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    Vladimir Poutine (à droite) à Milan

    De l'isolement imaginaire de la Russie

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    Poutine est prêt à tout, nous insinue notre mainstream bien-pensant ... même jusqu'à aller pleurer sur l'épaule de sa Sainteté pourvu que celle-ci passe ensuite un prompt coup de fil au Parlement bruxellois et lui demande d'annuler les sanctions. Analyse deFrançoise Compoint.

    Cette brève mise en contexte effectuée, je donne la parole à Jean Géronimo, géopoliticien de premier plan, universitaire, auteur du livre « La pensée stratégique russe: Guerre tiède sur l'échiquier eurasien ».

    Radio Sputnik. « Poutine avait rencontré mercredi dernier Matteo Renzi et le pape François. Selon certains médias, il s'agissait pour lui de rompre avec un "isolement diplomatique" manifeste depuis que la Russie ne figure plus dans le groupe des Sept. Partagez-vous ce point de vue? Le Kremlin, se sentirait-il vraiment isolé?

    Jean Géronimo. Je ne partage pas complétement ce point de vue dans la mesure où l'isolement a commencé depuis déjà un bon moment. La Russie a donc acté cette stratégie de l'Occident qui est de l'isoler pour lui faire payer ce qu'elle appelle l' « annexion » de la Crimée. Cela étant, au sein de ce que fut le G-8, la Russie a toujours eu un statut particulier, c'est pour cela qu'on l'avait appelé pendant un certain nombre de temps le G-7+1. Elle s'est toujours efforcée de maintenir une forme de dialogue dans la continuité et de s'intégrer au maximum au coeur de la communauté internationale. Il est donc question d'une stratégie de long terme qui reste, qu'on le veuille ou pas, une stratégie d'ouverture. Ce constat m'amène à développer trois points.

    D'abord, la stratégie d'isolement a été impulsée par le Président Obama. Rappelons-nous son discours de janvier 2009 devant le Congrès lors duquel il s'était flatté de réussir sa stratégie isolationniste contre l' « agression » russe. La Russie en a tenu compte et a conséquemment réadapté sa stratégie internationale. Elle s'est appuyée sur le renforcement de l'axe eurasien et le renforcement de l'axe des BRICS avec en particulier la Chine et l'Inde.

    Par ailleurs, le G-7 ne représente plus que 32% du PIB mondial. C'est donc une sorte de club symbolique des pays riches qui peut être considéré comme une résurgence de la guerre froide puisqu'il est fondé sur des rapports de force qui étaient caractéristiques de cette dernière mais qui ne sont plus représentatifs des rapports de force actuels dans la mesure où ils font fi des économies émergentes. Le G-7 se fait ainsi l'élément constitutif d'une gouvernance mondiale nullement démocratique car avant tout sous tutelle américaine, désuète, et qui reflète cet unilatéralisme ou unipolarisme que condamne Poutine.

    En découle l'accélération de la stratégie eurasienne du Président russe qui elle est fondée sur le long terme ce que beaucoup d'experts occidentaux, à tort, ne veulent pas reconnaître. Ceci étant, la Russie n'a jamais exclu l'UE des négociations et ne s'est jamais opposé à l'établissement d'une zone de libre-échange avec celle-ci dès que les conditions seront réunies ce qui rejoint l'image de cette grande Europe du général de Gaulle et celle du projet de Gorbatchev d'une grande Europe élargie de l'Atlantique à l'Oural. La seconde composante de cette stratégie eurasienne, c'est l'Asie qui en sort grandement renforcée, je pense notamment à la Chine, à l'Inde et à l'Iran. Poutine en profite au passage pour hâter la mise en oeuvre de l'Union économique eurasiatique qui a officiellement été instaurée cette année. Il profite également — l'opportunisme étant un trait notoire de sa politique — de sa situation d'isolement actuel pour reprendre le contrôle de l'étranger proche, c'est-à-dire la CEI, en opérant un renforcement régional sur la base de trois axes: l'Union économique eurasiatique, l'Organisation de coopération de Shangaï avec la Chine et enfin l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) avec le coeur de l'ex-URSS. On voit donc comment Poutine réussit à transformer en point fort ce qui était initialement un point faible.

    En conclusion, on constate que la Russie n'est pas isolée mais c'est un Etat en cours de repositionnement international et de restructuration de ses alliances davantage aujourd'hui vers l'Asie.

    Radio Sputnik. Renzi a soutenu le maintien des sanctions anti-russes, la pape a jusque-là conservé une neutralité historiquement typique du Vatican. Croyez-vous, comme le pensent certains experts, que Poutine veuille essayer de faire fléchir ses partenaires occidentaux par le biais du Saint-Siège?

    Jean Géronimo. Il faut revenir aux diverses dimensions du comportement de Poutine tout en mettant en relief trois aspects prédominants. C'est un stratège, un excellent communiquant mais c'est aussi quelqu'un qui a une dimension humaine à ne pas sous-estimer.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Jean Géronimo, Vladimir Poutine, Vatican, Italie, Russie
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