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    Bruno Marmet

    Success story d'un Français en Russie

    © Photo. B. Marmet
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    «Construire une maison, élever un fils, planter un arbre, sont les trois choses à faire dans sa vie,» - dit vieil adage.

    On ne sait ni comment est la maison de Bruno Marmet, ni s'il a un fils… mais ce qui est sûr qu'il n'a pas planté un arbre, mais des milliers. Il plante et soigne un verger dans le sud de la Russie, il gère un géant agricole — «Agronom-Sad»… qui veut dire «Un verger d'agronome». «Les pommes sont bonnes pour la santé. C'est vrai, à condition toutefois de ne pas tomber dedans! » — plaisante-t-on souvent. Mais voilà quelqu'un qui est « tombé dans la pomme » et c'est une histoire d'une réussite.

    Vers la fin des années 1990 Bruno Marmet, natif de la Franche-Comté arrive dans le sud de Moscou juste pour lancer une petite usine des yaourts pour le compte d'un investisseur. Il se rend compte assez vite que beaucoup de choses manquent au projet: rien n'est fait ni au niveau du marketing, ni des ventes, la sécurité de la qualité n'est pas prise en compte… Apres avoir démarré dans la technologie, Bruno Marmet va plus loin, puis, s'intéresse au commercial…

    « Je suis venu en Russie pour une mission de 6 mois il y a 18 ans, — se souvient Bruno Marmet, — Et je suis resté, parce qu'il y avait tout ce qui m'intéressait. Jeune adulte que j'étais, j'ai trouvé en Russie tout ce que je cherchais, c'est-à-dire: la liberté de créer, la façon de penser, la nature… tout!

    Au début, il n'y avait pas d'argent. L'argent et l'expérience sont venus après. Ca a été long — jusqu'à ce que j'aie commencé à intéresser les gens avec ce que je faisais. Au début, je ne suis venu qu'avec une « valise vide », mais avec beaucoup d'enthousiasme. Je ne pensais pas rester!

    On a des moyens pour partir ailleurs, mais ce qui m'a fait rester en Russie, est toujours présent. C'est-à-dire: la créativité et la nature. Ce qui m'a plu il y a 18 ans, me plaise toujours autant».

    A plusieurs reprises lors de notre rencontre, Bruno Marmet parle de la créativité. Une notion qu'on ne cite pas souvent quand on parle du business, de l'entreprise, de l'agriculture. Est-ce qu'en France il y a des obstacles à cette création? Qu'est-ce que empêche les fermiers français se sentir créateurs?

    « Il n'y a que des restrictions. Nous vivons en France dans une économie de haute concurrence, où il faut être absolument pointu dans tous les domaines. En Russie, il faut aussi être pointu, mais on peut se permettre un peu plus d'erreurs. C'est mon cote saltimbanque qui fait que même si je fais des erreurs, ça marche quand-même ».

    Ce qui est certain pour Bruno Marmet: en France on gagne moins d'argent qu'en Russie, pour le même travail».

    C'est là qu'on lui glisse une question sur la politique agricole en France. En réponse, il y a un blanc d'abord… et pour cause — Bruno n'était pas au courant, dans sa campagne du sud de la Russie, pleinement occupé par le travail — de l'actualité des manifestations d'agriculteurs français.

    « J'ai 45 ans, et depuis que je suis ne, j'entends dire que les paysans ne sont pas contents, que c'est la crise. Mais, je respecte beaucoup paysan français, parce qu'ils ont des normes compliqués à respecter, mais ça a toujours été comme ça. J'ai toujours entendu dire que les agriculteurs en France étaient pénalisés ».

    Lors de la Table ronde sur l'agriculture organisée par l'Ambassade de France et la CCI France-Russie, on a beaucoup parlé de la nécessité d'échanges entre les agriculteurs de deux pays. Bruno Marmet est certain que le partage de secrets entre les amoureux de la pomme donnerait un beau résultat.

