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    Les drapeaux de la Grèce et de l'UE

    Banquier d’affaire: "Il est de l’intérêt de la Grèce de quitter l’euro"

    © AP Photo/ Petros Giannakouris
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    Jean-Pierre Thomas est fondateur de Vendôme Investments, et ancien associé-gérant de la Banque Lazard ; c’est un spécialiste de l'économie russe. Il a reçu de l'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, avec l'accord des autorités russes, une mission officielle afin de développer les relations économiques entre la France et la Russie.

    RS. Les Grecs viennent de se prononcer. Qu'en pensez-vous en tant que banquier et homme public?

    Jean-Pierre Thomas. D'une part, l'Europe a suffisamment avancé dans son intégration économique: nous ne sommes une Europe ni confédérale, ni fédérale. On voit un choc asymétrique — il y a des problèmes dans une région ou dans un pays… On voit que l'Europe doit énormément faire face à des difficultés comme un grand pays fédéral — les Etats-Unis — doit faire face quand il y a un problème dans un Etat. L'Europe est suffisamment avancée mais cela révèle un vrai problème de la construction européenne. Soit il faut aller différemment, soit il faut aller plus loin mais il faut modifier les choses.

    Deuxièmement, un peuple vient de s'exprimer: donc on est démocrates ou on ne l'est pas et avec une majorité très forte. Par conséquent, on voit très bien que la politique menée jusqu'ici à la demande de la Communauté Internationale ou de l'Union Européenne, a échoué et le peuple grec n'en veut pas. L'économie n'équivaut pas à la comptabilité. L'économie se fait avec des hommes et des femmes en chair et en os! Et quand un pays ne veut pas aller dans une direction, on ne peut s'attendre à ce que la comptabilité le fasse. Quand il est clair aujourd'hui qu'il faut trouver une solution, personnellement et entièrement à mon avis, je suis favorable que la Grèce sorte de l'euro. Qu'on organise cette sortie en bon ordre, dans le calme et je pense que les marchés ne bougeront pas beaucoup. On voit que les gens compétentes restent très calmes. Ce matin les variations boursières sont très relatives. A partir de ce moment-là, je pense que l'on pourrait reprendre le chemin de l'organisation européenne et en tirer des leçons pour mieux organiser l'Europe. Je ne pense pas qu'il y ait l'effet boule de neige. Je ne crois pas à l'effet systémique comme on le dit savamment. Je pense juste que ce pays n'a pas les moyens de supporter dans le cadre de l'UE ce qu'il doit supporter: ils ne peuvent pas. Il faut aussi que les pays européens, notamment la France, disent la vérité à la population. Nous avons 60 milliards engagés. Un jour ou l'autre nous serions obligés de le dire aux Français. Ces 60 milliards quelque part sont plus ou moins perdus; Les prévisions du FMI qui représente une organisation sérieuse parle d'un remboursement étalé sur des dizaines d'années. Il faut à un moment aussi savoir dire les choses à la population clairement et arrêter la farce.

    RS. On trouve dans toute l'Europe des réactions opposées très controversées de la part, tant des politiques, que des économistes. Qu'en pensez-vous? La Grèce va-t-elle de sortir de l'euro?

    Jean-Pierre Thomas. La Grèce est, certes, un pays ami. Qu'elle reste dans l'euro. Mais je pense qu'il serait grand temps d'en tirer une conclusion. L'Europe impose une discipline et la Grèce ne veut pas s'exécuter. En plus, quoi qu'on lui ait imposé, tout a échoué. Ça ne marche pas. Je pense qu'il est de l'intérêt de la Grèce est de revenir à la monnaie grecque: il y aura certainement une dévaluation et un renchérissement des matières importées et d'autres problèmes. Il n'y pas que l'Europe — on sait que la Chine commerce avec la Grèce ou que M.Tsipras a été invité par le président Poutine ce qui est peut-être naturel pour deux pays qui ont la même tradition orthodoxe. Et on sait que la Grèce n'a pas à craindre d'être seule. On l'a très bien vu lors du Forum Economique de Saint-Pétersbourg. Je pense qu'il faut le considérer avec sérénité.

    RS. Ne croyez-vous pas que M.Tsipras pourrait se rendre au sommet des BRICS?

    Jean-Pierre Thomas. Je ne le pense pas. Je pense que cela serait un peu prématuré. Je pense que le premier ministre grec va essayer de négocier en force parce que la population est évidemment massivement derrière lui. Je pense notamment que l'Allemagne ne va pas l'accepter bien que cette prise de position n'engage que moi. Et j'ai regardé ce matin les déclarations d'Alain Juppé ou Valéry Giscard d'Estaing qui était d'ailleurs favorable à l'époque à l'entrée de la Grèce dans l'UE. C'est que l'on ne peut vivre tout le temps dans l'hypocrisie générale. Je crois que le peuple grec a clairement indiqué où il veut aller. L'Europe doit être démocratique puisqu'elle donne des leçons de démocratie au monde entier: Il faut savoir s'appliquer ces règles.

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