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    Militaires ukrainiens, Juin 5, 2015.

    L’OTAN, laissera-t-il tomber le Donbass ?

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    Situation dans le Donbass (2015) (227)
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    Beaucoup l’avaient prévu en février, suite à la signature de Minsk-2 : les hostilités reprendraient aux alentours de l’été avec une force accrue et ne conduiraient plus à un Minsk-3 ou Minsk-25 au fond synonyme de gel provisoire et d’attentisme. Analyse deFrançoise Compoint.

    Mais en réalité, faut-il croire que Kiev s'attend vraiment à briser l'axe de résistance Donetsk-Lougansk et à contrer une fort éventuelle escalade incluant à court terme Odessa et Kharkov? Des enjeux de prime abord évidents en dissimulent d'autres.

    Primo, il est connu que les accusations en miroir sont le dada d'une certaine presse que l'on pourrait qualifier d' « occidentaliste » quoique le terme « atlantiste » soit plus approprié. Dès les premières provocations des FAU relevées par l'OSCE autour de Mariinka, les médias français — entre autres — se sont focalisés sur une coïncidence en effet intéressante qui était alors la réunion du G-7 à Elmau. Le sous-entendu était simple: il fallait à la Russie, exclue du groupe l'année dernière dans le cadre des sanctions, un prétexte pour noircir Kiev et regagner de facto l'estime des Sept. Nous replongeons de nouveau dans un surréalisme indicible puisqu'il était dès le début clair, net et acquis que le seul responsable de la reprise serait par définition la Russie et ses alliés de méchants « rebelles pro-russes ». Même à imaginer que les leaders des deux Républiques autoproclamées, en concertation avec le Kremlin, aient donné l'ordre de relancer une offensive plus ou moins gelée mi-février pour faire ensuite porter le chapeau à Kiev, ils n'auraient fait que servir un scénario préétabli par le Pentagone et le Département d'Etat il y a plus d'un an. D'où l'absurdité des insuniations véhiculées par nos collègues de l'UE. En revanche, on retiendra que le chef de la diplomatie allemande avait appelé il y a quelques jours à réintégrer la Russie au groupe des Sept avant que la chancelière ne constate, comme par hasard suite au désastre de l'armée ukrainienne à Mariinka, que la Russie n'avait rien à faire dans le groupe parce qu'elle a échoué à se démocratiser.

    Donetsk après les bombes
    © Sputnik . Irina Gerashenko
    Parallèlement, n'oublions pas que la thématique rabattue des sanctions commençait progressivement à déserter les pages des grands journaux ce qui, loin de trahir une simple lassitude journalistique, n'était pas sans lien avec la volonté de plus en plus prononcée de la part des pays européens de renoncer à ce type de pression contre-productive et surtout auto-nuisibles sur la Russie. Mais les intérêts européens ne sont pas les intérêts étasuniens, on se tue à le répéter. Sans surprise, le G7 a donc convenu du maintien des sanctions. Contre tout bon sens et néanmoins dans le sens du poil des néo-conservateurs américains.

    Enfin, comme ces derniers ont échoué à entraîner la Russie dans le brasier otano-ukraino-donbassien mais qu'il n'est pas dans leur nature tenace de renoncer, on les voit qui bouleversent cet ordre relatif et fragile qui existe aussi à sa façon dans le désordre en nommant Saakachvili agitateur numéro 1 dans la ville hautement stratégique d'Odessa et en poussant la Moladavie (lire la Roumanie), entre autres par l'intermédiaire de ce mercenaire politique, à récupérer la Transnistrie ce qui revient à la livrer en pâture à Bucarest contre la volonté d'un peuple moldave à seulement 31%. Une provocation en dissimule donc une autre entraînant une réaction en chaîne tant du côté ukrainien que russe la Russie ne pouvant laisser éclater un nouveau scénario ossète dans une région majoritairement russophone. La conjonction de ces deux facteurs — reprise sanglante dans le Donbass et discours ambigus ukraino-moldaves vis-à-vis de Tiraspol — n'est pas sans envenimer une situation qui devrait soit se résoudre d'une façon ou d'une autre durant l'été, soit dégénérer jusqu'à déborder de ses frontières actuelles. La deuxième option suppose une forte augmentation de l'aide financière et militaire atlantiste.

    Voici l'analyse d'Alain Benajam, directeur du Réseau Voltaire et secrétaire générale de l'association Novopole qui représente la RPD en France.

    Radio Sputnik. « Pensez-vous que le renforcement des hostilités que l'on observe cette dernière semaine dans le Donbass, notamment dans la DNR, pourrait dégénérer en un conflit autrement plus vaste qu'on ne le croyait? Si oui, en quelles circonstances?

