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Réelle, actuelle, injustifiée, nécessaire, simultanée, proportionnée à l’agression – ce sont les différents types de légitime défense. Celui employé par la Turquie sur le territoire syrien reste à définir par Recep Tayyip Erdogan.

S'il y a encore quelque jour le président turc se concentrait sur la Syrie, désormais il parle de « tout autre endroit où les organisations terroristes sont implantées » et qui menaceraient la Turquie et ses citoyens.

Ainsi Erdogan s'autorise à mener toutes sortes d'opérations sur le territoire d'un pays tiers si c'est jugé indispensable par son gouvernement et lui en personne. D'après Jean-Claude Allard, expert des concepts opérationnels et d'emploi des forces, le chef d'état turc joue sur l'instabilité de certains pays dans la région et une éventuelle intervention turque ne serait pas possible:

« Vraisemblablement non, puisque cela dépend de la constitution de la constitution de la force de l'état du pays dont il parle, il peut s'agir d'un pays où une partie du territoire est déstabilisé comme c'est le cas de la Syrie, ou d'un pays où l'ensemble de territoire est déstabilisé, c'est le cas de la Libye, et on sait que la Turquie a aussi des liens avec l'islamisme en Libye. Ce qu'on a observé jusqu'à présent ce que le président turc est venu plusieurs fois en Europe sois devant l'OTAN dont il fait partie d'ailleurs en prétextant que le conflit en Syrie le menaçait. Je rappelle qu'en 2013 l'OTAN a déployé des missiles sur l'air à la frontière turco-syrienne pour protéger les turcs contre Assad mais on ne voit pas très bien pourquoi l'aviation d'Assad irait frapper la Turquie, mais tout ceci sont des prétextes vraisemblablement. Donc jusqu'à présent les pays occidentaux n'ont pas mis réellement le hola à cette exploitation de la déstabilisation de la Syrie, dont Erdogan veut profiter ».

Le terme de « légitime défense » a vite été employé après l'attentat du 17 février à Ankara. Le lendemain le gouvernement turc en un temps record a retrouvé le coupable qui serait bien évidement kurde et lié à YPG et PKK. YPG n'est reconnu comme groupe terroriste par aucun autre pays. Et YPG comme le PKK ont démenti tout lien aux tueries à Ankara. Mais la Turquie mène quand même une opération contre ces forces. Jean-Claude Allard explique que le gouvernement d'Erdogan suit un exemple à « l'occidental »:

« Parlant de légitime défense, le Président turc veut s'inscrire dans une espèce de légitimité internationale, puisque si on va en 2001, les Etats-Unis avaient invoqué la légitime défense pour lutter contre Al Qaeda que ce soit en Afghanistan puis ensuite au Proche Orient, et aussi très récemment la France également a invoqué la notion de légitime défense lorsqu'après avoir participé aux bombardements en Irak mais pas en Syrie, elle a en septembre 2015 étendu son action et sa participation aux bombardements à la Syrie. Donc Erdogan là aussi veut donner une couverture pouvant être reconnue par les Etats occidentaux à ces menaces».

La politique menée par la Turquie a été reconnue comme violente à plusieurs reprises, mais ses alliés irons-ils jusqu'à tourner le dos à Erdogan qui est en pleine éruption de menaces et d'accusations depuis un bon moment?

« Les premiers alliés à tourner le dos à la Turquie…il faut d'abord voir quels alliés sont important dans l'affaire ce sont les Etats-Unis puisqu'ils sont en dialogue avec la Russie sur un cessez-le- feu et que le président Obama a une ou deux fois déjà a demandé à la Turquie de faire des efforts notamment de fermer carrément sa frontière et éviter que l'Etat Islamique puisse exporter son pétrole et importer ses combattants via la frontière syro-turque. La France a protesté mais mollement et en état actuel des choses ce n'est pas très virulent, et puis les autres pays sont moins impliqués donc ce n'est pas eux nécessairement qui vont aller de l'avant. Il y a un autre pays influant dans la région et dans la coalition, c'est l'Arabie Saoudite mais on observera qu'elle avait annoncé tout comme la Turquie il y a quinzaine de jours qu'ils étaient prêts à se déployer au sol pour combattre l'Etat Islamique, mais surtout pour avoir les forces de leurs pays sur le territoire syrien ainsi aider les groupes rebelles qu'ils souhaitent aider plus que lutter contre l'EI ».

La Turquie avance dans l'agressivité indéniable, frappe ceux qu'elle considère comme terroristes, emploie la légitime défense mais pour le moment l'Occident continue à demander gentiment à son allié de ne pas faire tout cela sans utiliser de vrais moyens de pression. La patience occidentale serait-elle sans fin? A voir.

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Tags:
politique, Recep Tayyip Erdogan, Turquie
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