditerranée. Situé sur la route maritime Asie-Europe, non loin du canal de Suez, il a ouvert aux transporteurs chinois une nouvelle porte d'entrée en Europe.

Depuis qu'il est partiellement exploité par COSCO, le Pirée a été modernisé. Si en 2010 685.000 conteneurs ont transité par le port, ce chiffre a bondi jusqu'à 2,987 millions en 2014, selon les données statistiques chinoises. La coopération avec la Chine a permis également de créer au port 1000 emplois supplémentaires, permettant d'améliorer la situation sur la marché de l'emploi dans la région.

« Il est vrai qu'en 2008, lorsque les discussions sur la privatisation étaient menées, COSCO s'est déjà retrouvée confrontée à des difficultés », se souvient Xie Wenjing, chercheur à l'Institut de développement de la Marine Marchande à Shanghai. « Les sociétés grecques et les employés étaient réticents à l'idée de l'arrivée du capital étranger dans leurs entreprises. Mais à l'époque, la Grèce se trouvait au bord de la faillite, et le projet de privatisation du port était réalisé sous la contrainte économique ».

Grâce aux investissements chinois le port s'est transformé en une véritable plaque tournante du transport, profitant aussi à la Chine, car plus de 80% de marchandises chinoises arrivent en Europe par la mer.

« C'est un point stratégique pour la Chine en Méditerranée, permettant à ce pays de sécuriser ses routes maritimes vers l'Europe », explique à Sputnik Pierre Picquart, spécialiste de la Chine et professeur à l'Université Paris-8.

Prudence dans les prévisions

Restant prudents sur l'évolution du scénario concernant le port du Pirée, les experts chinois préfèrent ne pas se prononcer sur la question. En revanche les déclarations des experts étrangers sont largement reprises dans la presse chinoise.

« Le changement du régime politique représente une menace pour tout grand projet d'investissement », relativise Alexeï Kouznetsov, directeur du Centre des recherches européennes à l'Institut de l'économie mondiale et des relations internationales, repris par la presse chinoise. « Et je n'exclus pas que le gouvernement grec puisse revoir les conditions de l'accord avec la Chine. Mais je ne pense pas que la Grèce refusera le principe de coopération avec la Chine dans ce domaine ».

Interrogé sur la question de l'avenir des relations entre la Grèce et la RPC, Pierre Picquart se montre également prudent.

« Je ne pense pas que cette affaire aura une répercussion trop importante sur les relations sino-grecques », explique-t-il. « Les investisseurs chinois sont certes préoccupés puisque ce projet — dans sa dernière phase- va être renégocié. Mais les investisseurs chinois — pragmatiques- n'en sont pas à leur premier refus dans des tentatives d'investissement à l'étranger ». 

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

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Tags:
Grèce, Chine
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