    « Si nous pouvions travailler en Russie comme ils travaillent en France, nous obtenions des beaux résultats, — un brin de nostalgie apparait dans la voix de Bruno, — L'objectif — c'est de faire venir des consultants, du savoir-faire, des know-how.

    Souvent, le problème est que les vrais consultant — ce sont des agriculteurs qui n'ont pas idée de venir en Russie, mais si on pouvait les faire venir et apporter les know-how, la Russie ferait un bond en avant »
    Souvent, la difficulté en Russie n'est pas de faire pousser, mais de garder la récolte. Bonne nouvelle pour les croqueurs de pommes: il suffit de voir les installations de triage et de calibrage à Agronom-sad, pour comprendre que le fruit est entre les mains experts.

    Bien entendu, Bruno Marmet n'est pas seul à exécuter toutes ces prouesses. Son travail, c'est aussi de trouver ceux qui aiment le jardin autant que lui. Problème de cadres et de la main d'œuvre qualifiée reste un défi à relever:

    « C'est une question de responsabilité. Puis, il y a une question du savoir-faire qui chez l'ouvrier spécialisé n'existe pas actuellement. Je suis d'accord de le former, parce que je n'ai pas de choix. Il n'y a pas d'école en Russie qui peut me fournir un technicien supérieur ou un ouvrier spécialisé. Je prends ça sur moi et, comme le fait Danone, je le forme. Mais avant de prendre la décision de mettre l'argent sur telle ou telle personne — parce que cela prend du temps, il va faire des erreurs, il faut du matériel — je fais un casting très rigoureux, je dirais même extrême. Je suis d'accord former cette personne, en bottes, dans les champs du matin au soir et qui gagne l'équivalent du Smic.

    Mais si je parle de cadres — d'un directeur financier, d'un juriste, un agronome-chef, un directeur technique, un responsable des achats, etc. — la, je ne forme pas. Je veux quelqu'un qui sache travailler, qui a de l'expérience, qui a des contacts, qu'il connait le système de reporting. Je n'ai pas le temps de le former. Il s'agit de quelqu'un qui coute cher, cela peut couter encore plus cher s'il fait des erreurs. Je préfère de mettre mon énergie et ma santé dans la formation du personnel de base ».

    Gérard Depardieu
    © Sputnik . Mikhail Klimentiev
    Et là, Bruno Marmet rejoint — sans y penser peut-être — un grand courant de la pensée russe, celle des « narodniki » Vivre sur terre — c'est prendre la responsabilité non seulement du monde minéral, du monde végétal, mais c'est aussi être responsable des gens qui t'entourent.

    Aujourd'hui, avec la connaissance acquise, avec l'expérience accumulée suite aux chutes et erreurs inévitables, Bruno Marmet a le succès bien mérite. Le chiffre d'affaires de 500 millions de roubles parle de lui-même. « Ce n'est pas énorme… mais on va faire un milliard! — dit Bruno sans fausse modestie, — Apres — un milliard et demi… »

    Et quand on lui pose la question s'il l'aurait refait, maintenant qu'il connait la difficulté de ce chemin, Bruno Marmet répond:

    « Oui!!! puisque le bénéfice de tout ça, c'est une famille que j'ai en Russie, avec des enfants et une femme russes. Si je n'étais pas venu, je ne les aurais pas eus. J'ai gagné! Banco!

    Une seule chose que je reproche et que je regrette, que j'ai perdu la façon de vivre en Europe et en France. Je me suis un peu « russifié » J'ai du mal à tolérer les choses qui me semblaient normales en France, il faut que j'apprenne a me calmer et à devenir plus modeste ».

    Souvenez-vous, dans « Le Petit Prince »: « Les baobabs, avant de grandir, ça commence par être petit ».

    Les pommiers, avant de grandir, ça commence par être petit.

    Et avec ces milliers de pommiers, le destin de Bruno Marmet a grandi.

    Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.

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    agriculteur, investissements, agriculture, Chambre de commerce et d'industrie franco-russe (CCIFR), Bruno Marmet, France, Russie
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