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    Film « Black »  des réalisateurs Adil El Arbi & Bilall Fallah

    Censure légale et autocensure: le film "Black" ne sera pas diffusé en France

    © Photo. Capture d'écran: Youtube
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    Molenbeek fascine, Molenbeek effraie. Alors que des circuits touristiques s’organisent dans cette commune bruxelloise tristement et mondialement célèbre pour avoir abriter les cerveaux des attentats parisiens, le film belge « Black » traitant de sa jeunesse, ne sortira pas en France.

    « C'est dommage, c'est triste », déplore Laurence Gochet, la directrice de Paname Distribution, qui a vu le film « Black » interdit au moins de 16 ans puis boudé par les salles françaises, trop frileuses à l'idée de passer un tel film dans le climat post-attentat actuel et qui risquerait de surcroit d'attirer un public « indésirable », compte tenu de la restriction d'âge… Pourtant, le film « Black » des réalisateurs belges Adil El Arbi et Billal Fallah n'est pas un appel à la violence. Pourquoi les salles ont-elle renoncé à le diffuser? Laurence Gochet nous explique:

    Parce qu'il a subit une interdiction aux moins de 16 ans par la Commission de classification et qu'aujourd'hui sortir un film interdit aux moins de 16 ans en France est très compliqué. Il y a une réticence des circuits qui veulent éviter d'avoir des problèmes aux contrôles à l'entrée des salles suite à cette interdiction. Et là en plus, le film raconte un Roméo et Juliette dans les gangs urbains à Bruxelles, précisément à Molenbeek. Je pense que dans le contexte actuel, ça les a refroidit encore plus. C'est à dire qu'il y a vraiment une inquiétude sur ce que ça peut entrainer comme problème dans ce climat, je ne vais pas dire de paranoïa mais… voilà c'est compliqué.

    Une interdiction aux moins de 16 ans qui a engendré une avalanche de refus de la part des exploitants de cinémas français. A l'exception de Kinepolis, un multiplexe du nord de la France, présent aussi en Belgique. Un incident s'est produit dans une de ses salles, ce qui a probablement nourri le choix des exploitants français. Lors d'une projection la semaine dernière, des jeunes de moins de 16 ans ont acheté des billets pour un autre film puis tenté d'entrer dans la salle qui projetait Black. Refoulés de la séance, il y a eu des échauffourées et la police a dû intervenir pour calmer le jeu. Pour la directrice de Paname Distribution, le cinéma était bien conscient que les émeutes avaient été provoquées non pas par le film, mais par l'interdiction:

    Je ne comprends pas cette politique. Je trouve cela extrêmement dommage. Au-delà de cette censure, qui est une censure légale, il y a une espèce d'autocensure supplémentaire qui fait que les conséquences de cette censure du CNC sont plus graves que ce qu'elles ne devraient être. Parce qu'un film interdit aux moins de 16 ans devrait pouvoir sortir dans les salles et être proposé à l'ensemble des spectateurs de plus de 16 ans. Et aujourd'hui, cela devient plus difficile. Le film n'est pas une incitation à la violence, c'est une histoire d'amour, c'est un Roméo et Juliette, deux membres de gang urbain à Bruxelles, donc ce n'est pas un film qui fait l'apologie de la violence, ou qui est là pour exciter les foules. Au contraire, c'est un film qui a un regard moral, c'est un film qui condamne, qui décrit une réalité qu'il condamne, qu'il juge, donc ce n'est pas ce film en soit, c'est cette interdiction qui pose problème.

    L'étiquette « interdit au moins de 16 ans » et la crainte qu'il y ait des problèmes au contrôle ont fait reculer les salles françaises. Les distributeurs ont fait le choix de renoncer à sa diffusion en salle, préférant le e-cinéma pour être vu du plus grand nombre.

    Donc l'interdiction en soit pourrait ne pas être un problème si ça ne bloquait pas un certain nombre de salle pour sortir le film. Par exemple, le circuit UGC refuse de manière quasi systématique de sortir les films interdits aux moins de 16 ans. Ils ont peur de problème dans les salles, d'émeutes, de problèmes au contrôle. En plus, ils jugent que ce sont des films qui, de manière générale, attire un public qu'ils ne souhaitent pas avoir dans leur salle, sous-entendu des jeunes un peu énervés.

    Des problèmes de diffusion qui rappelle ceux rencontrés avec les films « Made in France » ou encore « Salafiste », documentaire qui vient par ailleurs de passer d'une interdiction de moins de 18 ans à moins de 16 ans et est diffusé dans quelques rares salles françaises. Le film Black a été primé à Toronto et à Gand en Flandre. Selon Paname Distribution, le film a reçu un bon accueil en Belgique avec 200 000 entrées. Le public français devra se contenter d'un visionnage en e-cinéma, dont la date de sortie sur les plateformes VOD reste à fixer.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    Tags:
    censure, cinéma, Black (film d'Adil El Arbi et de Billal Fallah), Laurence Gochet, France
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