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Jean-Luc Mélenchon, candidat à la présidentielle française de 2017, mais sans parti, a créé le buzz après son passage à l’émission « On n’est pas couché » du Samedi 20 Février, en affichant son soutien à Poutine et aux forces armées russes dans leurs actions en Syrie. Retour sur un politicien décomplexé.

Ce soutien n'est pourtant pas nouveau, il l'avait affiché aussi dans l'émission «Preuves par 3 » sur la chaîne Public Sénat durant l'Automne 2015.

Selon lui, Al Qaeda et DAECH sont à mettre dans le même panier; « on soutient al Qaeda en Syrie quand ils se battent contre le régime syrien, mais on les combat en Afghanistan »; même chose avec DAECH lorsqu'il s'agit des Kurdes. C'est un véritable « méli-mélo géopolitique », pour reprendre ses propos.

« Les russes avaient signé un accord en 2012 pour qu'il y ait une transition démocratique en Syrie. Pourquoi n'y en a-t-il pas eu une? Parce qu'à ce moment-là les gouvernements américains et français ont convenus que cela ne leur convenait pas. (…) Il y a donc un risque d'embrasement et de guerre mondiale », a-t-il ajouté. « Je ne suis pas d'accord pour qu'Al-Assad tombe à n'importe quel prix. »

Les « rebelles modérés » sont bels et bien une minorité

Ce Samedi, il a précisé que « la véritable raison d'être de cette situation relève de la politique énergétique: la Turquie désire faire passer des oléoducs et gazoducs à travers la Syrie pour éviter que les Russes ne prennent de trop près l'Europe à la gorge. (…) Je suis pour ce que DAECH soit écrabouillé et pour que les Kurdes gagnent.»

De « grandes » causes ont été défendues en Afghanistan, en Irak, en Libye, au prix d'un chaos total. Au Moyen Orient, les grandes puissances (Arabie Saoudite, Turquie, Iran, Qatar) sont en guerre d'influence, par le biais d'intermédiaires.

Au journal Les Inrockuptibles, il déclare: «je suis contre les frappes françaises en Syrie, et contre le droit d'ingérence (« Right To Protect ») », qu'il considère comme une stupidité.

Il s'oppose à la stratégie de bombardements, qui tuent des civils, citant les cas des évènements du Yémen (bombardements saoudiens), et de l'hôpital afghan bombardé par l'OTAN.

« Je ne veux qu'un retour à la paix; il faut une coalition universelle, et s'allier avec les Russes » conclue-t-il.

Son soutien à Poutine relève-t-il du pragmatisme (prendre le fléau du terrorisme à sa source), ou bien soutient-il la Russie pour des raisons idéologiques? M. Nikola Mirkovic, écrivain, nous répond:

«M. Mélenchon est tout à fait sincère dans son soutien; je pense que dans son camp politique le fait de défendre la souveraineté des nations (que cela soit dénoncer les attaques de l'OTAN ou des Occidentaux dans les pays arabes, en Afrique ou ailleurs) est classique, et c'est tout à fait logique avec la prise de position de Mélenchon samedi soir; ce qui est peut-être plus surprenant, c'est ce soutien à la Russie et à Poutine avec un langage très direct: il dit que Poutine va régler le problème, que ce sont les russes qui ont coupé les communications qui sortaient le pétrole de DAECH; c'est certainement un peu pragmatique, car il entre en campagne pour la présidentielle, mais c'est sincère de sa part.

Décomplexé, assurément, mais surtout libre, car Mélenchon se présente sans étiquette partisane, mais idéologique, aux présidentielles de 2017.

« Je vous propose ma candidature » lance-t-il, mais à qui? Il n'est membre et ne représente aucun parti. Il ne croit pas aux primaires, dans lesquelles, on vote non pas pour celui avec lequel on est d'accord, mais celui qui aurait les plus de chance d'être au 2nd tour.
Le soutien qu'apporte Mélenchon à Poutine est-il représentatif de celui de la Gauche non gouvernementale? Celle-ci a-t-elle une vision de la géopolitique au Moyen-Orient? Djordje Kuzmanovic, Secrétaire national du Parti de Gauche en charge des questions internationales et de défense, nous explique.