    Alain Benajam. On ne peut pas apprécier la situation aux frontières de la Russie, dans le Donbass, et maintenant avec l'affaire de la Transnistrie qui va émerger, sans s'intéresser aux raisons pour lesquelles les Anglo-Saxons cherchent à isoler la Russie depuis toujours. Ce sont eux qui ont inventé le terme « containment »! Cette activité anti-russe anglo-saxonne a pour origine leur volonté de vouloir accéder à ce qu'eux-mêmes appellent le Heartland, c'est-à-dire cette île du monde qui leur échappe constamment. Il n'y a qu'à l'époque eltsinienne qu'ils ont cru un moment pouvoir y mettre la main. Cette politique de containment et d'isolation de la Russie est perpétuellement menée depuis la guerre de Crimée, la guerre de Mandchourie avec les Japonais, etc. Elle a notamment pour objectif la coupure de la Russie de l'Europe occidentale, en premier lieu de l'Allemagne et c'est par le biais de multiples provocations que les Anglo-Saxons cherchent à l'entraîner dans un conflit de type afghan dans lequel elle s'embourberait. De quels types de provocations s'agit-il?

    Maison endommagée par des tirs. Donetsk
    © Sputnik . Irina Gerashenko
    La plupart du temps, il s'agit de l'extermination d'un maximum de civils prévoyant l'usage d'armes lourdes dans les zones d'habitation. Il n'est évidemment pas question de frappes colatérales puisque ce sont bien les quartiers résidentiels qui sont visés. Concrètement dans le Donbass, l'objectif consiste à tuer le plus possible de civils de manière à faire réagir la Russie. Par rapport à Mariinka, nous savons parfaitement par le biais d'Erwan Castel présent sur les lieux et qui a participé à la contre-attaque qu'il s'agissait là de provoquer les républicains pour les amener à l'offensive et de lever ensuite les bras au ciel en dénonçant la violation flagrante de Minsk-2. Les organes de propagande ont donc lancé la légende des 9000 soldats russes dans le Donbass que les républicains rêveraient de voir débarquer un de ces jours! Nous sommes dans la fiction pure, simple et obstinée qui permet de proroger l'application des sanctions. Bien qu'inspirées initialement des USA, elles engagent la marionnette européenne et surtout allemande en continuant à arguer la présence de ces 9000 soldats russes et l'offensive de l'armée de la DNR.

    S'y ajoute l'affaire de la Transnistrie qui ne saurait laisser le Kremlin indifférent en cas d'attaque. Tout renfort militaire russe éventuel devra transiter par le territoire ukrainien ou moldave ce qui arrangera les théoriciens du chaos. Ce n'est pas pour rien qu'ils ont installé leur marionnette, Saakachvili, à la tête de l'oblast' d'Odessa.

    Radio Sputnik. La Russie poursuit sa politique attentiste (j'emploie l'expression au sens neutre). Ruinée par ses oligarques, endettée comme jamais, l'Ukraine n'a plus les moyens de ses ambitions la guerre lui coûtant très cher. Qui plus est, il semblerait que l'Occident — l'UE en premier lieu — commence progressivement à se désintéresser de l'Ukraine. Se pourrait-il donc que le conflit vienne à s'épuiser faute de financement et d'enthousiasme de la part de ses commanditaires?

    Alain Benajam. D'abord, il faut bien voir que les Européens entre guillemets ne sont que des marionnettes sans enracinement. Ils ne sont ni français, ni allemands. Ce sont des agents de USA qui ne réagissent qu'en fonction des ordres qui leur sont donnés. Qu'on se le dise, il n'y a pas de politique européenne. En réalité, les Anglo-Saxons n'ont rien à faire de l'Ukraine, strictement rien! Bien au contraire! Si l'Ukraine était complétement abattue, ils en tireraient profit puisque l'enjeu final est que la Russie ne puisse pas continuer son partenariat historique avec Kiev. N'oublions pas que sous l'URSS l'Ukraine était le berceau de son activité militaire et aérospatiale. Il s'agit donc de démonter ce pays — ça leur a déjà réussi — de couper les ponts entre l'Europe occidentale et la Russie — ça leur a également réussi — et d'entraîner la Russie dans une vaste guerre ce qui, en revanche, ne leur réussit pas ».

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

    Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que la responsabilité de son auteur. Elles ne reflètent pas nécessairement la position de la rédaction de Sputnik.

    Dossier:
    Situation dans le Donbass (2015) (227)
    Tags:
    G7, OSCE, OTAN, Union européenne (UE), Alain Benajam, Odessa, Kharkov, Novorossia, Lougansk, Donbass, Donetsk, France, Ukraine, Russie
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