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"Mais s'il y a un échec, cette fois-ci (...), il n'y aura plus d'espoir". C’est ce qu’a déclaré Staffan de Mistura, l'émissaire de l'Onu, au sujet des pourparlers de paix actuellement en cours à Genève.

Et les obstacles sont bien là: représentants indéfinis, conditions multiples, interprétations divergentes. Cinq ans de guerre, six mois de négociations: comment peuvent se dérouler des négociations sans la présence de tous les belligérants? En effet, les kurdes ne sont, pour l'heure, pas représentés. Nesrin Abdalla, commandante de la branche féminine des Unités de Protection du Peuple (YPJ), estime que si les kurdes ne sont pas présents pour décider ensemble d'un processus de paix, alors ce sera un échec:

Actuellement, malgré le conflit au Moyen-Orient, la région la plus calme est la région kurde, le Rojava. Il y a plus de 700.000 réfugiés, en majorité arabes, qui sont venus s'installer dans cette région, à qui nous apportons aide et soutien. Nous les défendons face à l'agression extérieure. Je pense que le fait que nous ne figurions pas à la troisième conférence de Genève, c'est à cause des intérêts politiques et ethniques des Etats. Une solution ou une réponse qui sortirait de cette troisième conférence n'aurait aucune légitimité car le peuple qui a combattu sur place, qui a obtenu le plus de victoires et réussi à faire reculer les barbares, c'est nous. Et nous avons un système d'autogestion démocratique basé sur la fraternité des peuples, sur la justice sociale. Donc, ne pas reconnaître la légitimité des Kurdes, faisant comme partie de la Syrie, c'est trouver une réponse qui n'aura aucune portée.

Les négociations ont démarré lundi à Genève mais pourraient se prolonger sous une autre forme. La Russie a demandé à ce que les kurdes soient représentés. La Turquie notamment s'y oppose: mais le 11 février prochain, les chefs de la diplomatie américaine et russe John Kerry et Sergueï Lavrov pourraient trancher la question lors d'une rencontre à Munich, en marge d'un sommet sur la sécurité. Président du groupe d'amitié franco-syrienne à l'Assemblée nationale, le député (PS) Gérard Bapt sait que rien n'est gagné:

Cela dépend, bien entendu, de la décision américaine. Parce qu'ils vont devoir tordre le bras à la fois de la Turquie et de l'Arabie Saoudite. Et ce n'est pas commode pour John Kerry, cette situation. Il est inconcevable que les kurdes, qui sont au premier rang dans la bataille contre l'Etat Islamique et ses alliés, et au moment où l'on veut associer Ahrar al-Cham qui est l'allié d'Al Nosra au Nord-Ouest de la Syrie, il est inconcevable que les kurdes puissent être exclus de ces négociations.

Les discussions s'annoncent "difficiles et compliquées", a d'ores et déjà prévenu Staffan de Mistura, car les divergences stratégiques sont profondes entre les différents acteurs. Ces discussions sont censées lancer un processus politique afin de créer un organe de transition dans les six mois. L'opposition et ses alliés réclament une autorité de transition sans le président syrien Bachar al-Assad, alors que Damas et ses alliés envisagent un gouvernement élargi à l'opposition. Qui pourrait représenter les kurdes de Syrie? Yekbun Eksen, représentant de la Coordination nationale démocratique des Kurdes de France, explique:

C'est ce qui posait problème à "Genève 2", c'est qu'il y a deux forces kurdes, deux représentations différentes qui représentent le PYD. Le parti a été le fer de lance de la lutte anti-Daech, au début du conflit contre Al-Nosra. C'est celui qui porte justement l'idée d'une autonomie démocratique pour le nord de la Syrie à travers le Rojava. C'est un parti politique, donc son co-président Saleh Mouslim devrait y participer. Il est d'autant plus légitime que les représentants des trois cantons eux aussi devront y prendre part: en tant que représentants des cantons et le PYD en tant que force dominante dans le Rojava, qui a justement fait en sorte que les cantons puissent exister, que la défense puisse s'organiser et qu'un projet de société naisse à travers cette défense.

Si les kurdes sont des acteurs incontournables et déterminants sur le terrain, ils sont écartés des négociations de paix à Genève. Mais John Kerry et Sergei Lavrov pourraient leur permettre d'y assister: à moins que ce ne soit au tour des Turcs de boycotter les négociations, si le PYD était représenté. Mercredi 3 février, Stephan de Mistura a annoncé une "pause" des discussions de Genève sur la Syrie jusqu'au jeudi 25 février.

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Tags:
négociations, Kurdes, YPJ, Front al-Nosra, ONU, Nesrin Abdalla, Staffan de Mistura, Genève, Proche-Orient
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