« Je ne suis pas certain que l'on puisse parler de soutien à Poutine, ce n'est pas dans ces termes-là que M. Mélenchon a abordé le débat, même si cela apparaît comme tel. La France a une longue tradition historique au Proche-Orient, surtout en Syrie, (…), et l'on doit prendre les mesures nécessaires pour combattre DAECH et Al Qaeda, et de facto, l'intervention russe semble avoir de l'effet contre ces groupes terroristes. (…) La position de Mélenchon est donc pragmatique, et devrait être celle du chef de l'Etat.

Palais de l'Elysée
© AFP 2020 Patrick Kovarit
Nous nous étions retrouvés proches de la position de Poutine lors du sommet des chefs d'Etat à l'ONU, où il était proposé une intervention sous mandat de l'ONU (ce que nous défendons), qui n'a pas été accepté par Hollande et Obama, et qui avait déclenché l'intervention russe unilatérale. (…)

Des négociations globales, pas seulement le volet militaire, avec le gouvernement syrien et tous les acteurs régionaux et locaux: les différentes tribus de Syrie et les Kurdes; d'ailleurs c'est la Russie, par Lavrov, qui avait insisté pour que les Kurdes participent aux négociations à Genève, ce qui a été refusé par l'Arabie Saoudite, un poids trop important dans cette affaire, et qui soutient des organisations terroristes. »

Mélenchon s'oppose à la loi El-Khomri, qui selon lui, nous ramènerait à un droit du travail digne du 19ème siècle. En effet, selon lui, le vrai progrès social s'inscrit dans l'héritage et la continuation des acquis pour lesquels Jean Jaurès s'était battu. Mélenchon parle de législation « esclavagiste », une retraite à 66 ans au lieu des 65 obtenus aves Jaurès.

Une autre vision de l'économie, qu'il propose comme basée sur la demande, et non l'offre. En effet, une réforme de l'aide sociale reviendrait à moins indemniser les personnes au chômage, alors que leur nombre ne cesse de grandir, ce qui fait la part belle au dumping salarial.

Ce que propose Mélenchon est une forme de patriotisme économique non financier, l'inverse selon lui de la politique de Hollande.
Mais dites voir, M. Mélenchon, n'essaieriez-vous pas d'être gaulliste? D'autant que l'intéressé plaide pour une sortie de la France de l'OTAN.

A l'heure actuelle, des milliers de manifestants protestent en Serbie contre la politique de rapprochement de Belgrade avec l'OTAN, et, ce, alors que les bombardements américains ont tué deux humanitaires serbes, prisonniers de DAECH, en Libye.

La position de Mélenchon est-elle symptomatique d'une partie de la population européenne (de gauche comme de droite) qui se retrouve dans l'action russe en Syrie, et ne se retrouve plus dans la politique extérieure des pays européens? M. Mirkovic nous donne son point de vue.

« Vous avez tout à fait raison; il y a une lame de fond aujourd'hui qui traverse la totalité du spectre politique à travers toute l'Europe de la gauche à la droite, où les Européens réclament leur indépendance par rapport à la stratégie de Washington et veulent clairement se différencier et récupérer leur souveraineté.

Mélenchon ne surfe pas sur cette vague-là, car c'est son opinion, mais ses positions sont celles qu'on peut trouver chez des Républicains (comme Mariani), chez des Chrétiens-Démocrates (comme Poisson) ou au Front National (Marine Le Pen).

Les milliers de manifestants dans les rues de Belgrade ce weekend dénonçaient un accord signé entre Belgrade et l'OTAN. De nombreuses personnes commencent à comprendre quels sont les enjeux de ces guerres de l'OTAN; ce ne sont pas des guerres pour la démocratie, ni pour la paix, ni pour les droits de l'Homme, mais des guerres économiques dont les seuls bénéficiaires sont les grandes entreprises pétrolières et la grande industrie de ce que John Perkins appelle la corporocratie américaine; les peuples se rendent compte de cela, et c'est un signe positif que cela traverse la totalité du spectre politique. »

Décomplexé et libre, Mélenchon part, contre vents et marées, dans un combat qui parait éloigné de celui du gouvernement, mais qui rejoint une logique belle et bien européenne.

Au final, on retrouve bien là ce qui fait la notoriété de M. Mélenchon: quelqu'un d'attaché à ses valeurs, qui se moque des étiquettes, et qui pointe du doigt là où ça fait mal. Un électron libre, nécessaire à l'existence de débats démocratiques, qui, ces derniers temps, avaient perdu de leur souffle.

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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Tags:
soutien, frappe aérienne, armée, lutte antiterroriste, Jean-Luc Mélenchon, Russie, France, Syrie
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