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    To Brexit, or not to Brexit?

    © AFP 2018 Johannes Eisele
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    Marco Rumignani
    Le Royaume-Uni en attente du référendum sur le Brexit (2015) (77)
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    David Cameron, le Premier Ministre britannique, s’est rendu ce Lundi 15 Février à Paris, trois jours avant le sommet européen de Bruxelles. L’adhésion britannique à l’Union Européenne est en pleine renégociation, alors qu’un référendum portant sur la sortie du Royaume-Uni pourrait se tenir en Juin. « To Brexit, or not to Brexit » ?

    Une idée qui fait peur à toute l'Europe, mais que Cameron a promise aux Britanniques: un référendum portant sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne. En ce moment, le gouvernement britannique renégocie sa position au sein de l'UE.
    Beau nombre de pays y voient un danger pour la cohésion de l'Union; en effet, si ce référendum (qui pourrait être soumis au peuple britannique dès cet été 2016) devait aboutir, cela reviendrait à retirer le royaume des accords et des obligations le liant aux 27 autres Etats membres.

    A commencer par la France, qui refuse que les Etats membres de l'UE (mais n'ayant pas adopté l'Euro) puissent bloquer les décisions des pays de la zone Euro; par ailleurs, Paris ne peut accepter ce que la France considère comme un remaniement des acquis communautaires (Traités européens, accords bilatéraux, jurisprudence communautaire).

    Les nouveaux pays membres de l'UE, dont l'immigration a maintes fois été dénoncée par les politiciens britanniques comme menant au dumping salarial et à un assistanat social coûteux, ont fait part de leurs inquiétudes quant aux limitations sociales que Londres désire adopter.

    Le 2 Février, Donald Tusk, Président du Conseil Européen, a lancé une renégociation de la dernière chance: une sorte de nouveau traité entre l'UE et le Royaume-Uni afin de répondre aux griefs de Londres. Inacceptable pour l'ensemble de la classe politique britannique, surtout que ce traité ne concerne ni les questions relatives à la crise migratoire, ni la fiscalité, ni la finance.

    De son côté, Jean-Claude Juncker, président de la Commission Européenne, a déclaré qu'il n'y avait pas de « plan B » en cas de non-aboutissement de la renégociation. Renégociation qui sera au centre des discussions du sommet européen de Jeudi et Vendredi de cette semaine. Un accord auquel Cameron veut bien croire, et qui serait une « base solide » selon lui.

    Malheureusement pour lui, « it's a long way to tipperary », comme dirait la chanson. Par ailleurs, Cameron a lui-même ajouté, malgré son optimisme quant à la renégociation: "rien n'est réglé tant que tout n'est pas réglé".

    Au regard du poids économique britannique, l'effet boule de neige aurait comme conséquence une fuite de pays dont les gouvernements sont actuellement eurosceptiques; ce serait le début de la fin de l'Union, et le retour de l'Association Européenne de Libre Echange (AELE) comme principale entité interétatique du continent. C'est ce qu'a énoncé hier le Premier Ministre Manuel Valls, en parlant de « risque de dislocation inévitable » lors d'un meeting à Corbeil-Essonnes.

    John Laughland, Directeur de l'Institut de la Démocratie et de la Coopération, nous explique en quoi a consisté la rencontre Hollande-Cameron ce Lundi:

    «Je pense qu'ils sont en train de négocier les derniers détails, du moins ils l'espèrent, d'un accord qui sera présenté Vendredi au Conseil; il s'agit notamment de faire la quadrature du cercle sur le principe d'allocations familiales, qui sont accordées à des travailleurs immigrés venus d'autres pays de l'UE, mais dont les fonds sont rapatriés dans leur pays d'origine. »

    En effet, le projet de renégociation de l'adhésion, proposé par Junker, permet au Royaume-Uni de limiter les aides sociales aux immigrants venant des nouveaux pays membres depuis 2004. Mais ce n'est pas la seule préoccupation de Londres. En effet, Cameron désire une meilleure garantie de la préservation de la souveraineté britannique (abrogation de l'effet contraignant des décisions de la Cour Européenne des Droits de l'Homme à l'égard de la législation britannique) et de l'indépendance financière de la City, ainsi que des allégements dans l'intégration du marché commun, afin de permettre au pays de traiter avec ses partenaires commerciaux avec davantage de souplesse.

    De manière plus large, quelles seraient les conséquences d'un « Brexit »?

    « Un Brexit porterait un coup presque fatal à l'idéologie de la construction européenne, et aurait des conséquences pour les autres pays membres, qui resteraient à ce moment-là toujours membres. (…) L'UE est basée sur une notion d'une union toujours plus étroite entre les peuples et les pays; et si un pays, après 50 ans d'adhésion, décide de quitter l'Union, le but de l'UE n'aura pas réussi; peut —être que d'autres pays réfléchiraient à suivre l'exemple britannique. »

    Sur le plan économique d'ailleurs, le « Brexit » favoriserait la création d'emplois et la croissance selon certains; cela pousserait beau nombre d'entreprises à quitter le sol britannique, selon d'autres.

