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    Transporteur blindé des forces armées ukrainiennes près de Debaltsevo, le 20 février 2015

    De Minsk-2 à l’impasse militaire ukrainienne

    © REUTERS/ Gleb Garanich
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    Accords de Minsk-2 sur l'Ukraine (février 2015) (107)
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    Un sou est un sou, comme disent les Normands. Kiev en fait à l’heure actuelle l’expérience avec sa réserve alimentaire et médicale d’Etat quasi-épuisée et une situation économique désastreuse qui en fait un pays en semi-défaut de paiement dépendant des subventions octroyées au compte-goutte par le FMI. Analyse de Françoise Compoint.

    Entre le plan Marshall exorbitant des BHL-Wellmann-Risby et les promesses très peu fiables du FMI qui n'a pas l'intention de se faire saigner au-delà du raisonnable, il s'avère que la situation économique désastreuse qui règne dans l'Ukraine post-maïdanesque est loin d'être propice au financement de l'armée et donc à la poursuite de la campagne du Donbass.

    Voici quelques indices révélateurs. Le FMI n'en finit pas de faire miroiter devant Porochenko et son équipe des sommes extraordinaires, allant, selon les jours de la semaine et au gré de la météo, de 17,5 milliards de dollars à 44 milliards de dollars. Consciente du caractère abstrait de ces promesses que même la signature de Minsk-2 ne viendra pas matérialiser, Mme Iaresko, ministre des finances américano-ukrainienne, s'est dite satisfaite du versement éventuel de 10,6 milliards de dollars. Vu l'expérience de 2014 où l'Ukraine avait reçu 4,6 milliards de dollars au lieu des 17,5 milliards attendus (finalement étalés sur 4 ans), le rabais envisagé s'inscrit parfaitement dans l'ordre des choses.

    En réalité, l'objectif du FMI consiste à ne pas laisser l'Ukraine faire défaut. Il sera par conséquent question d'une aide injectée avec grande modération sachant que ceux qui ont investi dans les obligations ne sont pas prêts à perdre leur part. De fait, la somme revendiquée par la ministre des finances permet de couvrir, centime pour centime, la dette extérieure du pays. Il ne reste strictement rien à l'armée et aux aides sociales.

    Une tentative de restructuration de la dette avait été entreprise il y a peu. La Russie qui attend toujours d'être remboursée à raison de trois milliards a refusé de négocier faisant cette fois preuve d'une intransigeance sans précédent. Le FMI lui non plus ne fait pas de cadeau. Pourquoi en ferait-il?

    C'est là qu'intervient la mise en garde tout à fait redoutable de Christine Lagarde qui promet de suspendre le peu d'aide accordée si la guerre reprend dans le Donbass (déclaration datant de janvier 2015). Cette menace mise à exécution, l'Ukraine fera irréversiblement défaut.

    Or, nous apprenons que Washington entend déployer 600 paras en Ukraine qui devraient faire office d'instructeurs. C'est à croire qu'il n'y a pas d'instructeurs de l'OTAN, américains y compris, dans le Donbass. Ce renfort, s'il est avéré, signifie une violation flagrante du point numéro 10 des accords de Minsk prévoyant le retrait de toutes les troupes étrangères, des mercenaires et des armes lourdes. Il semble donc que les USA s'apprêtent à relancer la guerre au printemps, au plus tard vers l'été — le temps que la formation des FAU soit menée à bien — contre la volonté de l'UE et en dépit des intérêts ukrainiens. Le noeud se resserre. Soit Kiev tourne le dos aux impératifs bellicistes des States et accepte l'option de fédéralisation « élargie » prévue par la Novorossia, soit c'est le FMI qui lui tourne le dos. Le problème, c'est que le gouvernement kiévien ne peut rien refuser à ceux qui l'ont installé après le coup de force anticonstitutionnel du 22 février. Ce triste sort surtout comparable au fatum grec est celui de tous les gouvernements fantoches.

    Chornukhyne, Ukraine, le 2 mars 2015
    © AP Photo/ Vadim Ghirda
    Cet aperçu si peu rassurant nous ramène aux discours séduisants de BHL qui s'apercevant que l'Ukraine a besoin d'une somme de 300 milliards d'euros propose d'en répartir le versement entre le FMI — dont la vision pacificatrice s'accorde mal au va-t-en-guerrisme de Lévy — l'UE et les fonds souverains « tels que celui de la Norvège ». Autrement dit, si l'on exclut le FMI, l'avenir de l'Ukraine dépend en grande partie du contribuable européen qui souvent ne sait même pas situer Kiev sur la carte.

    Dans la mesure où BHL agit toujours en coordination avec le Département d'Etat, deux hypothèses sont à envisager: soit la guerre dans le Donbass se poursuivra et elle sera presque entièrement couverte par les peuples d'Europe jusqu'à ce que l'austérité ne conduise à des soulèvements conséquents à travers l'UE, soit le plan Marshall de BHL et consors n'est que du bluff destiné à rassurer Kiev face aux conditions du FMI et l'inciter à poursuivre la guerre jusqu'à son essoufflement total. Reste à savoir qui va financer les paras américains et le supplément d'instructeurs de tout poil attendu. S'ils débarquent, l'Ukraine signera son arrêt de mort économique.

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    Tags:
    Plan Marshall, accords de Minsk, Fonds monétaire international (FMI), OTAN, Union européenne (UE), Natalia Iaresko, Christine Lagarde, Piotr Porochenko, Norvège, Donbass, Ukraine, États-Unis, Russie
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