    Un récent sondage effectué auprès de sociétés britanniques et allemandes, situées sur le territoire britannique, a montré qu'un tiers d'entre elles retireraient leurs activités du royaume, si le référendum poussait à quitter l'UE; ceci concerne surtout les secteurs des hautes technologies, la haute finance, et les multinationales. Sans compter les augmentations des tarifs douaniers, donc de trajets, pour les personnes et les marchandises, le « Brexit » mettrait en danger les filières des voyages, du tourisme et des compagnies de transport (aériens, navals, ferroviaires). Ce n'est pas un hasard si les grands groupes financiers comme Goldman Sachs ou JP Morgan sont de grands donateurs de la campagne en faveur du maintien du Royaume dans l'Union.

    Les avis à ce sujet sont partagés, mais les avantages d'une sortie du pays de l'UE seraient plus forts, car au final, le Royaume —Uni garderait les mêmes partenaires économiques, et renforcerait son indépendance financière à l'égard de Bruxelles, ce qui a été son avantage principal depuis son adhésion (soumise à condition à l'époque). C'est l'argument soutenu par les petites et moyennes entreprises britanniques.

    «Les partisans britanniques de l'UE disent que cela entrainerait une fuite d'entreprises; mais personnellement, je n'y crois pas beaucoup, parce qu'en fait le Royaume-Uni a obtenu plusieurs dérogations de certains aspects fondamentaux de la constructions européenne, comme la monnaie unique, et aussi parce que le Royaume-Uni se porte économiquement bien, même mieux que certains autres pays; c'est-à-dire que ce n'est qu'en refusant d'accepter les pires éléments de la construction européenne (notamment l'Euro) que le Royaume-Uni s'en est un peu mieux sorti que les autres; donc je ne vois pas pourquoi les entreprises quitteraient le pays. »

    Le Brexit pourrait-il bel et bien être accepté en référendum?

    « Il y a tout à fait des chances qu'il soit accepté. Les sondages ont donné le camp des opposants à l'adhésion gagnant avec un écart qui varie entre 4 et 10% (…), mais tout dépendra, comme dans tout scrutin, du taux de participation; (…) tous les résultats sont donc possibles, et il est tout à fait possible que le référendum soit pour une sortie, et il est possible qu'il soit pour le statuquo. »

    C'est que les sondages les plus récents auprès des Britanniques ne sont ni favorables aux termes de la renégociation, ni au maintien du Royaume-Uni dans l'UE: 56% des sondés en Février se disent en faveur d'un départ de leur pays de l'UE, tandis que plus des deux tiers des sondés voient négativement la renégociation du traité pour le Royaume-Uni. Un désaveu général à l'encontre de l'UE donc.

    Le parti Travailliste, dans l'opposition, a déclaré plusieurs fois que cette proposition de renégociation ne fera que mener vers un « Brexit ».

    Les différentes formations eurosceptiques ont explosé ces dernières années, qu'elles soient élues (UKIP) ou associatives (Vote Leave), la plupart apolitiques (ni de gauche ni de droite).

    En bref, plus que jamais, la Grande-Bretagne est en passe de se détacher du reste du continent.

    David Cameron a bien expliqué que, pour lui, il s'agissait de la dernière chance pour le maintien du Royaume-Uni au sein de l'Union. C'est aussi une façon de s'accorder à la fois les votes des eurosceptiques et des europhiles.

    Las, la mayonnaise ne prend pas. Ou plutôt ne prend plus.

    En ajoutant à cela la crise grecque (qui ne finit pas), celle des migrants (aucune vraie politique migratoire européenne n'a été mise en place), verrait-on la fin de l'Union?

    Aucune entité politique n'a existé sans secousses; mais dans le cas européen, il s'agit véritablement d'un désastre tellurique, qui s'accumule à d'autres, et sans solution.

    L'économiste Jacques Attali, pourtant europhile de la première heure, avait déclaré en 2010 que la crise financière de 2008 allait amener une crise économique que l'Union devait résoudre, et que les solutions apportées jusqu'ici (alors en 2010) n'étaient qu'en demi-teintes (ni complètement nationales, ni complètement communautaires), et que l'on allait droit vers un délitement de l'Europe.
    Un délitement qui pourrait bel et bien avoir lieu à partir de Juin 2016.

    Tirez les premiers, messieurs les Anglais!

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

    Dossier:
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    Tags:
    Union européenne (UE), David Cameron, Royaume-Uni, Londres
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